Hommes modernes

Par Jean-Claude Tremblay
Hommes modernes

Chronique d’un X par Jean-Claude Tremblay

jctremblayinc@gmail.com

Quelque part dans les Laurentides, un lundi soir, des pères jasent éducation assis sur un banc de métal d’un gymnase, tout en regardant et en commentant la prestation de leurs filles qui pratiquent le soccer. Bon déjà, on est ailleurs… on n’est pas « vintage à l’os » du tout, on est plutôt dans « Retour vers le futur 4.0 ».
Ce que je peux vous dire, c’est qu’à l’époque du Duc de Depeche Mode et du Roi Ford Tempo, l’éducation n’était par le royaume des hommes – parler de soccer de filles, au lieu de hockey de gars, vous aurait valu quelques coups de points d’interrogation!
Dans cette scène, où l’on y joue un « Broue » actualisé, mais non moins authentique, on y entend les états d’âmes d’un homme vrai, un père de famille concerné par les études de ses enfants.
Sous le regard accueillant des deux autres pères présents, il brandit le cahier de leçons qu’il avait apporté, soulignant le défi que nous partageons tous à divers degrés, d’inciter nos enfants à s’intéresser à l’école. Avec vigueur et justesse, il a rappelé qu’il fut une époque où on ne donnait pas trop le choix à l’enfant d’étudier, un temps où l’enfant était d’abord valet avant d’aspirer à être prince, et ensuite roi. Particulier cette façon que l’humain a de toujours de se promener entre deux extrémités, entre les violents coups pieds de jadis et les complaisants coups de cœur de maintenant.

La question qui tue… l’inspiration

Ce fier papa a soulevé une excellente et récurrente question ce soir-là : « Comment on fait pour que nos enfants comprennent que c’est important d’étudier et d’aller à l’école ?! » On n’a pas fini d’en parler, mais je crois que pour répondre à cette question, il faut d’abord se la poser nous-mêmes : « Pourquoi donc, est-ce important d’aller à l’école ? » Non, je vous arrête tout de suite… Vous ne pouvez plus dire aux jeunes « c’est pour te trouver une job et faire ce que tu veux un jour ». Ne vous en déplaise, c’est aujourd’hui incomplet, inexact et surtout inintéressant en cette ère de gratification instantanée.
Comme je l’ai déjà écrit, le modèle d’école d’aujourd’hui remonte à la période industrielle, où les élèves étaient formés pour devenir des travailleurs d’usines.
Les cloches qui sonnent, trois pauses top chrono, la boîte à lunch, la discipline, la productivité, tout le monde cordé en rang d’oignon dans une grosse boîte en béton, puis on écoute le patron, ou c’est la sanction !
A part un laxisme au niveau du respect global, le tutoiement pandémique et de nouvelles appellations d’origine incontrôlable et pharmaceutique nommé TDAH, dire que le système ne s’est pas adapté est un euphémisme. L’appareil doit être sévèrement réformé… et son environnement muter dans une nature exempte d’électroniques, où il fait bon se déposer au pied d’un arbre, à l’abri de la folie qui ne tardera pas de les rattraper à la maison le soir tombé. Ça ne prend pas une table de concertation et un projet qui sera tabletté, pour savoir que c’est dans la nature que les jeunes et les enseignants pourront se reconnecter.

Important l’école ?… Pour vous ou votre enfant ?

Ça c’est l’autre piège, et personne n’y échappe : le transfert de ses propres ambitions… ou de ses peurs. « Tout le monde dans la famille a fait son droit… alors c’est logique que mon enfant aille en droit un jour ! » Ou encore « Moi j’ai pas eu d’éducation, alors lui il va y aller ! ». Dans les deux cas… c’est malsain, et même avec toute la délicatesse du monde, nos enfants le ressentent très bien, car derrière ce geste noble se cache de la peur et non de l’amour. Peur que mon enfant souffre, peur que la société ne l’accepte pas, et ultimement, peur qu’il ne soit pas aimé.
« Moi je l’aime… c’est pour ça que je le pousse : je veux qu’il réussisse ! » J’entends et je n’en doute pas. Je n’ai pas toutes les réponses, mais je sais que je n’ai jamais vu une fleur pousser plus vite en tirant dessus.
Tout ce que l’on peut faire, c’est s’assurer de lui procurer, dans les marges de nos capacités respectives, tous les éléments qui sont susceptibles de favoriser sa croissance. Exposition au soleil, eau, amour – le reste, sa propre nature saura très bien s’en charger.
OK, on se revoit lundi prochain les gars – on se partagera des recettes de cuisine, et on parlera de nos parents et des CHSLD!

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