Grogne au lac Rond de Sainte-Adèle

Par Nathalie Deraspe

Des riverains du lac Rond sont à refaire un imposant muret d’empierrement en bordure de leur terrain et ce, malgré la réglementation interdisant tout ouvrage de ce type. Des citoyens outrés ont sonné l’alarme à la municipalité, mais la reconstruction du mur se poursuit chaque week-end depuis maintenant un mois.

Pour Yves Poitras, coordonnateur du Comité consultatif en environnement (CCE) à Sainte-Adèle, il est clair qu’on fait face au syndrome «pas dans ma cour». Les propriétaires du terrain, Michel Dion et son épouse Carole Lavoie-Dion sont respectivement secrétaire et trésorier de la Société de protection foncière de Sainte-Adèle, dont l’objectif est de «protéger à perpétuité les milieux naturels, pour le bénéfice de la collectivité et des générations futures», peut-on lire sur le site Internet de cet organisme à but non lucratif. «Ces gens-là ont fait de l’excellent travail au niveau de l’environnement par le passé, indique Yves Poitras. Mais le principe «pas dans ma cour» existe partout, ajoute-t-il.»

Le nouveau directeur général de Sainte-Adèle, Pierre Dionne, aurait affirmé aux membres du CCE que la Ville n’est pas outillée pour empêcher de tels travaux.

Flou juridique?

Or, un document municipal issu du service d’urbanisme et datant de 2007, indique clairement que «L’aménagement de mur de soutènement, tout comme les travaux de remblai et/ou de déblai sont prohibés à l’intérieur de la bande de protection riveraine.» L’article 20.13 se fait encore plus précis : «Un mur de soutènement déjà érigé en bordure d’un lac ou d’un cours d’eau et bénéficiant de droit acquis peut être réparé ou restauré, à la condition qu’il n’ait pas subi une détérioration à plus de 50% de son état initial. Si le mur de soutènement est détérioré à plus de 50 %, une évaluation doit être faite afin de donner préséance à tout moyen qui peut stabiliser la rive tout en favorisant l’implantation de végétaux indigènes.»

Les travaux effectués jusqu’à présent consistent à démolir entièrement le muret pour le reconstruire à neuf. Dans ce cas, comment parler d’une détérioration à moins de 50%? Comment expliquer que les propriétaires responsables des travaux n’aient pas eu à fournir de plans et devis ni à demander de permis de construction, questionne à nouveau Yves Poitras. «La municipalité aurait tous les outils pour faire cesser les travaux. Ça prend un permis quand on joue dans la bande riveraine. On aurait au moins dû exiger un plan de travail. Là, on écope des pots cassés. Le hic, c’est le fameux 50%. Mais c’est complètement aberrant de voir de la machinerie lourde dans ce secteur.»

Incohérence

En donnant l’aval à ce type de projet, la Ville risque d’inciter d’autres propriétaires à faire de même, prévient le président d’Action environnement lac Sainte-Adèle, Pierre Jodoin. «Il y a quelque chose d’illogique là-dedans, poursuit-il D’un côté on veut protéger la bande riveraine et on interdit la tonte de gazon à 15 mètres de la rive, d’un autre on autorise la reconstruction d’un muret.»

Lundi matin, des ouvriers de la Ville s’affairaient à installer une fosse à sédiments pour éviter que ceux-ci n’aboutissent au lac Rond. «C’est bizarre, note Pierre Jodoin. Ça faisait des années qu’on exigeait ces travaux et rien n’était fait. Est-ce une façon de nous faire taire?»

Le ministère des Ressources naturelles et de la Faune indique que le lac Rond n’est pas de propriété publique. S’il en avait été autrement, le ministère aurait pu exiger qu’on rabatte les pentes pour faire un empierrement végétalisé. Mais ni le MRNF ni le ministère de l’Environnement ne sont autorisés à intervenir dans le cas de lacs privés. Le greffier de la Ville, Michel Rousseau, nous a confirmé que le lac Rond était propriété des riverains. Il a par ailleurs indiqué que le dossier était traité par le service d’urbanisme. Cette affirmation n’a pas pu nous être confirmée par le service en question.

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