Jamais sans les femmes

Par Josée Pilotte
Jamais sans les femmes

Le Québec tout entier est secoué par les révélations de l’état actuel de notre machine politique. La démission du maire Tremblay et celle probable du maire Vaillancourt ne font qu’accentuer le grand malaise qui sévit actuellement au Québec. Nous avons la nette impression de faire le ménage pour enfin tourner une page sur un petit bout de notre Histoire; nous avons aussi l’impression de pouvoir en écrire une autre, cette fois-ci sous le signe de l’intégrité, de honnêteté, de la pureté même… Et pourtant…

 

J’ai une bonne amie à moi, jolie, mère de deux beaux enfants, début quarantaine, carriériste donc indépendante financièrement. Déteste cuisiner, mais sait arrimer avec un certain génie les réunions de parents à l’agenda présidentiel de son patron comme personne d’autres ne sait le faire. Bref, l’image-type de la femme-de-quarante-ans-qui-a-réussi.

 

Détrompez-vous, ce n’est pas sa fiche sur réseau contact que je vous résume-là, c’est plutôt l’incarnation bien réelle chez cette amie de cette folie qui nous habite tant, nous les femmes du 21e siècle, de tout accomplir avec brio. Plus on s’en met sur les épaules, plus on se sent hot!

 

Comme si ce n’étais pas assez, voilà qu’elle est courtisée par un nouveau parti politique municipal à Saint-Sauveur. Et puisqu’elle est parfaite, bien décidée à faire ses devoirs et à flirter avant de s’engager, elle se présente donc au dernier conseil de ville.

 

Elle s’y est présentée l’esprit ouvert, pleine de bonne volonté, prête à en prendre encore plus dans sa vie déjà surchargée, au nom de l’idéalisme, pour faire la différence pour sa communauté, pour de meilleurs lendemains.

 

Mais. Comment vous dire? Comment vous dire que «le beau» n’a pas fait d’effet à «la belle»; que le prince charmant n’a pas été à la hauteur du rêve de la princesse? Le «beau», c’est la «machine politique municipale». C’est le crêpage de chignon, les chicanes de clôtures, le chien de Madame Rita qui n’a pas sa médaille, le voisin de Madame Tartempion qui aurait abattu un arbre centenaire, les jeunes fous qui font de planche à roulette sur la Place de l’église, etc. Tout ça sur fond d’acrimonie. Tout ça. Et un maire qui se fait bombarder de reproches, qui se fait houspiller avec arrogance, constamment exposé aux railleries partisanes. Bref tout ça comme un autre épisode des Belles Histoires des Pays-d’en-Haut.

 

«On a beau reprocher bien des choses à Lagacé, mais il reste que ça prend tout un tempérament pour tenir la barre», m’a t-elle confié spontanément.

Quand on ajoute à tout ça le cynisme actuel et les salaires dérisoires, l’investissement (de soi et en temps), je comprends que la politique municipale n’attire pas les jeunes, encore moins une jeune mère- professionnelle-déjà-débordée, aussi idéaliste soi-t-elle. Est-ce le genre de politicienne qu’il nous aurait fallu? Oh que oui! Déjà, entre nous, dans ma tribu d’amis, nous l’appelons «Madame la Mairesse», c’est dire… Elle ne le sera jamais, pour l’instant du moins. La machine politique telle qu’elle l’a vue en marche, ajoutée au métro-boulot-dodo du quotidien, l’en a découragée.

 

Combien sont-elle dans son cas?

C’est très triste pour l’avenir de nos villages, pour la vision de notre communauté. Pour la jeunesse en politique.

 

 

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