Enfin la fin

Par Jean-Claude Tremblay
Enfin la fin

En cette fin d’année scolaire, je prends un moment pour saluer ton courage. Il s’est passé tellement de choses, que je ne sais pas trop par où commencer. J’imagine que je vais aborder le plus évident, le fait que ç’a été une année de bouette sur le plan social, une où tu as subi les décisions d’adultes indécis, qui n’ont pas toujours fait du sens. Je vais arrêter de te casser les oreilles à te parler de résilience, car la plupart des gens ne savent même pas ce que ça veut dire – tu as composé avec l’adversité du mieux que tu as pu, et tu as franchi la ligne d’arrivée, c’est ça, qui te rend extraordinaire, et la raison pour laquelle je t’écris aujourd’hui.   

Mascarade et compagnie

On t’a placé dans des conditions extrêmes, on t’a demandé de porter un masque…. puis on t’as même donné des avis d’inconduite quand tu osais montrer le bout de ton nez. On a joué au ping-pong avec ta stabilité, en te retournant à la maison, avant de te ramener, en mode « hybride », ou entre le présentiel et la virtualité, ton cœur a trop de fois balancé.

Ta gang que tu étais habitué de saluer en faisant des accolades ou des poignées de main sacrées, on te l’a enlevée, pour « protéger la société », une explication que tu n’as jamais vraiment comprise, ni acheté. Alentour de toi, certains en ont profité pour t’intimider, un peu à l’école, et surtout armés de leur courage virtuel, bien cachés derrière leur clavier ; une façon pleutre de décharger leur angoisse mal gérée. Tu as aussi vu des parents angoissés, des profs désemparés, ce qui au final a mené certains adultes à exploser, ou à geler, pris à la gorge par leurs propres émotions qu’ils n’ont pas réussi à canaliser – tout ça, tu l’as subi, j’en suis profondément navré.

Décrochage

Cette année, tu en as vu (encore) plusieurs décrocher, juste plus capables de supporter l’environnement et la pression aliénante que cette pandémie à accentuer. Si seulement les gens prenaient le temps de t’expliquer que l’école, ce n’est pas une finalité, mais bien un passage utile qui n’est pas toujours des plus agréables, il me semble que ça t’enlèverait un peu de pression. Je veux que tu saches que plusieurs personnes travaillent à changer le système, qui depuis longtemps n’est plus adapté à ta réalité et tes besoins – mais d’ici là, il faut que tu saches que, ce n’est pas de ta faute, et qu’il faut se « raccrocher » pour toi, et non pour les autres.

Je sais, je sais… tu vas me dire : « Voyons, ça sert à quoi… même les profs décrochent ! ». Tu as raison, il manque de profs, et en plus, ils décrochent à la tonne, et tu sais quoi, je ne vais pas te mentir, ça va continuer pour un bout, car c’est dur pour tout le monde, incluant les directeurs d’écoles qui eux aussi, sont épuisés et abandonnent.

Le bulletin et la suite

Je pense que le bulletin scolaire est surévalué par le système d’éducation et les parents, et ça n’a absolument rien à voir avec ta valeur personnelle ni ta réussite dans la vie. D’ailleurs, la « réussite », c’est à toi de définir ce que ça veut dire, et non aux adultes alentour de toi de le faire à ta place.

Maintenant que j’ai dit tout ça, tu as des choix à faire. Je t’ai dépeint une réalité qui n’a rien de rose, parce que je ne veux pas insulter ton intelligence en te faisant croire que l’on vit au pays des licornes.

Ne laisse jamais ton bonheur dans les mains des autres – c’est la meilleure façon de finir malheureux. Je te parle de responsabilisation, je te parle de ta vie, et du fait que tu es un être extraordinaire, que tu mérites ce qu’il y a de mieux.

Pour la suite, je t’invite à considérer l’adversité comme un facteur intégral de ton parcours ; fournir les efforts, même lorsque ça ne nous tente pas, sera toujours bien avisé. Pour le reste, arrête de te la casser, et profites d’un été reposant – tu l’as amplement mérité.  Allez, on se revoit à la rentrée.

 

jctremblayinc@gmail.com

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