Enrichissement collectif

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Par Thomas Gallenne
Enrichissement collectif

Achat local

Cette semaine, Accès présente à ses lecteurs un dossier fort intéressant sur les enjeux de l’achat local. Quand on parle de cette notion au sens large, on entend aussi bien la communauté qui soutient son commerce local que les PME (petites et moyennes entreprises) qui décident de s’implanter dans notre région pour des questions stratégiques mais aussi de valeur: parce qu’offrir des emplois de qualité en région, dans un cadre de vie exceptionnel, au bout de la ligne, tout le monde y gagne.

 

Retombées locales

Qui dit achat local, dit retombées locales sous différentes formes: aide à la formation, pour la main d’œuvre de demain, pour contrer le décrochage scolaire, création d’emplois à haute valeur ajoutée.

Dans un contexte économique encore fragile, dans une région qui a besoin de diversifier son économie, l’implantation d’entreprises dans les technologies de l’information et des communications (TIC) et leur soutien par divers programmes de subventions, ou encore par le déploiement de l’internet haute vitesse, sont autant de mesures qui vont dans le même sens: supporter notre économie locale, pour supporter nos emplois. Mais tout n’est pas blanc, ni tout noir. Ni tout simple. L’économie se joue aujourd’hui sur l’échiquier mondial. Comment des entreprises internationales, qui détiennent par exemple des grandes surfaces commerciales comme le sont les Factoreries, peuvent participer à cet enrichissement collectif? Car même si certaines bannières offrent des produits fabriqués dans des pays où le coût de la main d’œuvre est plus compétitif, et que les décisions d’affaires dépendent d’actionnaires étrangers, il n’en demeure pas moins que ces multinationales créent des emplois locaux. Bonne lecture et bonne réflexion.

 

Par Félix Côté – La notion d’achat local a la cote auprès des consommateurs. Mais quand vient le temps d’acheter une pomme au supermarché, il est plutôt facile d’ignorer sa provenance. Or, il s’avère que le commerce à l’échelle locale, c’est payant, autant pour les consommateurs que pour les producteurs de la région.

 

Tout récemment, un rapport de la Banque de développement du Canada révélait que près du deux tiers des Canadiens font des efforts pour acheter des produits locaux. Le Québec serait en tête de liste dans le classement des provinces où les consommateurs s’évertuent à acheter localement. Plus de 75% des Québécois seraient sensibles à la question d’une consommation responsable.

 

Les Laurentides carburent à l’économie locale

Pour Pierre Urquhart, directeur général de la Chambre de commerce et de tourisme de la Vallée de Saint-Sauveur, il y a clairement un engouement pour le commerce local dans la région. Ce serait la qualité des commerces du territoire qui en serait la cause. Pour lui, leur popularité s’explique par la qualité des produits qu’on y retrouve. 

M. Urquhart demeure cependant prudent quant à la possibilité d’implantation de nouveaux commerces locaux. Compte tenu des deux futurs centres commerciaux de Mirabel, le marché pourrait se saturer. Il demeure toutefois catégorique quant aux bienfaits d’une économie locale: «Il faut demeurer éveillé et continuer de développer notre économie locale, puisqu’en fin de compte, ce sont les gens d’ici qui en profitent.» Effectivement, selon la Banque du Canada, une entreprise locale peut réinjecter jusqu’au tiers de ses revenus dans la collectivité. En comparaison, une multinationale en réinjecte moins de 20% en moyenne.

 

Les aliments locaux et bios ont la cote

L’étiquetage des produits semblerait avoir un impact sur la perception des consommateurs. Ceux-ci seraient portés à faire davantage confiance à un aliment produit localement et contenant des ingrédients biologiques et naturels. Au Canada, environ les trois quarts des consommateurs seraient enclins à payer plus cher pour des aliments produits localement.

À Sainte-Adèle, l’entreprise Starca, qui ouvrait un nouveau café il y a un an, cuisine et vend des produits artisanaux destinés à la vente sur place et dans divers commerces du Québec. Pour Susanne Brisson, l’une des propriétaires de l’entreprise familiale, c’est avant tout pour une question de santé que ses clients choisissent d’acheter des produits locaux.

