Être femme aujourd’hui

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Par Martine Laval
Être femme aujourd’hui

Être femme aujourd’hui, en 2014, au XXIe siècle, qu’est-ce que ça représente? Qu’est-ce que ça demande? Qu’est-ce que ça veut dire? En parlant à des adolescentes de 14 à 17 ans, à des jeunes femmes célibataires dans la vingtaine, des mères dans la trentaine et la quarantaine, des mères et des grands-mères de cinquante et soixante ans, et à une grand-mère et arrière-grand-mère de 85 ans, les réponses sont révélatrices et riches de réflexion et d’aveux. Écoutez bien… pour voir!

Devenir femme quand on est adolescente et étudiante, c’est être à la porte de son propre avenir. Enthousiasmant? Inquiétant? 

Maëlle, 17 ans

Devenir femme-adulte c’est devenir plus libre, ne plus avoir nos parents qui nous disent quoi faire, mais c’est aussi devenir responsable de soi avec tout ce que ça comprend sur le plan financier. Ça m’inquiète, même si je sais que mes parents seront sûrement là pour m’aider J’ai peur de ne pas réussir. (En Option-Danse, elle aimerait devenir danseuse)

Maya, 14 ans

Devenir femme c’est la perte de l’innocence. C’est cool dans un sens mais je n’ai pas hâte dans l’autre quand je pense au travail, aux obligations. (Elle aimerait être actuaire).

Kim, 15 ans

J’ai hâte de travailler. Je veux être agente de bord et voyager. Je vois l’avenir de façon très positive.

Audrey-Anne, 14 ans

J’aimerais être policière mais je ne pense pas trop à l’avenir. Je suis bien là où je suis.

Kina, 15 ans

Je stresse face à l’avenir et à ce que je voudrais faire. C’est sûr que je veux un conjoint et des enfants, mais pour le reste, je ne suis pas sûre.

Naomi, 15 ans

C’est sûr que devenir adulte c’est devenir responsable, payer son appartement, avoir un travail. J’aimerais aller loin et réussir. Je veux être intervenante auprès des jeunes ou avocate pour défendre les droits. Je veux fonder une famille (vient d’une famille de 6 enfants).

Anne, 16 ans

J’ai hâte de franchir l’autre étape et devenir autonome pour faire mes propres affaires et prendre de l’assurance. (Regarde sa sœur pharmacienne, son modèle, 10 ans plus âgée qu’elle.)

Maggy, 16 ans

Moi je ne suis pas pressée. J’y vais au jour le jour. Pour l’instant je me force. Je veux étudier en sciences. (Son modèle, Julie Payette qui a fait sa place dans un monde masculin).

Valérie, 16 ans

Moi je suis dans une équipe de ski (elle est en Sport-Étude). Je reste dans le Nord. Pour moi la vie se passe dehors. Une famille, oui, mais pour l’instant j’aimerais être bien organisée.

Alex, 16 ans

Je suis indécise. Plein de choses m’intéressent. Le cinéma, la production, la réalisation. J’aimerais apporter quelque chose de nouveau dans le monde par le biais du cinéma. Pour les droits humains. (Ses inspirations : Xavier Dolan, Emma Watson).

Être une jeune femme de 20 ans c’est tenter l’équilibre

Kayla, 20 ans, étudiante à l’université en droits, dernière année.

«En ce moment, à 20 ans, je suis à la recherche de l’équilibre. Équilibrer ce dans quoi je m’investis, et ce à quoi j’aspire. Je constate que dans notre monde de femme, il n’y a pas grand-chose que l’on puisse prendre pour acquis. Dans mon champ d’étude où nous sommes majoritairement des femmes, on est dans un besoin constant de se dépasser, tout le temps. La compétition est grande. On s’en met donc beaucoup sur le dos. Alors qu’au secondaire et au collégial, on était dans un monde de tous les possibles, au fur et à mesure qu’on avance à l’université, la désillusion s’installe. À l’approche de se retrouver sur le marché du travail, alors que les  femmes sont ou ont envie d’être en couple, avec une envie de maternité éventuelle, on découvre que la conciliation travail-famille ne sera pas aisée. Plusieurs choisissent alors de devenir notaire plutôt qu’avocate, les horaires étant plus flexibles. La désillusion entraîne donc la conclusion que rien n’est jamais acquis pour la femme!»

D’un autre côté, Kayla regarde les générations qui l’ont précédée avec admiration. «Je réalise à quel point les femmes de ma famille ont dû faire beaucoup de compromis très tôt dans leur vie pour les leurs. Sans nécessairement de diplôme en main, elles se sont pourtant bâties, au fur et à mesure de leur vie, tout en éduquant leurs enfants et tout ce que ça implique. Aujourd’hui, sans diplôme, les portes nous sont fermées ou ne s’ouvrent pas largement. On n’a pas le choix que de s’investir à fond. Moi, pour l’instant, je n’ai pas d’autres préoccupations que moi-même.» 

