Deuxième chance

Chronique d’un X par Jean-Claude Tremblay
Deuxième chance

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C’était un samedi prometteur pour cette parachutiste trentenaire. Un saut du haut de quelques 5 000 pieds, une énième poussée d’adrénaline bien sonnée, mais quand elle a tiré sur la poignée, rien ne s’est déployer, ni même le deuxième parachute de sécurité. C’est arrivé il y a environ une semaine à Trois-Rivières, et elle s’en est sortie, certainement amochée, mais bien vivante et sans être paralysée – « une miraculée ! », plusieurs ont tout de suite crié.

Faut croire que son tour n’était pas arrivé, mais moi, je n’ai pu m’empêcher d’imaginer la descente et surtout, le moment fatidique entre le parachute qui refuse d’ouvrir et celui où la raison tente de convaincre l’âme de sa mortalité. Je ne sais pas combien de temps s’est passé entre l’instant où ses mains affolées ont tiré (en vain) sur le cordon du désespoir et celui où ses pieds ont foulé les premières feuilles de la cime des arbres, ceux-là même qui lui auraient vraisemblablement sauvé la vie. La femme arrivait des airs à au moins 60 km/h. Merci la vie.

Sur la route du destin

Une semaine auparavant, alors que je roulais tranquille sur la 364, cette Laurentienne de plus en plus hypothéquée, mes pensées se bousculaient fortement dans mon esprit. J’étais fébrile à l’idée que les camps de jours terminaient leurs activités, je voyais la fameuse rentrée scolaire approcher tout en constatant que l’été faisait lentement mais sûrement ses valises pour aller prendre son rang, tout juste derrière le printemps. Mon errance cérébrale s’est rapidement fait interrompre par un soudain bouchon géant, c’était un accident, droit devant !

Embouteillage sans précédent, à 10 secondes du poste de police, effet secondaire d’un présumé face à face, d’une violence qui donne froid dans le dos. Une minute plus tôt, ça aurait peut-être été moi le client, celui invité à tester le confort d’une civière à bord d’un gros camion jaune. Je sors finalement de l’interminable manège d’horreur, je lève le pied, tout en secouant de gauche à droite ma pensée, littéralement subjuguée. Merci la vie.

Sur le chemin du retour, quelque 30 minutes plus tard, la route est libérée, j’envoie alors de bonnes pensées aux éclopés et leurs familles qui passeront une dure soirée, mais attendez… le rétroviseur me fait le coup du jour de la marmotte : paramédics, pompiers et policiers me doublent à la vitesse grand V – je crois rêver ! Je n’ai pas la berlue, je dois sauter sur les freins, c’est de nouveau bloqué, un autre accident grave, à moins d’un kilomètre du premier. J’abdique, c’est assez, si seulement je peux me rendre chez moi, je promets d’y rester. Merci la vie.

Pourquoi lui et pas moi ?

Qu’apprend-on ou que devons-nous apprendre de tous ces évènements ? … que la vie ne tient qu’à un fil ? … que lorsque notre heure est venue rien ne peut empêcher le destin ? Rien n’est moins sûr, mais la seule chose dont je suis certain, c’est que ces situations de la vie ne doivent absolument pas rester en vain. Je peux me lever ce matin, traverser tout bonnement un stationnement et ne jamais revenir chez moi, comme je peux déjouer tous les pronostics, résister à de multiples cancers… Ou survivre à une chute de 5 000 pieds. Doit-on attendre une deuxième chance pour saisir la première ?

« Vis aujourd’hui, comme si c’était le dernier jour, et fais des projets, comme si tu étais là pour l’éternité. »

Ainsi va la célèbre citation d’Agatha Christie, et j’en suis. Cependant, la peur malgré son efficacité légendaire est un motivateur invariablement volatile et résolument éphémère. Je respecte la peur et son rôle formateur, mais personnellement, je préfère la douceur de l’amour qui nous inspire à agir, à la radicalité de la peur qui nous force à réagir.

« Vis chaque jour comme si c’était le premier », voilà une citation de mon cru que j’ai envie d’adopter. Merci la vie.

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