Discussion de bureau ouMonologue du vagin(muet)

Par Josée Pilotte

Libre à vous de choisir le titre qui vous convient, c’est comme vous voulez. En fait, je vous laisse le choix, pourvu qu’il engendre le même genre de réflexion qui nous a habité l’instant d’un café.

Tout a commencé par la lecture d’un excellent papier de Janie Gosselin dans **La Presse** du mercredi: **Quand la morale tue**, sur l’excision de milliers de jeunes femmes en Égypte. La mort récente de deux adolescentes lors d’une de ces «opérations» relance le débat autour de cette pratique «barbare», défendue avec rage au nom d’une religion, d’une tradition et de la «protection contre un désir sexuel inopiné»…

J’ai été choquée d’apprendre que 97% des femmes de 15 à 49 ans seraient excisées en Égypte. On est complètement outrés de se faire rappeler ainsi cette inexplicable barbarie; c’est carrément dégueulasse, c’est scandaleux tous ces corps qui se font charcutés gratuitement au nom d’une «norme» religieuse, devenue aujourd’hui sociale.

Donc on discutait fort sur la terrasse du bureau cette semaine. Et puis soudain, sans que l’on s’en rende vraiment compte, on s’est mis à parler de magazines féminins, et plus précisément du **Elle Québec** de ce mois-ci: «Miroir Miroir…Trop grosse, trop maigre, nez trop long, hanches trop fortes…Vous n’aimez pas certaines parties de votre anatomie? Vous n’êtes pas la seule!»

Rapport avec l’excision me direz-vous?

Quand à Londres, une mère offre à sa fille pour son «**sweet sixteen**», une paire de nouveaux seins en silicone, tout en profitant de l’occasion pour s’offrir, elle aussi une petite chirurgie… allez hop!, un p’tit liftting vaginal pour madame…

Quand au Caire, une mère fait «accroire» à sa fille qu’elle l’emmènera voir un film des Beatles avec ses sœurs et que plutôt, la fille se retrouve chez une «tante» en blouse blanche dans une pièce froide les deux jambes entrouvertes pour l’ablation de son clitoris, sans anesthésie, ni alcool….

Quand en Amérique les différents acteurs des magazines féminins (photographes, rédacteurs en chef, couturiers) imposent le modèle d’un corps qui pousse sous le bistouri…

Quand en Afrique, des portes parole du «Prophète» impose des diktates religieux qui poussent vers les exciseuses….

Ne pensez-vous pas que, scalpel pour scalpel, on n’est jamais bien loin, dans toutes ces situations, de la table d’opération? Ne sommes-nous pas ici devant l’esclavage de la perfection, une perfection éthique dans un cas, esthétique dans l’autre.

C’est peut-être un lien un peu fort, juste une discussion de bureau qui va un peu loin, sur des sujets dérangeants… Mais quand on voit la dernière campagne du photographe Oliviero Toscani (qui nous avait donné les campagnes controversées de Benetton), avec cette femme anorexique au dernier degré, pour vendre de la guenille, on est en droit de se poser la question: cela ne relève-t-il pas, partout et pour toutes, d’une **brutalité vide** imposée au corps?

Loin de moi l’idée de banaliser la souffrance de ces femmes excisées; en fait existe-t-il plus horible que ça?

Nous, femmes occidentales qui avons la liberté de faire ce qu’on veut de notre corps… nous nous soummettons docilement aux carcans esthétiques, gratuitement aux artifices de la beauté que nous confondons, avec horreur, au mot «bonheur».

En Afrique, pour plaire à une religion.

En Amérique pour plaire à qui, à quoi?
À toi, tiens!

Tourdu pour une discusion de bureau, han?

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