En route vers Walkerton?

Par Nathalie Deraspe
En route vers Walkerton?

Bassin du Sommet bleu: un exemple de situation à risque

Au moins deux bassins d’eau qui servent à approvisionner directement les Adélois seraient à la merci des malfaiteurs. Une situation qui met en péril la santé de la population depuis près de 50 ans.
«On est chanceux que rien ne soit arrivé avant», confie un employé de la ville, sous le couvert de l’anonymat. Comme la plupart de ses collègues, l’homme a longtemps hésité avant de dénoncer cette situation pourtant jugée inacceptable, de peur de représailles de la part de ses supérieurs.

Le bassin du Sommet bleu, qui dessert une centaine de résidences situées près de la croix de Sainte-Adèle, possède douze ouvertures d’une vingtaine de centimètres carrés chacune. Rien de plus facile que d’y glisser la main et y échapper quelque produit nocif que ce soit pour que l’eau potable des résidents s’en trouve contaminée. Une fois dans ce bassin, l’eau a déjà subi tous les traitements nécessaires à sa filtration; elle n’en recevra pas de nouveaux avant d’aboutir dans les robinets.

Durant près de deux ans, la municipalité a vraisemblablement eu affaire à des jeunes malfaisants qui s’en prenaient à la trappe de sécurité dudit bassin. «Plus on blindait, plus les jeunes s’équipaient», de dire notre source.

Même si une résidence trône à quelques pas de là, l’endroit est aisément accessible. Le propriétaire des lieux affirme avoir lui-même chassé des trouble-fête à plusieurs reprises. Pis encore: celui-ci atteste que la semaine dernière, un chat sauvage est tombé dans le réservoir. «Combien d’animaux morts traînent au fond de l’eau», questionne-t-il.

Des sites négligés

Normalement, le bassin devrait être vidé de temps en temps afin d’être nettoyé, mais pour ce faire, il faut couper l’approvisionnement d’eau durant au moins 24 heures, nous a-t-on appris. Résultat, l’opération tarde parfois à se faire. Quant à la conformité du réservoir proprement dit, elle reste à déterminer. Selon nos informations, la construction daterait des années ’60. Une année, des employés des travaux publics avaient installé des panneaux de styromousse pour bloquer l’accès à l’eau mais ceux-ci ont été retrouvé dans le bassin au printemps. Depuis, rien de semblable n’a été fait. Pourtant, indique notre source, il suffirait d’installer des volets de métal pour s’assurer que l’eau demeure à l’abri des malfaiteurs, animaux et intempéries même si le réservoir, évalué à 25 pieds de profondeur, contient déjà un dépôt dans le fond. Lors de notre visite, plusieurs petites branches et une multitude de petites particules flottaient à la surface.

Plus au nord, la situation n’est guère plus rassurante. L’accès à un réservoir 20 fois plus gros est sécurisé d’une simple plaque d’aluminium munie d’un cadenas.

Le médecin conseil Michel Savard, de la Direction de la Santé publique des Laurentides, a semblé fort étonné de nos découvertes. «Nos deux chevals de bataille sont les installations adéquates et la formation de personnel. La population s’attend à ce que les exploitants de réseaux d’a­queduc agissent avec bon sens. Il faut s’assurer d’une protection contre la pollution et les gestes malveillants, mais malheureusement, affirme le médecin, cela me laisse croire qu’il ne s’agit pas d’un cas exceptionnel.» Le Dr Savard a promis d’interpeller rapidement les ministères concernés afin de s’assurer que le réseau adélois soit conforme et qu’il ne soit pas une menace à la santé des citoyens.

Le responsable des travaux publics, Timothy Watchorn, a refusé de commenter la situation et nous a référé à l’avocat de la ville, qui lui nous a proposé de poser nos questions par écrit . Le Réseau environnement, dont la mission est «d’assurer le développement des technologies et de la science, la promotion des expertises et le soutien des activités en environnement» en vue de faire entre autre «le suivi de la réglementation», publie une revue qui «prend position sur de nombreux dossiers allant de la gestion des matières résiduelles à la formation des exploitants en passant par la réglementation sur la qualité de l’eau potable» (sic). L’organisme a refusé de prendre position dans le dossier, compte tenu que 10% de ses 2000 membres sont constitués de municipalités.

Compte tenu de l’importance que le ministère du Développement durable de l’Environ­nement et des Parcs accorde à ce dossier, les municipalités du Québec ont été à nouveau sensibilisées en mai 2007 à la problématique du plomb dans l’eau potable ainsi qu’au rappel de leurs obligations réglementaires en vertu du Règlement sur la qualité de l’eau potable (RQEP).

Les municipalités ont donc été invitées à procéder à des échantillonnages supplémentaires entre le 1er juillet et le 1er octobre 2007, au robinet de certaines résidences lorsqu’une contamination de l’eau potable par le plomb est soupçonnée, compte tenu de la présence certaine ou probable d’une entrée de service en plomb.

RÈGLEMENT

Les eaux délivrées par un système de distribution doivent avoir subi un traitement de filtration et de désinfection en continu si elles proviennent en totalité ou en partie d’eaux de surface ou encore d’eaux souterraines dont la qualité microbiologique est susceptible d’être altérée par des eaux de surface en raison de la non-étanchéité des installations de captage ou de stockage. Le traitement prescrit par le présent article doit permettre l’élimination d’au moins 99,99 % des virus, 99,9 % des kystes de Giardia et de 99 % des oocystes de Cryptosporidium. Pour toute autre installation de traitement de désinfection ou d’oxydation d’eaux souterraines, le responsable de l’installation de traitement est tenu de prélever ou de faire prélever mensuellement au moins un échantillon des eaux brutes captées ou stockées qui alimentent l’installation afin de vérifier la présence de bactéries Escherichia coli. En cas de défaillance du système de coagulation, du système de décantation, du système de filtration, du système de désinfection ou de l’ensemble du système de traitement, le responsable doit en aviser sans délai le ministre du Développement durable, de l’Environnement et des Parcs et lui indiquer les mesures correctrices propres à remédier à la situation. Il doit également en informer sans délai le directeur de santé publique de la région concernée. Quiconque, en violation de l’article 3, met à la disposition d’un utilisateur, à des fins de consommation humaine, une eau qui ne satisfait pas aux normes de qualité établies à l’annexe 1 ou n’installe pas les pictogrammes requis en application du présent règlement se rend passible: d’une amende 4 000 $ à 40 000 $ s’il s’agit d’une personne morale.

Selon le MDDEP, des entrées de service en plomb sont susceptibles d’avoir été installées dans la majorité des régions du Québec jusqu’en 1955, jusqu’en 1967 dans la région de Montréal, voire jusqu’en 1971 dans la région des Laurentides. La concentration de plomb dans l’eau du robinet varie notamment selon la durée préalable de stagnation de l’eau avant d’ouvrir le robinet et de remplir son verre et varie aussi selon le laps de temps où on laisse couler l’eau avant de remplir son verre.

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