Épuisante relâche

Par Jean-Claude Tremblay
Épuisante relâche

Chronique d’un X

jctremblayinc@gmail.com

Je ne veux pas essayer d’être contre-tendance ni de m’inscrire en faux et démarrer un mouvement de type « papa cinglant », mais honnêtement, je suis content que la relâche soit terminée. Plus capable d’entendre des « c’est plate je m’ennuie ! », ou encore le classique des classiques, usé à la corde : « il y a rien à faire ! »  J’ai eu beau passer mon temps à valoriser la créativité, la lecture, les jeux de société, les vertus des sports et du plein air, ce n’était jamais assez. Une fin de semaine en ville, des centres de jeux, un match de l’Impact et des Canadiens ? Pas assez, il y a (toujours) rien à faire !

 

Non, moi je n’ai pas été à Mexico ni à Varadero, même pas à Dollard-Des-Ormeaux – je suis resté très occupé au boulot, bien au froid dans mon Pays-d’en-Haut. Mais je dois vous avouer… je suis épuisé comme un gymnaste après une interminable série de saltos arrière achevés par des demi-vrilles de 180 degrés – je suis arrivé dimanche soir comme Charlebois en 69, tout écartillé, mais rempli d’espoir de voir le lundi (enfin) arriver !

Entre souhaits et réalité 

Vous savez, cette image bucolique d’enfants heureux qui patinent en se tenant la main, avec en arrière-plan les majestueuses montagnes illuminées par un soir étoilé, pendant que Bambi le magnifique traverse le sentier comme dans un conte de Disney ? … et bien ce n’est jamais arrivé !   « La patinoire et les installations sont fermées », a dit la municipalité, alors allez-vous chamailler ailleurs, enfants en carence de vitamine D, entêtés à rester en dedans au lieu de sortir et d’en profiter !   Non mais il me semble que ça ne fait pas si longtemps que nos parents devaient se battre avec nous pour que l’on « rentre à la maison », car on perdait la notion du temps.    

L’art de s’emmerder

Je vous le confirme, la majorité des enfants n’ont pas encore maîtrisé cette aptitude, mais ils ne sont pas totalement à blâmer, car ils vivent dans une ère où tout doit être (toujours) « hyperorganisé » – les temps morts, il faut éviter, tout à coup que ça les inciterait à se débrouiller ! À leur décharge, ils baignent dans les jeux vidéos, ils ont 500 postes de télé, l’internet illimité, Netflix à volonté et ont sous la main une panoplie de « i-machin » qui incitent à la sédentarité. La vraie question demeure, est-ce que les actuelles générations auront l’occasion de développer l’art de s’ennuyer, une cruciale notion qui force l’être humain à réfléchir et à s’arrêter ? En ce qui me concerne, l’ennui n’est pas un tabou, c’est une nécessité – tout vide ne doit pas automatiquement être comblé, car on oublie souvent que ce qui produit la musique, c’est le silence entre les notes.   

Réflexion de société

Pourquoi, avons-nous besoin d’une relâche scolaire et d’où ça vient au juste ? L’histoire nous dit qu’ici au Québec, ça date de 1979, une décision d’un certain Fernand Paradis, alors commissaire scolaire, qui avait noté que le taux d’absentéisme était plus élevé à la fin février. Voilà. 41 ans après, on n’a jamais regardé en arrière ni adapté ça à la réalité des familles d’aujourd’hui, tantôt reconstituées, tantôt en situation monoparentale, et où la plupart des membres doivent travailler pour subvenir aux besoins de leur rythme de vies effréné.

À ceux qui affirment que les enfants ont absolument besoin d’une trêve mentale, sachez que je suis entièrement d’accord. Par contre, je me demande si c’est normal d’avoir un système si demandant qu’une pause devienne nécessaire. Je ne vais même pas aborder le casse-tête géant que pose ledit congé scolaire pour une tonne de familles, mais je vais dire ceci : la relâche n’est-elle pas devenue le méga-pansement temporaire d’un problème sociétal éminemment plus important ? Il y a une dichotomie entre le bien-fondé de vouloir recharger ses batteries et la possibilité de le faire – dans ce contexte, il serait peut-être temps de revisiter le modèle et de l’adapter.

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