Élizabeth, 25 ans célibataire, jeune professionnelle voyageant à moyen et long terme dans le cadre de ses stages et de son travail, notamment en Amérique Latine…

Elle avoue que son passage au Pérou récemment bouleversera sa réponse qu’elle aurait normalement donné de manière plus sûre d’elle-même Les droits des femmes n’y étant certes pas acquis, puisqu’être une femme de 25 ans au Pérou –  monoparentale, victime de violence domestique, de harcèlement dans la rue et au travail -, correspond à une réalité toute autre que celle de la Québécoise qu’elle est.

«J’ai grandi dans l’illusion d’une égalité de droits et d’opportunités de laquelle j’ai eu la chance de bénéficier au maximum : héritage des générations qui m’ont précédées certes, mais aussi de ma compréhension des forces et faiblesses généralement attribuées aux femmes. C’est un peu l’attitude contradictoire de la princesse qui veut un prince tout en dénonçant le machisme; de la femme libérée sexuellement dont la domination par l’homme au lit la fait jouir à tout coup; ou encore de la femme carriériste qui aimerait bien que son mari réussisse mieux qu’elle quand même.

Je pense que ces paradoxes sont facilement attribuables à une femme de 25 ans qui a pu bénéficier d’un certain niveau d’éducation et d’opportunités. Un peu comme notre génération semble avoir perdu certains repères familiaux ou religieux, qui aussi illégitimes soient-ils véhiculaient bien souvent de très belles valeurs, la femme de 25 ans semble avoir perdu certains repères dans la quête d’une égalité parfois “déféminisante” ou plutôt d’une liberté déroutante.

Bien ou mal, l’avenir nous le dira. De mon côté, je me sens très humaine et très femme, mais surtout très chanceuse d’avoir pu bénéficier d’un accès à l’éducation académique ainsi que sexuelle et affective, accès à l’emploi, à la sécurité, et plus, comparé à la différence de mes amies et collègues que je rencontre à travers mes voyages professionnels, notamment au Pérou récemment. En ce sens j’imagine qu’une femme de 25 ans comme moi a aussi beaucoup de responsabilités pour aider ces femmes à en arriver là…et c’est beaucoup là-dessus que je travaille au cours de mes voyages.»

À 30 ans: entre carrière et maternité, mon coeur balance. 

Émilie, 33 ans, éleveuse et entraîneure de chevaux, mariée à un médecin.

«On a voulu se libérer, avoir une carrière, on est supposée être de plus en plus égale à l’homme, mais c’est encore la femme qui fait tout ou presque dans la maison, en plus du boulot! Dans le fond, rien ne change vraiment ou très peu. Moi si j’avais un fils, il passerait par le trou de la serrure et il apprendrait les tâches ménagères dès son plus jeune âge. Les hommes de ma génération sont encore les fils-à-maman-qui-fait-tout-pour-eux. Ce n’est pas toujours qu’ils ne veulent pas, mais ils n’ont aucune idée par où commencer, comment créer une r
outine et s’exécuter sans qu’on ait à leur demander. 

Je n’ai pas d’enfants car en fait je ne sais pas où je le mettrais dans mon horaire, ni dans celui de mon mari médecin. Je commence seulement à voir la lumière au bout du tunnel de tout le temps que j’ai investi pour en arriver où je suis aujourd’hui. La ferme, l’entretien, les chevaux, le dressage, l’entraînement, les compétitions, les déplacements, ça demande énormément d’énergie. Je ne veux pas faire un enfant et le parker dans une garderie. Je veux être celle qui l’éduque et qui lui transmet mes propres valeurs de la vie. J’envie les femmes qui peuvent rester à la maison avec les enfants jusqu’à ce qu’ils entrent à l’école. C’est un privilège que j’ai reçu. C’est une chance inouïe pour la maman comme pour l’enfant de nos jours. Je me serais vue devenir mère à 23 ans, mais plus maintenant. On me juge beaucoup sur ce choix! Et on se croit libérée?

Magalie 38 ans, mère d’un enfant, en couple à temps partiel et à distance avec le père de son enfant, directrice hypothécaire.

