Délit de sale gueule

Par Claude Andre

Présumé coupable

S’appuyant sur un fait divers qui a chamboulé la France au début des années 90, le thriller judiciaire Omar m’a tuer (sic) vous tiendra en haleine du début à la fin.

En 1991, Ghislaine Marchal, la veuve d’un riche industriel, est retrouvée morte dans la cave de sa villa cossue située dans le Sud de la France. À ses côtés, sur une porte blanche, écrit en lettres de sang, on peut lire: «Omar m’a tuer».

Beding, bedang, Omar Raddad (remarquable Sami Bouajila), le jardinier de la richarde au caractère difficile est appréhendé. En plus d’avoir la mauvaise idée d’être un sans-papier marocain, le type possède un penchant pour les machines à sous et, le vilain, ne s’est pas donné la peine d’apprendre le français.

Le coupable est donc tout désigné et il se retrouvera en 1994 derrière les barreaux et condamné à une peine de 18 ans de réclusion.

Heureusement pour lui et l’honneur des causes perdues, un journaliste littéraire partage les doutes de plusieurs de ses compatriotes quant à la réelle culpabilité d’Omar.

Jouant les Zola – le célèbre écrivain qui s’était employé jadis à défendre le capitaine Alfred Dreyfus, injustement accusés et condamné pour haute trahison parce que sa judaïté en faisait un bouc émissaire idéal, le journaliste Pierre-Emmanuel Vaugrenard (très fort Denis Podalydès qui nous a récemment ébloui en Sarkozy dans La Conquête) mène une enquête sur l’enquête.

Et ce qu’il découvre n’a rien pour faire honneur à la justice dans le pays qui a vu naître les droits de l’homme.

Montage serré, dialogues enlevants, indices interrogateurs, le rythme du film vous tiendra captif du début à la fin, tout en vous prenant à témoin.

Doutes

Mais, car il y un mais, les esprits les plus cartésiens resteront un tantinet déçus : avec son parti pris manifeste pour Raddad qui, après sept années de taule, a finalement été gracié partiellement par le président Chirac (suite à une intervention du roi du Maroc, chuchote-t-on) et ensuite libéré, le film ne nous dévoile guère le point de vue de l’accusation, l’État français.

Lui qui, à ce jour, n’a non seulement pas officiellement innocenté le jardinier Raddad, mais refuse toujours de comparer des échantillons de tests d’ADN. Pourquoi? La question demeure entière et elle semble trop facilement évacuée par le réalisateur Roschdy Zem au profit de l’évocation, encore brumeuse bien que possible, d’un complot.

Omar m’a tuer sera à l’affiche au Pine et au cinéma Beaubien dès le 23 septembre.

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