des mots…et des notes

Par JC Bataille

surtout…répétez-le !

Billet

J’avais raccroché mes gants!

Lorsque j’ai quitté la France dans les premiers mois du millénaire, je m’étais promis certaines choses parmi lesquelles de ne plus jamais posséder de téléphone cellulaire, et surtout de raccrocher définitivement mes gants de journaliste. Après dix années de carrière, il était temps!
À Noël 2000, je me suis vu offrir le dernier modèle mobilité (j’avais dû omettre de laisser des consignes, mais je soupçonne surtout ma compagne de l’époque de vouloir à tout prix garder le contact. Depuis, les choses se sont détériorées). Ma première résolution a tout de même tenu quelques semaines. Pour ce qui est de la seconde, je viens juste de la faire voler en éclats. Ce matin, en me croisant dans le miroir, j’affichais un sourire nerveux. C’est plutôt bon signe.

Mardi dernier, je rendais une petite visite de courtoisie au «meilleur hebdo du Québec» et j’en profitais pour leur offrir un exemplaire de mon dernier roman. Tandis que je sirotais un excellent café et que nous menions tant bien que mal une innocente discussion au sujet de l’impact du réchauffement de la planète sur la cueillette des olives en Haute Provence, voilà qu’Éric-Olivier me dit à brûle-pourpoint: «J’aimerais beaucoup que vous nous écriviez une rubrique culturelle!».

Mon premier réflexe a été de décroiser les jambes et de brandir ma garde. Après quelques secondes de silence, j’ai jeté un regard circulaire autour de moi. J’avoue que j’ai vaguement cherché une issue de secours ou une bonne excuse. Après tout, ce type-là ne m’avait pas agressé, je ne pouvais tout de même pas lui rentrer dedans… Finalement, mes yeux se sont posés sur un exemplaire du numéro du 1er juin, négligemment oublié sur la table. À la une, je lus: «Accès, hebdo de l’année au Québec!».

Croyez-vous sérieusement que Jacques Villeneuve aurait refusé un volant chez Ferrari? Pensez-vous que Denise Bombardier cracherait sur un prix Fémina? Ou que Pauline Marois tournerait le dos à l’investiture? (N’y voyez là rien de politique, je m’en défends).

Mon café n’était pas froid que tous les détails étaient réglés. Il ne s’agissait que d’une rubrique culturelle. Rien de bien méchant… La rubrique politique appartenait déjà à Claude Jasmin, impossible de le déloger… La chronique sexuelle appartenait à Bridget Nord et j’ai de toute façon passé l’âge… Stéphane Desjardins se tapait les salles obscures et côté gastronomie, là où j’aurais pu me défendre, la place est déjà prise par Yves Guézou. Il ne restait plus que la culture ou les chiens écrasés. Exit la polémique, Éric-Olivier se défend très bien dans ce domaine (on dit même qu’il va bientôt se mettre au tennis pour honorer un sponsor anonyme).

Après tout, Sylvain d’Auteuil (Brad Pitt ou mourir, La prophétie du saint aux pieds nus) m’avait confié quelques jours avant qu’il entrait dans une phase de production littéraire intense, Marcel Tessier ne me cachait pas qu’il était bien occupé… Mon gazon semblait écrasé par les fortes chaleurs. Inutile de sortir la tondeuse. Mon dernier livre est en librairie. Qu’allais-je donc faire de mon temps libre?

Après avoir eu confirmation de mon nouveau rédacteur en chef que j’aurais carte blanche, je rendais donc une réponse positive sans le moindre regret. (Quelques jours plus tôt, je venais de décliner une offre similaire. Mais leur café était exécrable!).

Bref! Je remets les gants avec au programme: littérature, musique, coups de cœur et coups de gueule, grincements de dents et dossiers chauds. La culture se respecte! Elle est un joyau. Non seulement elle nourrit nos esprits, mais elle est surtout l’ingrédient principal de notre identité. C’est elle qui rayonne par-delà les frontières, elle est notre ambassadrice éternelle et elle ne souffre d’aucun compromis.