« Je n’ai jamais été préoccupée par toute la question de l’égalité des hommes et des femmes. J’ai toujours été indépendante et autonome et pour moi la présence d’un homme dans ma vie doit être agréable. Pour moi, c’est A man for pleasure, point final. Dès qu’on commence à se prendre la tête, à s’engueuler, à s’argumenter, c’est chacun chez soi, on se reverra quand le nuage sera passé. Je suis tellement comblée par mon rôle de maman avec mon petit homme, et mon travail me demande tellement, que je n’ai pas besoin de m’encombrer des tourments d’une relation. J’ai tout ce qu’il me faut, je subviens à mes besoins, mon fils est heureux, en dehors de ça, ma relation avec un homme  son père en l’occurrence, c’est dans le plaisir! C’est tout!

La 40e, la décennie de tous les ménages… pour certaines?

Ariane, Julie, Nadia, Dominique, en couple ou séparée, mères sur le marché du travail.

Elles ont une préoccupation commune: «On se débarrasse de nos traumas, de nos bibittes, de notre bagage intérieur du passé qui nous empoisonne la vie. On se prend en main, on se tourne vers soi et on s’occupe de notre mieux-être intérieur. Les enfants demeurent notre priorité, mais on prend du temps pour nous, on arrête de vivre dans la culpabilité, on s’aime et on se respecte. On assume nos décisions de vie, on passe à autre chose! »

Tout ça est déballé sans temps d’arrêt, de façon prompte et déterminée avec à peine un dixième de seconde entre chaque inspiration… car quand on est rendue à cette étape de la vie, l’expiration… on n’y pense pas… c’est de la perte de temps! OUF!

la 50e, merci la vie!

Lise, 55 ans, en couple, professionnelle dans le milieu de  l’assurance, mère de 2 enfants dont 1 fille, 4 enfants par alliance, grand-mère d’une petite-fille par alliance.

«Lorsqu’on est jeune, et qu’on cherche l’amour, on ne désire que rencontrer le bon partenaire, celui qui une fois papa, s’investira sur tous les plans de la relation. De nos jours le défi reste entier, auquel s’ajoute toutefois le tiraillement éventuel entre développer une profession et s’y donner à plein, et devenir maman et peut-être… renoncer ou transformer les projets qu’on avait envisagés, suite à des situations de couple ou de vie qui se transforment. Ce n’est pas facile pour les jeunes femmes de nos jours et je le vois bien avec ma fille dans la vingtaine, mais maintenant que j’ai passé à travers tout ça, je me dis à mon âge, que tant qu’on est en santé, vivons donc dans la joie… car quand la maladie s’en mêle… C’est ce que je fais, seule, en couple et professionnellement. Être femme à 55 ans, c’est la recherche du bonheur dans l’équilibre des différents rôles de notre vie.

Christine, 55 ans, en couple, enseignante au primaire, mère d’une fille dans la vingtaine. 

«Nous travaillons toutes ou presque de nos jours, pour être autonomes, ne pas dépendre financièrement d’un homme ou le moins possible. Pas le choix! La possibilité d’être abandonnée  comme celle de devenir veuve fait partie de cette tranche d’âge et les suivantes. Consolider son autonomie, conforter sa débrouillardise, demander moins pour dépendre moins, contrer sa solitude, apprendre à être bien seule, sont toutes des situations à apprivoiser. Je le vois bien autour de moi.

Donc pour moi, être femme à 55 ans, c’est se garder en forme pour être en santé et contrer les effets du vieillissement. Exercices, soins corporels, repos pour ménager son énergie et être en forme. La cinquantaine, c’est la décennie des transformations, l’âge où les hommes regardent souvent du côté des plus jeunes; l’âge où dans quelle que profession que ce soit, notre différence d’âge commence à se remarquer. Soigner son apparence est donc important. Soigner sa relation amoureuse aussi. Et puis pour les enfants, on veut rester dans le coup! On se met ou on se tient à jour et au courant de la technologie et de ce qui intéresse le monde des plus jeunes. On est à l’écoute. La vie ne ralentit pas encore vraiment.

La 60e  LA DOUCEUR DE VIVRE

Josée F. 60 ans, en couple, mère de 4 enfants dont 2 filles, 7 par alliance, 2 filles de plus; grand-mère de deux, 4 par alliance dont une fille.

«Une femme en 2014, en 1920 en 1640 à mon avis est toujours la même. Une femme est un cœur qui aime et qui s’adapte, qui fonce et qui protège. Au cours des années les situations changent bien sûr, mais le stress est toujours le même. La vie est-elle vraiment plus douce pour les femmes d’aujourd’hui. Oui, on vit plus longtemps grâce aux avancements de la médecine moderne, mais la responsabilité de voir à ce que les êtres qui nous entourent se sentent bien, et de voir à ce que la roue tourne sans arrêt reste nôtre.

