Hommes, mensonges & autres curiosités

Hommes, mensonges & autres curiosités
Josée Pilotte
Espace griffé

Vos Chéris ont-ils réagi comme le mien en voyant la publicité de «l’homme-chat» entre deux portions du téléroman C.A., vous savez cette publicité de pâté pour félin, la pub de Whiskas…?

On y aperçoit Madame de retour à la maison après une dure journée au bureau, «l’homme-chat» à ses pieds, se frottant sur ses jambes, l’air niais, suppliant de lui donner son pâté favori. Non, mais y’é-tu assez touchant l’animal?!

Donc. Comment a-t-il réagi votre Chéri?

Comme le mien, qui n’a pas réagi?

Je trouve ça plutôt bizarre que ce soit des femmes qui tiquent fortement en voyant cette publicité sexiste et de mauvais goût sur la dégradation «glauque» de l’image masculine. Imaginez à l’instant le contraire: madame, en laisse, miaulant, se frottant aux pieds de Monsieur, en ronronnant à la première caresse de «son maître»…

Vous imaginez un peu le scandale? Avouez que l’image a de quoi convaincre les dernières sceptiques du féminisme…

Alors pourquoi diable le Chéri Québécois ne brûle-t-il pas ses bobettes sur la place publique?

Hum…

Hypothèse #1: Lui, contrairement à Elle, n’a pas subi des siècles d’oppression; alors disons qu’il n’a pas le réflexe de défendre son sexe… et ce quand bien même on le lui couperait!

Hypothèse #2: Y’ont plus d’humour que nous autres. C’est vrai qu’ils ont une préférence pour les jokes plates… Mais bon, c’est-tu supposé être une joke pissante ça?!

Hypothèse # 3: Castré par le matriarcat depuis quelques générations, «barrouetté» dans nos téléromans, notre cinéma, nos littératures (hein, Mme Payette?, hein?), il n’a pas eu la vigilance de repérer le glissement de l’homme-macho vers l’homme-rose, vers l’homme-mou, vers l’homme-asexué, vers l’homme-animal-de-compagnie… Demain peut-être Madame-Môman aura-t-elle le plaisir de bercer son homme-poupon!

Je suis certaine qu’alors «la môman va être ben contente», pis chanceuse comme elle l’est, elle n’aura même pas besoin d’y donner le sein (car ici, on s’entend, il ne s’agit pas de la «génération de ma mère», mais de la «génération mammaire», savez celle des implants à 5000$ qu’y faudrait surtout pas amocher à force de «tétage»…)

Non, elle n’aura pas besoin d’y donner le sein, seulement l’heureux privilège de pouvoir bercer son poupon après l’avoir flatté. Je sais, je sais… il n’est pas question ici de vous ni de votre Chéri… Je sais, je sais qu’il s’agit probablement de celui de votre nouvelle petite voisine ou du mari de la petite belle-sœur… Oui, je sais, je sais.

Mais moi ce n’est ni vous ni moi ni même le Chéri qui m’inquiètent. Ce sont eux, «les hommes » de ma vie, pour qui je me questionne. Ce sont eux les hommes de demain, ceux que l’on présente aujourd’hui comme de pauvres hommes objets, comme des mitaines, comme de vulgaires petites bêtes…

Jusqu’où ira-t-on?

Selon mon redac’chef, en matière de médiatisation de la sexualité, jusqu’ en enfer: «Maudit que je m’ennuie des pages de lingerie du catalogue Sears de mon adolescence!»

Dans leurs enfances, j’espère seulement comme mère avoir imprégné mes fils d’une soif de liberté, celle qui rend l’Homme libre, libre d’Être. En dehors de toute cette «moutonnerie».
«C’est l’histoire d’une société qui tombe, qui tombe, et qui se répète “Jusqu’ici tout va bien”. Mais ce qui compte ce n’est pas la chute, c’est l’atterrissage». (La Haine, Mathieu Kassovitz)

Oui, la liberté pour Antoine, 14 ans, et Lucas, 7 ans, d’échapper à cette chute…

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