#JeSuisMoi

Par Jean-Claude Tremblay
#JeSuisMoi

Chronique d’un X

par Jean-Claude Tremblay
jctremblayinc@gmail.com

 

« Papa, j’ai vu une vidéo où lors d’un match de foot, un spectateur a lancé une banane au joueur brésilien Dani Alves à cause de la couleur de sa peau, je comprends vraiment pas pourquoi! », me lance innocemment mon fils, un jeune passionné de soccer. Pour lui, c’est incompréhensible, car la couleur n’a strictement aucun lien avec son sport, dans ce monde où je lui martèle depuis sa naissance que tous les humains sont de notre race.

Récemment à Saint-Jérôme, c’est devant des gradins remplis d’adultes majeurs et vaccinés qu’un autre épisode racial s’est passé. Ce n’était pas le même sport, ni la même année, mais le geste lui était dans la même lignée.

J’avoue être outré par la nonchalance de la foule et des gens en autorité qui n’ont pas cru bon d’immédiatement s’en mêler.
Ils ont laissé un homme intimider librement un joueur de hockey, et ce, pendant de longues minutes où personne n’a cru bon l’arrêter, ni même de libérer le valeureux guerrier pris au piège dans son cachot vitré.

« Ça prend des règlements ! »

C’est ce qu’ont demandé plusieurs intervenants suivant cet incident, dont l’ancien dur à cuire des Canadiens, Georges Laracque.
Le problème chers amis, c’est que toutes les lois, règlements et policiers du monde, quoique nécessaires, ne réussiront jamais à mettre du plomb dans la tête des illuminés. Si ces ignares peuvent manifester leur vaste stupidité en toute liberté, c’est que c’est toléré, dans notre (parfois) jaune société. Vous savez ce que ça prend ? Du courage. Le courage de dénoncer certes, mais aussi de s’affirmer et de s’interposer quand se présente sous nos yeux de telles atrocités.

Le courage, version électronique

« So, so, so… so-li-da-ri-té »… du moment que c’est sur la tablette ou à la télé, et que ça ne m’oblige pas à me lever. Facile d’apporter son soutien a posteriori sur les réseaux sociaux – « vagues de sympathie contre le racisme », rapportent les médias nationaux. Un « j’aime » par-ci, un « j’adore » par-là, Instagram et Facebook ont explosé là où tout le monde aime exhiber sa rectitude et faire sa brassée, dans ce lavoir virtuel, plus blanc que blanc de vérité.

#JeSuisCharlie avait jadis lancé le bal avec ce slogan qui soulageait momentanément le mal. Depuis, tout le monde l’a repris, une façon comme une autre de montrer son appui.

Mais quand je vois #JeSuisDiaby, je dis : arrêtez, l’heure est venue d’être soi-même et de se responsabiliser. Trop facile de condamner une tête brûlée et un groupuscule d’enragés, moi j’ai plutôt envie de pointer tous les autres qui sur leurs fesses sont restés assis sans bouger.

La coercition est un moyen, non un remède

J’ai envie de féliciter, d’offrir du support et du réconfort à l’intimidé – ça, c’est la priorité. Mais ça ne nous soustrait pas à notre devoir de tenter de comprendre et de questionner les écervelés qui, ce soir là, ont perdu pied dans la bassesse en oubliant leur propre dignité.
Bannir les déviants à vie ne règle pas le problème, ça met un couvercle sur la marmite sociale de l’intolérance. Les écarter est une chose, mais ça ne suffit pas. Il faut les inviter à s’expliquer, à se responsabiliser, à se réformer.

La peine de mort facilite peut-être l’accès à un apaisant raccourci émotif et intellectuel momentané, mais ça n’a jamais fait évoluer une société – on doit se responsabiliser.  « Soyez vous-même, tous les autres sont déjà pris », disait avec justesse Oscar Wilde, un de mes écrivains préférés. C’est en défendant nos propres valeurs et en s’affirmant individuellement que nous allons être plus forts collectivement.

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