Que ce soit les femmes de carrière qui ont une famille, les femmes à la maison, les chefs d’entreprise ou de gouvernement, la femme pense toujours avec son cœur depuis des siècles et à travers l’histoire. Elle se met en bout de ligne, s’assurant que son monde passe avant elle. C’est le tissu de base de la femme. Ma grand-mère disait toujours qu’elle ne comprenait pas pourquoi la femme se battait pour être égale à l’homme, alors qu’elle lui est tellement supérieure. Supérieure parce qu’intuitive, généreuse, malléable et tellement forte. La femme d’aujourd’hui se sent obligée de tout faire, de grimper le plus haut possible afin de prouver qu’elle est capable, mais en vieillissant elle se rendra compte que la supériorité d’esprit et d’âme lui a toujours appartenue».

Emmanuella, 60 ans, en couple, 2 enfants dont une fille. Travaille avec sa fille sur la ferme familiale de chevaux.

« Pour moi avoir 60 ans c’est la liberté! De tout! Enfants, contraintes sociales, sexuelles. Je revis! Je fais ce que je veux, je pense à moi, je voyage, de profite de mes enfants adultes sans discipline. Mon travail est un plaisir, une passion. Je n’ai plus envie de souci. Je suis devenue égoïste! » À ce dernier adjectif, j’apporterais la notion suivante : Est-ce de l’égoïsme que de se tourner vers soi et son propre bien-être après une vie de don de soi?

Sylvie, 61 ans, en couple, directrice du bureau de gestion de projet d’une importante entreprise, mère de 3 filles dont la dernière a 20 ans de différence avec les 2 autres, grand-mère de 4 petits-enfants dont 2 filles.

« À 61 ans, je me sens en contrôle de tous mes moyens! Au travail, je bénéficie de tout ce que j’ai bâti, tout ce pour quoi je me suis battue toutes ces années. On y reconnaît grandement l’avantage de l’expérience! Dans mon couple, on
est sur un pied d’égalité. On reconnaît la complémentarité des forces de chacun, et on s’y respecte. C’est confortable. Je sens que dans tous les aspects de ma vie, j’ai fait ce que j’avais à faire et je n’ai plus à me prouver. Je récolte ce que j’ai semé. Lorsque je regarde les femmes plus jeunes avec lesquelles je travaille, bien que les opportunités au sein de la compagnie soient égales entre homme et femme et qu’elles les utilisent très bien, soient sûres d’elles et bien outillées, il reste qu’elles demeurent tiraillées entre ce qu’elles souhaitent accomplir sur le plan professionnel, et leur désir d’être mère et d’assumer ce rôle. Elles ont fait des études avancées, y ont réussi mieux que les hommes pour la plupart, performent mieux qu’eux au sein de la compagnie. Rien ne les arrête et elles peuvent gravir les échelons tant qu’elles en auront le désir, mais les conditions dans lesquelles elles peuvent le faire et le font, ne sont toujours pas acceptables dans une société comme celle que l’on croit s’être bâtie. Hier comme aujourd’hui, les femmes sont et demeurent des Superwomen!

Pour conclure ce 5e Dossier Femme plus que passionnant, pour lequel il n’y a une fois de plus, pas assez de mots tant il y aurait encore à dire, je terminerai par le témoignage d’une femme de 85 ans, qui immigrée au Québec avec son mari en 1954 à l’âge de 25 ans avec deux bébés sous le bras, s’est bâti un monde, une réputation dans sa profession et une famille sur quatre générations avec 19 descendants.

Marie-JoséE L. 85 ans, en couple, orthopédagogue à la retraite, mère de 4 enfants dont 3 filles, un de plus par alliance; grand-mère de 8 dont 7 petites-filles; arrière-grand-mère de 7 dont 3 arrière-petites-filles.

«Quoi que l’on dise et que l’on fasse, l’homme et la femme sont faits l’un pour l’autre, faits pour se compléter. À travers les siècles, l’homme a toujours représenté la force, la domination, la défense. La femme elle, elle aime, se donne et procrée. Lorsque les enfants naissent, elle aime encore plus. Bien que tout soit question de temps et de société, la femme a toujours cherché à s’éveiller… au dépend de sa vie à certaines époques, et encore aujourd’hui dans certaines cultures, l’homme cherchant à l’en empêcher. Malgré tout, la femme cherche toujours à apprendre, et à s’épanouir dans la connaissance, et l’enfantement.

Bien qu’elles évoluent à travers les siècles, il reste que la femme, où qu’elle soit autour du monde, est forte. Bien qu’elle fasse lentement et durement l’acquisition de la liberté qu’elle mérite, il demeure qu’en toute circonstance, la responsabilité de l’enfant lui incombe…et elle ne lâchera pas, par amour, parce que c’est notre nature et parce que c’est ça, enfanter. Être femme à travers les âges, à peu de choses près… c’est du pareil au même!

«La femme est l’avenir de l’homme» écrivait Louis Aragon.

 

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