Égypte : Les cités des morts du Caire

Par Gérard Coderre
Égypte : Les cités des morts du Caire
(Photo : Gérard Coderre)

Chronique d’un routard 

Les cités des morts du Caire offrent une vision bien particulière de la vie quotidienne de milliers de Cairotes.

Si elles comptent des milliers de pierres tombales à la mémoire du commun des mortels, on y trouve également de véritables nécropoles d’une autre époque avec rues et mausolées aménagés à l’intention des morts certes, mais également des vivants qui viennent leur rendre hommage. Ces résidences des morts sont parfois conçues comme des maisons avec une cour intérieure entourée de plusieurs pièces. Elles sont souvent confiées aux soins de gardiens (bawabs) qui en assurent l’entretien et y résident même en permanence avec leur famille.

Alors que la population du Caire augmentait, les sans-abris, qui connaissaient l’un ou l’autre de ces gardiens par alliance ou qui étaient originaires d’un même village, n’ont pas tardé, faute d’espace vital ailleurs, à venir s’installer dans ces cités des morts.

Ces « nouveaux quartiers » sont devenus, avec le temps, des villes dans la ville avec leurs épiceries, leurs cafés et leurs marchés. Ils comptent aujourd’hui plus d’un million d’habitants qui passent leur vie à l’ombre de la mort.

Devant cet état de fait et ce développement domiciliaire non planifié par les « urbanistes », des fils électriques courent aujourd’hui le long des murs et un réseau de canalisation a été installé à même le sol pour répondre aux besoins de base de cette population qui semble être là pour y rester.

Les cités des morts se sont donc, avec l’afflux de squatters, de plus en plus urbanisées. Les ruelles ont un nom et les portes un numéro. On est ici pour squatter pour la vie et de génération en génération. On vit dans les mausolées et les caveaux, on fait sa lessive et on fait sécher son linge sur une corde tendue entre deux monuments funéraires, on fait la sieste comme partout ailleurs pendant les heures les plus chaudes de la journée, bien installé sur une pierre tombale, on élève ses poules, ses oies et ses canards, on se met à table sur un tombeau et les enfants s’amusent avec leur cerf-volant dans ce décor surréaliste de fin du monde.

Si des enfants y naissent tous les jours, des morts y sont également enterrés, et entre les deux grandes étapes de la vie, il y a tous ceux et celles qui y vivent au quotidien.

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