Le malheur, c’est que l’industrie de la culture se comporte en proxénète. La belle est devenue putain sous les coups de boutoir des grands manitous trônant dans leurs tours de verre. Comment, dès-lors, peut-on respecter la dame? En finalité, la culture québécoise souffre de déni à grande échelle. Il est temps de monter au créneau. Personnellement, je n’appartiens à personne, je suis intègre et aussi indépendant que le journal que vous tenez entre les mains en ce moment précis. Je ne touche pas de dessous-de-table pour l’honorer untel. Alors allons-y! Je revêts mon armure de croisé et, au risque de déplaire, j’offre ma plume au service de la belle. Et si je me porte à son secours, c’est que je l’aime cette culture québécoise bafouée et maltraitée. Un comble pour un français!

LIVRES
À ne surtout pas lire!

La vie nous rattrape toujours! Avant d’embarquer dans l’avion me menant au Québec, en septembre 2000, j’errais dans la salle des pas perdus de l’aéroport Saint-Exupéry, à Lyon. Je venais de mettre trente-trois années de ma vie dans deux valises. Total: soixante-quatre kilos (environ 130 livres). Aujourd’hui, les compagnies aériennes ne vous laissent plus autant de latitude à moins de voyager en première. J’avais légué ma Takamine à mon fils. J’avais brûlé des milliers de pages manuscrites au cours des dix-huit années précédentes (je me souviens avoir dansé autour du feu en poussant de petits cris stridents). J’avais jeté des milliers de photographies prises en dix ans de journalisme. J’avais abandonné des dizaines de boîtes de livres sur le trottoir en bas de chez moi (et passé la nuit à observer discrètement par la fenêtre pour voir qui s’arrêtait pour les prendre. J’avais aussi relevé les numéros d’immatriculation des voitures au cas où je reviendrais un jour… J’avais vendu tout mon équipement photographique pour une bouchée de pain et j’ai fini par m’effondrer de chagrin. Bref, j’étais une âme en peine et je me demandais si mon départ pour l’autre continent était une bonne décision. (J’ai surtout regretté d’avoir vendu mon Audi que j’aurais pu mettre sur un bateau).

J’errais donc et je tombe sur le dernier Beigbeder: 99 francs. J’achetais le roman et le dévorais à trente-trois mille pieds d’altitude. Même si l’on ne pouvait parler d’un chef d’œuvre, l’ancien publicitaire avait signé là un grand succès commercial qui lui valut une renommée internationale. Comme la majorité du commun des lecteurs, je n’aimais pas le personnage (je parle de l’auteur). Un maigrichon mal coiffé au sourire hypocrite. (Philippe Djian n’est guère plus beau, mais quel talent!).

Frédéric Beigbeder sort aujourd’hui un nouveau roman: Au secours pardon, chez Grasset. Surtout, ne l’achetez pas! Après quatre ans de silence, Beigbé nous sort une histoire à dormir debout mettant en scène le même personnage que dans 99 francs, Octave. Pauvre Beigbé, le passage à l’euro ne lui réussit pas! L’enfant gâté (trop) de la littérature française sous l’influence d’un autre du même acabit, un certain Houellebecq (La possibilité d’une île), joyeux fêtard mégalo est devenu un grand auteur! Du moins, est-ce ce que l’on essaie de nous faire croire. (Il n’y a pas qu’au Québec que la culture est envoyée sur le trottoir pour racoler). Beigbé nous dévoile son côté pédophile agrémenté d’une sauce aigre-douce qui n’arrive pas à nous aider à digérer un livre sans saveur.

Pourquoi les écrivains qui connaissent un peu de succès se croient-ils obligés de sombrer dans une mégalomanie aux mœurs douteuses?
À ne pas manquer!

