J’mets mon drapeau en berne

J’mets mon drapeau en berne
Josée Pilotte
Espace griffé

J’avais pourtant pris soin de faire ma petite enquête sur le sujet. J’ai consulté tous les jours, que dis-je, toutes les heures voire toutes les minutes presque «compulsivement», je l’avoue bien humblement, facebook, twitter et compagnie afin d’avoir un portrait clair de la réalité…

Je n’avais pas besoin de Léger, de CROP et des journaux traditionnels pour savoir. Je savais.

Moi, j’étais branchée en direct sur «le vrai monde», drette sur le perron de l’église… Vive les réseaux sociaux!

 

Je savais avant tout le monde. La CAQ majoritaire les deux mains sur le volant, le PQ pas loin derrière et le PLQ dans le fond de la cave. C’est fou comme 140 caractères nous font croire qu’on sait tout, hein?!

 

C’est vous dire que j’étais dans le noir le grand soir.

Littéralement, puisque lors d’un «souper électoral» organisé entre amis afin d’élever le débat, nous nous sommes retrouvés non pas en panne d’idées mais bien en pleine noirceur. Panne d’électricité majeure. On s’est rabattus sur quoi? Ben oui!, sur nos téléphones intelligents… Et pour apprendre quoi? Qu’on est un peuple tiède, un peuple de 50/50, un peuple profondément partagé et divisé. Enflammé dans notre salon, le poing sur la table dans la cuisine, les casseroles dans la rue… tout ça pour arriver à quoi? À ce résultat. Un résultat gris-beige et sans saveur. Rien qui nous représente individuellement, mais dit tout de notre ambivalence collective.

Personne n’est vainqueur, surtout pas Pauline avec son faible 1% de plus… déplus que qui?! LES

LIBÉRAUX! Tiens toé!

 

Ne me dites pas que nous ne sommes pas un peuple de contradictions. Et ne me dites plus que les médias sociaux sont le reflet du vrai monde.Vive la presse libre!

 

Nous sommes donc condamnés au statut quo et, parfois, au chaos. Cette fin de soirée électorale aura marqué les esprits avec le couronnement d’une femme à la tête de l’état. Mais surtout avec le bruit des balles.

Au-delà de la brutalité du geste, il y a celle de notre aveuglement: ce geste ne veut rien dire… il est l’acte d’un fou… isolé… sans signification… Tournons la page, continuons de nous raconter que le monde est beau et gentil, particulièrement au Québec, continuons de penser que nous ne sommes pas comme les autres.

 

N’envisageons pas surtout que notre société plus-que-parfaite fabrique des monstres. Comprenez-moi bien, je ne dis pas que ce qui est arrivé lundi nous dit quelque chose, mais je trouve un peu facile de s’en laver les mains collectivement en mettant ça sur le dos de la psychiatrie.

Reconnaissons que notre perpétuel paradoxe crée des tensions, reconnaissons qu’il y aura de plus en plus de coups de feu comme forme d’expression. La bouche des canons au lieu de la parole.

 

Bien sûr on s’entend que le Québec ne produit pas en série des tueurs en série. Mais on s’entend aussi qu’on en fabrique, de l’insulte, du manque de respect, de la tensions sociale. Convenons au moins qu’il y a des conséquences à cela. Rien n’excuse l’inexcusable, mais soyons réalistes. Le Québec de demain n’est pas si différent de la planète de demain.

 

Alors «si c’est ça le Québec moderne, moi je mets mon drapeau en berne».

 

 

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