FABIENNE LAROUCHE

Par Fabienne LAROUCHE

Le pays en miettes

Fabienne Larouche, certainement la Laurentienne la plus en demande, chronique dans Accès chaque semaine du mois de septembre.

Je ne sens pas vraiment d’enthousiasme pour les élections qui viennent. Les chefs de partis donnent tous un peu l’impression d’y aller à reculons. Le citoyen est aussi réceptif qu’un porc qui s’en va à l’usine Maple Leaf et les journalistes se préparent comme des chroniqueurs de sport qui vont se retaper les mêmes clichés pendant un mois.

Les publicitaires ont totalement perverti les enjeux électoraux. Les idées sont bien secondaires par rapport à l’image des politiques. Vous voulez un exemple? Les conservateurs ont mis en ligne une publicité présentant Stéphane Dion avec de la crotte de pigeon sur la tête. L’effet pouvant se retourner contre eux, ils ont décidé d’effacer le caca. Voilà donc à quel niveau va se situer le débat. Rire de la grosse bonne femme, de celui qui a la gueule croche ou qui parle du nez.

Les publicitaires ne sont pas responsables de tout. Quelqu’un doit acheter leurs concepts, leur manière de voir les choses, leur cynisme. Qu’est-ce que c’est, le cynisme? C’est penser que la fin justifie les moyens. Je veux quelque chose, j’ai le droit de faire n’importe quoi pour l’obtenir. Détruire la réputation des gens, colporter des faussetés sur mes adversaires, mettre en relief leurs tics ou leurs mauvaises habitudes.

Prenons Maxime Bernier. C’est un dandy dans sa façon de s’habiller et ses manières d’Oscar Wilde ne nous ont pas préparés à le voir avec Julie Couillard, elle qui avait fréquenté dans son passé des individus plus machos. Est-ce un enjeu électoral de société? Pas du tout. Est-ce que le sujet va servir au débat? Probablement.

Personnellement, je ne m’intéresse pas aux cheveux de Gilles Duceppe. Oui, le chef du parti libéral a tout du hamster en colère, c’est dire s’il est effrayant. Layton, a le sourire figé d’un animateur de pastoral devant une troupe de scouts. Harper a l’entregent d’un témoin de Jéhovah, le samedi matin. C’est intéressant pour les caricaturistes, mais est-ce que la discussion doit s’arrêter là?

Je suis plutôt partisane du bon sens populaire. On a beau dire que les faiseurs d’image savent manipuler l’opinion publique, on a beau faire des sondages à toutes les cinq minutes, la sagesse fondamentale du peuple s’exprime toujours. Les libéraux fédéraux ont perdu le pouvoir lors de l’élection précédente à cause de la corruption. Les référendums sur l’indépendance du Québec ont été perdus parce qu’on n’a pas pu décrire clairement comment les choses allaient se passer «après». Les socialistes, en France, se sont fait rabattre le caquet parce que les élites de gauche avaient perdu le contact avec le «monde ordinaire». Finalement, les républicains vont perdre la présidence aux États-Unis parce que la classe moyenne ne peut pas perdre, en même temps, et sa maison, et ses enfants dans une guerre pour Exxon.

Ce qui me frappe surtout chez les politiques, c’est leur prudence face aux thèmes qui pourraient les faire élire. J’aimerais qu’on m’explique clairement en quoi l’élection d’un gouvernement conservateur majoritaire serait dangereuse pour la liberté d’expression. Comment ce parti favorise le complexe militaro-industriel? Comment, dans ce contexte, les pauvres seront encore plus pauvres et les riches, encore plus riches?

De la même manière, je ne comprends pas pourquoi, si les conservateurs sont ce qu’on prétend qu’ils sont, les trois partis d’opposition ont été incapables de s’allier pour les renverser. Je ne dis pas que l’idée est fausse, je dis que le comportement, ici, dessert fondamentalement le discours véhiculé par l’opposition. Les conservateurs vont gagner les prochaines élections parce que les autres partis manquent de courage, tout simplement, et qu’ils vont se rabattre sur les anecdotes ou les discours creux. On n’est pas ce qu’on dit, on est ce qu’on fait.

Je ne vais pas m’insurger aveuglément contre les coupures dans les programmes culturels, après avoir dénoncé le financement par l’État des profits monstrueux de quelques courtiers en ce domaine, de quelques intermédiaires amis du parti et partisans de l’enveloppe brune. L’argent de la culture aux artistes, c’est bien. Les subventions pour entretenir la clique des courtiers et le potentat soviétique de quelques fonctionnaires en conflit d’intérêt, c’est non.

Je veux bien supporter la culture de Denis Coderre, «dont auquel il se lance à la défense de»… mais en sachant ce qu’il va faire avec et, surtout, comment il va nous libérer de la malversation. Comment il va liquider tous les profiteurs qui se partagent la tarte et qui laissent au peuple un pays en miettes.

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