«Nos clients veulent savoir ce qu’ils mangent, précise-t-elle. Ils savent que ce que nous préparons ne contient pas d’ingrédients chimiques au nom imprononçable.»

 

Cependant, elle admet qu’il y a encore du chemin à parcourir dans la vente de produits locaux. Même si l’entreprise vend ses produits dans des fruiteries et des marchés d’alimentation naturels, elle croit que les grandes chaines d’épicerie pourraient faire une plus grande place sur leurs étales pour les produits locaux.

 

Les détaillants locaux tirent profit du commerce local

Pour Benoit Simard, copropriétaire des boutiques Espresso Sports de Sainte-Adèle et de Saint-Sauveur, les articles vendus dans des boutiques locales rivalisent avec ceux des magasins à grande surface. Ce serait le cas au niveau du prix, mais surtout sur le plan du service après-vente. Connaître personnellement sa clientèle, ce serait pour lui un gros avantage.

 

«C’est un mythe comme quoi c’est plus cher dans un magasin comme le nôtre, pense-t-il. Non seulement nous accotons les prix de la concurrence, mais là où on arrive à se démarquer, c’est dans l’approche et le service au client.»

 

Benoit Simard attribue en bonne partie la santé de son entreprise à la communauté. C’est pourquoi   ses partenaires d’affaires et lui s’impliquent dans la tenue de divers évènements régionaux et supportent plusieurs clubs, équipes sportives et athlètes de la région. Pour lui, il s’agit d’un cercle de redevance dans lequel l’entreprise redonne à la communauté, et vice-versa.

 

Il soutient également que plusieurs consommateurs considèrent l’achat de produits de fabrication locale. Même si ces biens sont parfois plus dispendieux que des biens de production de masse, beaucoup de clients seraient enclins à acheter par exemple des vélos de fabrication québécoise. Pour lui, «le commerce local, c’est tout d’abord une question de valeur. Il faut y croire». C’est pourquoi il n’hésite pas à tenir en magasin de l’équipement de conception et de fabrication locale, autant au niveau des vélos, des vêtements, des pièces d’équipement que des produits alimentaires.

 

Délocaliser la production?

Le coût de la main-d’œuvre dans les pays de production de masse, tels la Chine, le Vietnam, l’Inde ou le Bangladesh étant moins important que celui de la main-d’œuvre locale, un des principaux défis pour une entreprise régionale, demeure l’offre d’un prix de vente concurrentiel.

 

Denise Lévesque, fondatrice et propriétaire de l’entreprise Créat-Elle, conçoit et fabrique à Prévost des vêtements et des accessoires athlétiques adaptés à plusieurs sports d’endurance. Pour elle, la notion d’entreprise locale, c’est une étiquette qui est vendeuse. Les gens recherchent des produits locaux, de fabrication éthique et responsable, confie-t-elle.

 

Mme Lévesque affirme que contrairement à la croyance populaire, les produits de fabrication locale sont bien souvent moins chers que dans les magasins à grande surface. Les clients n’ont pas à payer pour les marges de profit des grandes chaines qui viennent s’ajouter aux prix des marchandises. Elle ajoute que là où elle arrive à se démarquer le plus, c’est dans le service après-vente.

 

«Si un client n’est pas satisfait, s’il désire que nous effectuions une retouche sur un vêtement, ou encore s’il désire un produit personnalisé, c’est facile pour nous de répondre à ses attentes.»

 

Pour Andrew Topaczewski, partenaire stratégique de l’entreprise Créat-Elle, le commerce local gagne en popularité auprès des consommateurs de la région. Mais la prise de conscience des bienfaits de ce type de modèle économique ne serait toujours pas enracinée dans la mentalité collective. Il estime que 80 % de la population ne profite pas pleinement du modèle, mais qu’au bout du compte, elle y gagnerait au change.

 

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