Chrystine Brouillet: de l’ombre à la lumière

Une plume incisive, une intrigue de premier ordre… La littérature québécoise ne se limite pas à Laberge et à Bombardier! Voici le polar de l’été québécois! Zone grise (Boréal) ne vous laissera pas de marbre. À moins que vous ne soyez allergique aux histoires sombres. Résumé: En 1982, Montréal est témoin d’une série d’enlèvements étranges. Des hommes, des femmes sont kidnappés puis relâchés quelques jours plus tard, inconscients mais indemnes, sauf pour quelques entailles au cou. Chaque fois, à côté d’eux, une pile de vieilles chaussures. Pourquoi enlever des gens, si ce n’est pas pour les faire disparaître ou demander une rançon? Qu’est-ce qui peut pousser quelqu’un à commettre de tels méfaits, à la fois criminels et innocents? Le bien, le mal. Chacun sait les distinguer, ou croit le savoir. Il y a des êtres qui se placent résolument de l’un ou de l’autre côté. Des êtres animés par une pulsion de mort, ou bien d’autres passionnément attachés à la vie. Mais n’est-ce pas là l’exception? N’y a-t-il pas beaucoup plus d’êtres torturés par leur conscience, qui n’arrivent pas à démêler la part d’ombre ou de lumière en eux? C’est le cas du peintre Dan Diamond, qui voit soudain son succès si chèrement acquis menacé par des révélations surgies de son passé. Dans cette deuxième enquête de Frédéric Fontaine, Chrystine Brouillet se fait encore une fois fine psychologue pour passer au crible la conscience de ses personnages. Tout en déroulant avec brio une intrigue complexe qui distille le mystère, elle nous donne de fascinants portraits de personnages, parfois attachants, parfois odieux. Encore une fois, la romancière porte une attention toute particulière au travail de policier enquêteur, qui sert ici de révélateur de la nature humaine, toujours étonnante, toujours insondable.

Incontournable!

Dans la catégorie suspens, Mary Higgins Clarck ne laisse pas sa place. Elle nous fait une fois de plus frémir avec Cette chanson que je n’oublierai jamais (Albin Michel). À emmener sur toutes les plages (attention aux coups de soleil), dans les bois (attention aux moustiques), à la pêche (attention à votre bouchon) ou au travail… (vous êtes viré!).

Résumé: Une ritournelle lancinante trotte dans la tête de Kay. D’où vient-elle? Que signifie-t-elle? Pourquoi l’obsède-t-elle à ce point? En plongeant dans ses souvenirs, la jeune femme revoit une scène imprécise, lorsqu’elle était enfant, dans la propriété des Carrington où elle a grandi… Depuis, Kay a épousé Peter, l’héritier de la famille. Mais les rumeurs qui courent sur son époux concernant la disparition d’une jeune fille et la mort accidentelle de son ex-femme, retrouvée noyée dans la piscine, se confirment, et Peter se retrouve en prison. Convaincue de son innocence, Kay se laisse emporter par cette musique, sans savoir qu’elle recèle un secret très dangereux pour elle, et pour lui…

MUSIQUE
À écouter en travaillant:

Passion Piaf – 25 chansons immortelles

Bien sûr, certains diront: une compilation de plus. Mais comment contourner ce monument de la chanson francophone? Imaginez ce petit bout de femme d’un mètre quarante-sept (4 pieds 8 pouces) élevé au fond d’une maison close, abandonnée de ses parents. Silhouette fragile dans la lumière des projecteurs inondant la foule d’une voix extraordinaire. Mangeuse d’homme déshéritée de l’amour. Aujourd’hui plus que jamais présente dans ses immortels cris d’espoir ou de désespoir, au cinéma dernièrement (La môme)… ou au travers de ce que nous en disent ceux qui l’ont connue (il y en a encore! Charles Aznavour, Georges Moustaki…). Elle est si proche et si loin à la fois. La vie en rose, Padam padam, sous le ciel de Paris… 25 titres de bonheur.
À écouter dans l’auto:

Duos Dubois

Onze titres par les plus grands en hommage à un géant. Femmes de rêve, Si Dieu existe, L’infidèle… interprétés en duo avec les plus belles voix francophones: Isabelle Boulay, Patrick Breul, Francis Cabrel, Corneille, Céline Dion, Garou, Lynda Lemay… Il ne manque que Goldman et Pagny. Quel magnifique mariage entre la France et le Québec! Les génies sont parmi nous. Méfiez-vous quand même aux feux rouges. Le type arrêté à côté de vous pourrait sourire en vous voyant chanter.
À écouter dans le bain:

Buddha Bar IX. Double CD

Si vous sortez dans les endroits branchés (pas besoin d’aller à Montréal pour ça) vous avez déjà entendu des extraits de l’un des 8 volumes précédents de Buddha Bar. Rythmes parfois lancinants, aériens, d’autres fois exotiques… Un régal pour l’oreille, mélange aux consonances jazz, blues, new-age… Allumez vos bâtons d’encens, débranchez le téléphone. Do not disturb! Ne gâchez pas ce chef d’oeuvre avec les ramous. Invitez plutôt madame à vous rejoindre.

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