Enseigner : entre passion et manque de ressources

Par Simon Cordeau
Enseigner : entre passion et manque de ressources
Dans son livre, Robert Durocher partage sa passion pour l’enseignement. (Photo : Courtoisie)

Robert Durocher a enseigné aux élèves du secondaire pendant 30 ans, d’abord à Saint-Stanislas puis aux Hauts-Sommets. « C’est probablement la plus belle profession au monde. On voit les jeunes grandir, s’épanouir, apprendre… Il n’y a pas de prix pour ça. » Et pourtant, il a pris sa retraite avant l’heure, épuisé. Discussion autour de son livre, Enseigner avec passion.

« D’abord je voulais partager mon expérience et mes pratiques gagnantes avec les gens. Je voulais aussi partager ce qui ne va pas bien, mais toujours de manière constructive et respectueuse. » Le professeur est d’ailleurs très fier que Normand Baillargeon lui ait proposé d’écrire la préface de son ouvrage.

Dans la première partie du livre, M. Durocher explique ses stratégies d’enseignement, mûries par ses années d’expérience.

Établir les règles de la classe, puis les attentes du professeur envers les élèves et vice-versa; utiliser l’humour; gérer les groupes difficiles; tout y est pour outiller tant les jeunes enseignants que les vétérans du métier.

Dans la seconde partie, le professeur expose les failles de notre système d’éducation qui l’ont mené, comme tant d’autres, à quitter le métier qu’il aime.

Quitter malgré la passion

« J’ai pris ma retraite cinq ans plus tôt que prévu. J’étais essoufflé. Il y a des profs qui abandonnent plus tôt que prévu, et je suis de ceux-là, avec une grosse pénalité financière. Je préférais prendre soin de ma santé plutôt que de mon compte de banque », raconte le biologiste de formation. Un enseignant sur quatre quitte son métier dans les cinq premières années, souligne-t-il.

Dans son ouvrage, il critique la réforme scolaire et le manque de ressources, et demande plus d’autonomie pour les professeurs.

L’enseignant au cœur de l’enseignement

La réforme, par exemple, est centrée sur l’élève et l’amène à découvrir la matière par lui-même. « Sur papier, c’est séduisant. L’élève, c’est lui qui décide comment il va apprendre, quelle stratégie il va adopter. Mais ce n’est pas validé par les études. Un élève de 12, 13 ou 14 ans n’a pas suffisamment de connaissances. Pour apprendre, il faut déjà avoir appris », soutient M. Durocher. Il prône plutôt l’enseignement explicite, où le professeur amène des concepts en commençant par le plus simple, puis en allant de plus en plus vers le complexe, tout en guidant les élèves en chemin. « Quand c’est centré sur l’enseignant, ça part de lui et de ses connaissances. » C’est donc plus facile pour le professeur d’intéresser les jeunes, de contextualiser la matière, de donner des exemples et des contre-exemples, etc.

Manque de ressources

Il y a toutefois un bémol à cette stratégie : la pénurie « énorme » de professeurs et de suppléants. « Ça oblige les directions d’école à embaucher des gens qui n’ont jamais enseigné. C’est sûr que ce sont généralement des gens bien scolarisés, avec une formation universitaire, mais pas en enseignement », déplore M. Durocher.

De plus, 25 % des profs n’enseignent pas dans leur matière. Nécessairement, ils sont moins habiles et dépendent davantage des manuels et des cahiers d’exercices.

Il y a aussi un nombre insuffisant de spécialistes dans les écoles. Ce sont donc les enseignants qui doivent gérer les élèves en difficulté et leurs besoins particuliers. Et ceux-ci sont de plus en plus nombreux! « Un professeur est formé pour enseigner. Ce n’est pas un psychologue », précise M. Durocher. Ce manque de ressources nuit autant aux professeurs qu’aux élèves, insiste-il.

Écouter les élèves

À travers toutes les lacunes du système, l’enseignant regrette qu’on ne prête pas une oreille plus attentive aux élèves eux-mêmes, à leur expérience et à leurs suggestions. C’est pourquoi il clôture son livre avec des témoignages de ses anciens élèves.

« Le secondaire ne prépare pas suffisamment les jeunes pour le cégep et pour la vie adulte. Rendu en secondaire 5, on ne les informe pas assez où s’orienter, selon leurs goûts et leurs forces », indique M. Durocher.

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