Je vois la vie en rose

Par Josée Pilotte
Je vois la vie en rose

On leur fait vivre des expériences instantanées presque en temps réel pour qu’on se reconnaisse en eux.

On sensibilise ainsi le consommateur qui s’identifie au personnage et s’associe à l’image, voire à l’expérience que lui renvoie son écran d’ordinateur, sa télé, sa radio etc.

Bref: on est une belle gang de manipulés.

Au cinéma même chose, c’est au film «kleenex», (qui fait pleurer) qu’est la nouvelle tendance.

Cette fois la cible visée sont les jeunes adultes, c’est-à-dire la génération d’Harry Potter. On n’a qu’à penser au box office de cet été avec le film: The Fault in our stars (Nos étoiles contraires) pour réaliser notre prise en otage. Pour ceux qui ne l’auraient pas vu, c’est une histoire d’amour entre deux jeunes de 17 ans, atteints du cancer. Une histoire réaliste, sensible à souhait, qui fait brailler à coup sûr! Un genre de Roméo et Juliette, version 2.0. Au lieu d’être condamnés par les conventions sociales d’une époque, nos deux tourtereaux qui avaient toute la vie devant eux se voient condamnés par une maladie incurable. Une injustice d’autant plus grande qu’elle les frappe au printemps de leur vie.

Est-ce à dire que nous sommes à ce point désensibilisés que les publicistes, notre télé, notre cinéma sont obligés d’appuyer à gros traits les sentiments pour nous toucher? Sommes-nous une société avec de la corne autour du cœur? Ou a-t-on seulement le besoin viscéral de vivre des émotions fortes tout le temps?

Nous sommes bombardés par toutes sortes de messages d’horreur, et ce, quotidien- nement. On a accès à toutes les misères humaines, partout sur la planète, en temps réel. Nos téléromans nous plongent le nez dans nos bobos. On nous abreuve de statistiques toutes plus noires les unes que les autres; bref: on est rempli de négatif. C’est notre réalité.

On nous contrôle par la peur, c’est le constat de notre triste sort. Avant, il y avait la reli- gion avec la peur de finir en enfer. Au XXe siècle, on assistait à la mise en place des peurs idéologiques: les bons capitalistes contre les méchants bolcheviks. Au- jourd’hui, c’est la peur de l’intégrisme, des virus, … de la mort tout simplement. La peur nous fait marcher droit comme de bons consommateurs, quoi!

Et ce régime de peur, à qui profite-il? À ceux qui veulent nos biens! Vous trouvez que je suis cynique? À peine.

Imaginez qu’il y a de ça quelques semaines, nous avons reçu via la liste des parents de l’école de mon fils, une publicité nous proposant de l’assurance- vie. J’ai été outrée par cette procédure qui se nourrit de données de ma vie privée. Déjà que ces compagnies nous bombar- dent quotidiennement de leur message qui nous gruge le cerveau comme un mal lancinant, voilà qu’ils prennent des chemins immoraux en passant par nos enfants pour nous vendre leur bébelles! Pensez à la pub Desjardins qui nous répète 503 fois le nom Sophie: «Depuis que Sophie a eu son pronostic, Sophie ceci, Sophie cela…» Pensez aussi à toutes ces pubs qui marchent sur la mince ligne entre le réel et la fiction. Mais dites-moi, est-on vraiment rendu-là? Où tout cela va-t-il s’arrêter?

En tous les cas, moi ça m’indigne de voir où on s’en va comme société. Suis-je la seule à penser que cela n’a aucun bon sens? Suis-je la seule à penser qu’on se fait drainer par le fond?

Nous sommes une société consommatrice d’antidépresseurs. Nos enfants sont sur le Ritalin. À entendre les nouvelles, la terre n’a jamais été aussi mal. Les maladies de vieux touchent maintenant des jeunes. Notre société est malade, point final.

Mais la solution elle est où?

Et bien moi je pense que déjà «d’être» conscient de la situation nous permet de questionner ce qu’on nous sert aux heures de grande écoute, et de l’accepter ou pas. Et si on ne l’accepte pas, et bien c’est à nous de nous prendre en main pour réaliser notre destin. Ne serait-ce pas alors dans cet espace de réalisation, si infime soit-il, que l’espoir résiderait?

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