Pas le choix d’en parler

Pas le choix d’en parler
Josée Pilotte
Espace griffé

Pour une fois, mettons de côté les célèbres «Duels du duo»: nous sommes en parfaite symbiose, la page 4 et la page 5 d’Accès, mon rédac’chef et moi.

Avec un sujet aussi crucial, je ne pouvais pas vous parler dès le début de ma chronique, de ma Douleur à moi, aussi grande a-t-elle été, lors de mon duathlon…

C’est que les derniers événements touchant Sainte-Adèle sont incontournables et, je vais vous dire, ils sont venus me chercher à la fois en tant qu’éditrice, que citoyenne, que mère de famille.

L’heure est grave, ces événements ne peuvent être passés sous silence, sous ce même silence qui parfois paralyse trop longtemps toute une population.

Oui il est vrai que le «spotlight» médiatique est posé depuis longtemps sur Sainte-Adèle… Mais, sincèrement, que vous voulez-vous que l’on fasse, nous, comme média? La municipalité visée semble nous reprocher de gratter le bobo, déjà à vif, et qui menace de se gangrener…

Putain! C’est toujours pas nous qui nous promenons au volant d’une Mazda RX-8; c’est toujours pas nous qui balançons des carcasses d’animaux dans l’eau potable des citoyens; c’est toujours pas nous qui prenons plus d’un an avant de réagir à la plainte d’un citoyen touchant une affaire de santé publique… On est toujours ben pas le maire de Sainte Adèle…

Mais.

Ne paranoïez surtout pas, Monsieur le Maire, il ne s’agit pas d’une vendetta de notre part. C’est simplement que c’est chez vous, dans votre ville, que la «merde est pognée»; c’est aussi chez vous que des citoyens se sont levés pour dénoncer cet aberrant et inconcevable Silence.

Oui, c’est nous, chez Accès, qui avons la job ingrate de bien faire notre travail; vous, avez-vous bien fait le vôtre? Parce que notre job, c’est aussi de réveiller la conscience; parce qu’on est tannés de dire toujours «oui-oui», de marcher comme des vrais zombies, de rentrer à la maison le soir… (métro-boulot-dodo)… pis de faire semblant que l’eau du robinet est bonne, même si, peut-être, celle-ci est contaminée à je-n’sais-pas-trop-quoi…

Une maudite job, j’vous dis pas, monsieur le Maire de Sainte-Adèle; une maudite job parce que rester intègre et fidèle à la ligne de conduite pour laquelle les gens t’ont fait confiance, ok ça peut ne pas être toujours-toujours, évident…

Fais-toi mal, Jopi-Jopi!

Je me suis jointe, comme convenu, aux participants du Duathlon de Saint-Sauveur samedi dernier.

Oui, comme convenu, j’y étais avec toute cette nervosité insoupçonnée qui s’est emparée de moi ce matin-là. On était juste sur la ligne de départ.

Déjà je me disais: «Oh my God!»

C’est que, voyez-vous, c’est très impressionnant à voir, tous ces athlètes en préparation. J’en suspecte même quelques-uns de faire le duathlon avant le duathlon! Vous imaginez les «machines»? Ma petite machine à moi, au milieu de ces moteurs musclés… Pourtant, la gorge sèche, les pulsations «dans le piton», j’ai tenu le rythme pendant les 3 premiers km de la course…
«Oh… my… God!»

Entre la course à pied et le vélo (ce moment que l’on nomme «la transition»), à bout de souffle, je me suis penchée pour changer mes souliers, comme l’on doit tous le faire, me souvenant juste au bon moment des consignes de Luc… surtout garoche-les pas au bout de tes bras, sinon tu vas être dans le trouble au retour dans la transition entre le vélo et ton dernier 3 km… je relève la tête. Plus un chrétien… Mais comment ont-ils donc fait?!

J’ai enfourché ma bécane, mis mon casque conformément aux règlements, et j’ai attaqué les 33 prochains km, sans apercevoir ne serait-ce que l’ombre d’une personne devant moi. Le gros fun, quoi! Je mouline, je mouline, les jambes un peu lourdes, le souffle un peu plus court, le moral un peu plus bas.

Et j’ai vite les idées qui tournent plus vite que je ne mouline…

Moi qui, avec ma grande fierté, suis toujours prête à relever tous les défis… moi, cette fille-là, celle qui ne lâche jamais, j’étais soudainement en train d’inventer la mise en scène de l’abandon parfait. J’étais prête à blesser mon corps pour sauver mon orgueil: je pensais à me «pitcher» dans la «garnotte» afin de m’assurer que le sang de mon corps masque mon échec… «C’est pas un abandon, c’est un accident, j’vous l’dis!», que j’aurais juré à tous, boitant, sanguinolente, aux côtés de mon vélo… La fille qui pensait tout ça, en fait je ne la connaissais pas jusqu’à ce jour… et puis pourtant elle roulait sur le même vélo que le mien!

Se rencontrer soi-même et ne pas tout-à-fait se reconnaître, ça fait peur! J’avais pourtant écrit la semaine dernière, dans cet Espace: «… toute l’importance que prend l’esprit dans le sport…»
À travers cette épreuve, vécue cette semaine et qui était mon premier duathlon, je ne pensais vraiment pas que cet «esprit», le mien, prendrait autant de place.

Pourquoi ne me suis-je pas lancée finalement dans la «garnotte»; pourquoi suis-je restée en selle?

Parce qu’il n’y avait pas de bonnes raisons d’abandonner. J’ai pédalé, j’ai tellement pédalé que j’ai réussi à dépasser celui qui pensait être le dernier.

Tiens!, je la connais celle-là, la revoilà enfin, la fille qui ne lâche jamais…

J’ai couru, j’ai tellement couru que j’ai fièrement franchi le fil d’arrivée!!!

Et puis ils étaient tous là, mes amis, m’encourageant, prenant presque plus à cœur que moi l’idée que je me rende au bout de mon défi, à l’un des bouts de moi-même; fébriles, presque plus que moi; présents, au moins autant que moi.

Moi qui sais maintenant…

Moi. Prête à recommencer!

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