Sujet délicat

Sujet délicat
Josée Pilotte
Espace griffé

La semaine dernière j’étais dans le bureau du maire de Piedmont afin de discuter d’un projet particulier.

Comme chaque fois la conversation nous emporte ailleurs, cette fois-ci peut-être parce que c’est dans l’air du temps, nous avons abordé le sujet du développement: «Prenez par exemple Piedmont, justement, m’expose M. Cardin. Il nous reste peu de terrains à développer; d’ici vingt ans, il n’y en aura plus… c’est donc important de rentabiliser ceux qui restent! On ne peut pas qu’en faire des espaces verts qui ne rapportent financièrement rien à la municipalité, même si le « vert » fait partie de notre vision et de notre identité».

 

Donc si je comprends bien la vision du développement du Maire Cardin, qui rejoint celle de plusieurs élus de notre territoire, tôt ou tard nous ne pourrons plus développer, faute d’espaces disponibles. Ce que je comprends moins bien en revanche, c’est pourquoi faut-il «développer» ceux qui restent? Puisque de toute façon d’ici peu de temps il n’y aura plus rien à développer, pourquoi ne pas s’habituer dès maintenant à vivre selon nos moyens, avec un niveau de services acceptables, tout en préservant ce qui reste à préserver et qui est sans doute le plus précieux: nos montagnes, la qualité de nos lacs, notre patrimoine bâti, etc. Pourquoi toujours plus? Pourquoi «bigger is better»?!

 

Hum… sujet très délicat.

 

Pendant que plusieurs villages se meurent au Québec, nous on fait nos enfants gâtés, on rouspète, on chiale, on questionne. Combien d’autres régions applaudiraient l’arrivée d’un Canadian Tire ou d’un Dollarama?

 

Pendant que plusieurs villages se meurent au Québec, oui, combien applaudiraient un développement comme celui proposé pour le Chantecler à Sainte-Adèle?

 

Personnellement j’ai plus de questionnements que de réponses.

Vous savez combien je suis attachée à la préservation et même à la valorisation de la qualité de vie unique que nous avons ici.

 

Y’a pas un matin où je ne me dis pas à quel point je suis privilégiée d’habiter là. Oui, moi, je l’aime ma région. Je trippe à fond de pouvoir avoir mes skis de fond dans mon bureau et d’aller faire une ride sur mon heure de lunch. Ça m’émeut de voir des «bambis» et des dindons sauvages gambader sur mon terrain. Et j’aime le spectacle de cette poudreuse soufflée en début de saison par les canons à neige…

 

Vous savez aussi combien je suis attachée à la santé et à la vitalité de nos villages, qui passent notamment par les commerçants, eux qui font partie intégrante de la richesse de la vie laurentienne. On ne peut nier qu’un projet comme le Chantecler pourrait apporter beaucoup «économiquement parlant» à un village comme Sainte-Adèle.

 

Vous voyez, c’est pas simple! Rien n’est noir, rien n’est blanc.

On est en droit de se questionner, de se positionner même; au fond c’est notre rôle de bons citoyens de le faire.

 

Mais. À mon avis, tant que l’on mettra en contradiction «le développement durable» et «l’économie» en stigmatisant systématiquement chacun des camps (d’un côté les businessmen et leurs bulldozers, de l’autre les écolos fanatiques prêts à s’enchaîner à un arbre pour sauver un ruisseau)… et bien on en arrivera toujours à d’intenses frustrations et, au final, à plus de questions que de réponses. C’est le jour où cette équation sera résolue que l’on pourra vraiment grandir.

 

Les développeurs doivent comprendre la méfiance de certains face à leurs projets puisque, dans le passé, on en a vu des horreurs défigurer les visages de nos paysages. Les «Verts», eux, doivent comprendre que certains projets de développement peuvent êtres salutaires pour une communauté.

 

Si on réussissait ce dialogue, j’aurais peut-être enfin sur le sujet plus de réponses que de questions.

 

 

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