(Photo : Gracieuseté - CJEL)
La marche interculturelle a été organisée grâce à une subvention pour un projet qui s’appelle « Accueillir en français ». L'événement a été organisée afin de faire découvrir la richesse du paysage automnal des Laurentides. Un guide avait été engagé présenter une multitude d’informations sur les différentes espèces végétales.

Dans les Laurentides : l’incertitude au cœur de l’intégration

Par Louis-Philippe Forest-Gaudet (Initiative de journalisme local)

En réponse à un article sur la famille de Tarik de la semaine dernière, ce portrait de l’accompagnement des personnes immigrantes dans les Laurentides révèle une réalité précaire et souvent méconnue.

Un service encore à faire connaître

À Mont-Tremblant et Sainte-Agathe, un service d’accueil pour les personnes immigrantes peine à sortir de l’ombre. « Quand on est arrivé en poste, le service n’était pas du tout connu des partenaires ou des organismes locaux… beaucoup ne savaient pas qu’on existait », confie une intervenante du Carrefour jeunesse-emploi des Laurentides (CJEL). Au début, ce sont surtout des références ministérielles qui ont permis à des personnes nouvellement arrivées d’obtenir une première écoute et des conseils.

Des démarches qui restent floues

L’incertitude administrative est un fardeau pour les personnes immigrantes et leurs accompagnantes ou accompagnants. Depuis 2024, plusieurs programmes d’immigration permanente au Québec ont été restructurés ou fermés, notamment l’abolition du Programme de l’expérience québécoise (PEQ) fin 2025, autrefois voie rapide vers la résidence permanente. Cette fermeture a réduit les chemins plus prometteurs vers la stabilité résidentielle.

Dans les bureaux du CJEL, l’intervenante parle d’un système devenu imprévisible. Elle évoque des familles dont un parent obtient un renouvellement de permis pendant que l’autre reçoit un refus, obligeant à déposer des demandes de révision ou à tenter un autre type de permis à la dernière minute. « On dirait un hasard : on va peut-être se faire inviter, peut-être pas », résume-t-elle. Les critères de sélection et les délais de traitement sont difficiles à comprendre, même pour les intervenantes qui accompagnent les démarches. Cette absence de repères clairs crée un stress intense et prolongé chez des familles qui ont investi temps, argent et énergie pour s’établir ici, sans savoir si elles pourront rester au-delà de quelques mois.

Accompagnement concret, soutien humain

Au-delà des formulaires, l’aide offerte touche la vie quotidienne : comprendre où sont les épiceries, comment fonctionne le transport en commun, comment inscrire un enfant à la garderie. À mesure que les semaines passent, les personnes accompagnées évoluent de la survie vers une intégration plus active : trouver un emploi, envisager des activités sociales ou du bénévolat. « Ils ont mis tout de côté pour un avenir meilleur ici », renchérit l’intervenante.

Francisation, un défi permanent

Les cafés-rencontres ont lieu toutes les semaines au CJEL de Sainte-Agathe-des-Monts. Un peu avant Noël, les participantes et les participants ont décidé de s’organiser un super potluck pour célébrer le temps des fêtes.

L’apprentissage du français est pourtant essentiel pour travailler, étudier et espérer une résidence permanente. Or, à la fin de 2024, plusieurs groupes de francisation ont été suspendus temporairement dans différentes régions du Québec en raison d’un gel administratif et budgétaire. Des personnes déjà inscrites ont vu leurs cours interrompus du jour au lendemain. « Les gens pleuraient dans les classes », raconte l’intervenante, qui souligne à quel point ces formations sont perçues comme une clé d’intégration. Sans accès stable à la francisation, certaines personnes se retrouvent coincées : elles doivent maîtriser le français pour avancer dans leurs démarches, mais l’accès aux cours demeure incertain.

Appel à l’action

Ce travail d’accompagnement, bien que valorisé par les personnes aidées, s’inscrit dans un paysage politique incertain. Le financement du service est temporaire et sa pérennité dépend d’une nouvelle demande de subvention. Sans un effort collectif pour clarifier les politiques d’immigration, faciliter les démarches et sensibiliser les communautés locales aux réalités des nouveaux arrivants, ces parcours resteront fragiles. Montrer ces visages, ces histoires et ces défis n’est pas une option : c’est une nécessité pour construire des régions plus inclusives et humaines.

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