En avant mars

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En avant mars

La chronique à Mimi

par Mimi legault
mimilego@cgocable.ca

 

Samedi 16 mars. Nous avons loué un chalet rustique dans les Hautes-Laurentides. Croyez-le ou non, il a neigé! Pas longtemps. Quand même. Comme les proprios n’avaient pas encore enlevé les lumières de Noël sur les corniches, on les a allumées. Un peu plus et on entonnait le « Minuit Chrétien ». Et dire que l’hiver a débuté le 13 novembre, ça fait long en maudit.

Le printemps n’a que le nom cette année parce qu’avec toute cette neige tombée, on parle davantage de « faits d’hiver » dans les nouvelles. Mais je suis une fille du Nord, mes enfants sont nés avec une tuque sur la tête. Dès la mi-août, je me mets à rêver à l’automne et à ses soirées pluvieuses.

Mon pays c’est l’hiver

C’est Albert Brie qui disait : l’hiver une saison morte ? Allez donc, je ne connais rien qui ait la vie aussi dure!

L’autre nuit au chalet, j’entendais les coyotes hurler à la lune et une petite souris dans la chambre est venue gruger mon temps de sommeil. Enfin, j’espère que c’était une souris… Au matin, je suis allée faire un tour de VTT dans la boue, j’ai nourri le chien, porté des carottes aux chevreuils et rempli les mangeoires d’oiseaux. En rentrant, j’ai jeté deux bûches dans le foyer et me suis assise devant la fenêtre.

Soudain, une rumeur, comme une rafale s’est levée : ils sont arrivés. Mes oiseaux. D’abord deux tourterelles suivies par une envolée de sizerins flammés. Ensuite, les mésanges noires.

Des invités

Puis, les convives se sont présentés : les chevreuils à vingt pieds du chalet. Ils étaient huit à se chamailler pour la bouffe. Il y en a un qui a foutu un coup de patte à un plus petit. Ce dernier est allé se plaindre à celui qui se prenait pour le chef qui n’a rien trouvé d’autre à faire qu’à continuer à garder la gueule pleine. Je l’ai appelé Justin… La vraie vie, quoi!

Lénel mon voisin de chalet m’a dit un jour à propos de la froide saison : des fois je m’dis que pour ne pas « crére » à la magie de l’hiver, y faut avoir la tête et le cœur bourrés de sciure de bois. Bien dit! Mais mars aime bien passer l’hiver avec nous.

Alors le 21, lui il s’en fout! Je veux bien devenir « pouète » pour quelques instants et vous dire que le printemps est proche quand on voit revenir le bleu des lacs dans les yeux du pêcheur. Que c’est dans le mois de mars que tente de s’ouvrir l’anémone sauvage aux corolles tremblantes (Musset). Le printemps, ce sont les cônes oranges qui ressuscitent, les nids-de-poule qui crèvent sur l’asphalte et le temps des impôts…

Mais je ne veux pas crever votre jaune d’œuf. Tenez, je vous laisse sur le calendrier rural de notre très regretté Félix.

D’abord les perce-neige avec les corneilles. Après les pissenlits avec les étourneaux. Puis les marguerites avec les hirondelles.

Plus tard, les foins et les alouettes. Puis les pommes avec les oies blanches. Après les choux avec les chevreuils. La neige et les geais bleus, les poudreries et les mésanges. Après le silence avec la mort. Avril paraît et tout recommence…

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