Des délices à six pattes

Par Yves Guezou

Seriez-vous prêt à devenir entomophage?

Le thème est d’actualité, l’Environnement avec un grand E est en danger. Notre belle boule bleue perd bon nombre de ses vertus par le vice de sa race la plus «évoluée». Cela touche bien sûr la nourriture dans de nombreux pays et la gastronomie sous nos latitudes, où l’on se paie le luxe de décliner la cuisine sous ce terme. Nos sources de vitamines et de protéines s’appauvrissent ou sont malades et il nous faut songer à de nouveaux filons afin de nourrir une population humaine sans cesse grossissante. Que diriez-vous de mettre les insectes à votre menu?

Dégoûtant me direz-vous? Alors qu’escargots, huîtres et crevettes (qui sont de la même famille que les grillons), viennent souvent se piquer à votre fourchette. Et que dire de votre tartine du matin nappée du miel régurgité par les abeilles. C’est juste une question de culture. De nombreuses civilisations à travers le monde sont entomophages (qui se nourrissent d’insectes), parfois par nécessité mais plus souvent par plaisir car ces charmantes bébittes ont du goût. Elles constituent même une friandise pour les connaisseurs. Ainsi à Madagascar, lors des invasions de criquets, les enfants mettent le feu aux broussailles et ramassent les insectes grillés à la saveur salée. En Colombie, le Caviar de Santander, met très apprécié et très dispendieux est préparé à base de fourmis. En Afrique du Sud la saison des chenilles du Mopane fait dégringoler la vente de viande conventionnelle. Plus près de chez nous, l’insectarium de Montréal organise chaque année une dégustation d’insectes mais nos préjugés d’occidentaux ont la vie dure et beaucoup font la fine mouche, heu… la fine bouche…

Il faut cependant savoir que criquets, grillons, larves et fourmis sont sources élevées de vitamines, de protéines, de lipides et de minéraux. Et c’est sans parler des vertus médicinales que les Chinois prêtent aux fourmis pour combattre, par exemple, les rhumatismes ou même l’hépatite B. Les blouses blanches de la NASA étudient des régimes à base d’insectes pour la subsistance à bord de la station spatiale. Tout ce petit monde à six pattes, qui constitue les quatre cinquièmes de la vie animale sur terre, se rapproche tranquillement de notre table. L’élevage des insectes est bon marché, facile et adaptable à toute latitude. Ma chronique est peut-être un peu futuriste et ce n’est pas encore demain matin que nous trouverons ces délicieuses bestioles à l’épicerie du coin mais j’ai éventuellement suscité quelques vocations et un restaurateur futé des Laurentides trouvera là une idée à exploiter. Si tel est le cas, qu’il me fasse signe, pour avoir déjà goûté chenilles et sauterelles, je veux bien être son premier client.

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