Court mademoiselle

Court mademoiselle
Josée Pilotte
Espace griffé

Francine et Gaétan le font trois jours / semaine. Ma voisine un-peu-toutoune, elle, dit le faire seulement quand ça la tente. Josée, l’amie d’une amie, bien elle, elle est comme le lapin Energizer, inépuisable. Le vieux tabarouette de la rue Principale lui, ben y’a jamais arrêté! Mais le plus étonnant dans tout ça, c’est le gros Bob qui a commencé la semaine dernière. Je le sais puisque je l’ai vu faire…

Pourtant le chemin est encore long et nous ne sommes pas nombreux à le parcourir au pas de course. Quand je les ai toutes vues à la télé l’autre soir dans l’émission Mlle court à TVA, essoufflées, à bout d’nerfs, braillant comme des Madeleines et bien, je me suis dit: on est-tu juste rendus là?! En pleine société des Loisirs, dans un monde qui n’a jamais été aussi éduqué, évolué et conscient, comment se fait-il qu’il reste encore 80% de sédentaires au Québec?!

Quand on y pense, ce corps-là c’est tout ce qu’on a pour porter ce que nous sommes, nos rêves, nos valeurs, notre esprit; ce corps-là c’est notre premier rapport au monde.

 

Oui, dans un monde qui n’a jamais été autant éduqué, comment se fait-il qu’on fasse un show de télé avec toutounne qui chausse ses runnings pour la première fois depuis 30 ans?

 

Au-delà de me scandaliser par ce que j’y vois et le laisser-aller de tant de gens en matière de sport, ce show de télé me dit deux choses:

1. Bouger n’est pas encore aussi naturel que manger et dormir (alors que ça devait l’être), puisqu’on en fait un show de télé;

2. Bouger devient de plus en plus à la mode, puisqu’on en fait un show de télé.

 

Autre illustration de ce même paradoxe: avez-vous remarqué le nombre de joggeurs et de cyclistes ces jours-ci sur la 364?… Et même si la saison n’est pas officiellement lancée, avez-vous remarqué le nombre de nouveaux visages que l’on croise dans les sentiers de vélo? Je vous dis: une vraie invasion de mollets-en-feu! C’est à croire que le 20% de sportifs au Québec ont migré vers nos sentiers laurentiens et la 364!

Non mais, on l’avait-tu assez vu venir la vague? Ça fait, quoi?… quatre ans que l’on en parle?

Était-ce nous, «les hurluberlus», qui avions de la vision, ou bien nos élus qui en manquaient alors?!

 

Toujours est-il, et qu’on le veuille ou non, Francine, Gaétan, la voisine, l’amie d’une amie, le vieux tabarouette de la rue Principale pis même Bob… ben y sont arrivés!

 

Qu’on le veuille ou non, cette invasion de nouveaux mollets va redéfinir notre paysage et notre identité, sans doute autant sinon plus que ne l’a fait le ski durant le dernier siècle.

Alors on fait quoi? On regarde le train passer, nos sentiers être saccagés et deux-trois cyclistes être tués sur le bord de la 364 chaque année; ou bien on s’occupe de tout ce beau monde, on l’encadre, on l’encourage, on l’accueille?…

 

Nos élus auront-ils le souffle court comme la toutounne de l’émission Mlle court?

 

Ou bien pourront-ils suivre la cadence et tenir la distance de ce nouveau virage identitaire?

 

Quoiqu’ils pensent, quoi qu’ils fassent, c’est un marathon qui les attend.

 

 

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