Julie: d’une vulgarité sans nom…

Par Eric-Olivier Dallard

Julie Snyder avait accordé à Benoît Dutrizac (alors encore aux Francs Tireurs), il y a quelques années, une remarquable entrevue. Je la présentais, cette entrevue, à mes étudiants de journalisme, à l’Université d’Ottawa. Tous en étaient retournés, tous s’accordaient: quelle femme, quel être humain. Une présence, une force, une sensibilité. Une intelligence mariant avec brio la lumière de l’artiste et le pragmatisme de la femme d’affaires productrice. Une sérénité, un équilibre durement acquis, comme chaque fois que l’on a affaire à un esprit trop lucide.

Et puis, un rapport sain à l’argent: une reconnaissance de son importance, un certain respect. Rappelez-vous de son refus d’inscrire ses émissions à un certain gala, juste à cause du coût que cela représentait: «J’aime mieux mettre cet argent dans mes productions. J’aime mieux l’offrir aux gens à l’écran.»

Elle revenait de loin: enfant, Julie faisait le tour des hopitaux pour vendre des bas-nylon aux infirmières, pour aider sa famille à vivre.

La machine se détraque-t-elle? Que reste-t-il aujourd’hui de la «petite fille aux alumettes»?

J’ai écouté le premier quart d’heure de la première du Banquier, sa nouvelle émission. Puis, voyant les cotes d’écoute, les trois premiers de la seconde émission, question d’essayer de comprendre. Que dire? Relégué aux oubliettes, Elvis Gratton, Ma vie, my Life, question vulgarité: Le Banquier passe loin devant. J’ai ressenti à cette écoute un indicible malaise pour nous, une infinie tristesse pour Julie.

Ces participants anxieux, pathétiques («Je n’ai jamais été aussi nerveuse de toute ma vie», «Je vois plus chiffres, là…», «J’vais mourir là, moi»); les girls sexy, «porteuses de valises» aux poses et aux réactions étudiées de caniche savant; et surtout cette foule débile, vraiment débile («Vas-y, t’es capable… Lâche pas… Bravo!»). Hey!, les abrutis!, l’exploit c’est seulement de choisir au hasard le numéro d’une valise, ciboire!!! Pas nécessaire d’applaudir comme des robots hypnotisés, bordel!

Toute cette folie, tout cet étalage sans pudeur d’émotions-bidon pour.. du fric. Je ne le répèterai jamais assez: c’est d’une vulgarité sans nom, c’est d’une tristesse sans fond, ces petites négociations minables avec un supposé banquier, entre deux séances d’ouverture de valises, devant le Québec entier. C’est pire que le vide de la téléréalité. C’est pire que le vide, tout simplement. Car c’est un vide empli de rêves inaccessibles, d’avarice. C’est le règne de l’argent, devant lequel toute dignité s’efface. Qui produit, je le redis encore, cette foule hébétée, au regard hagard du drogué devant une cuillère percée. Hors l’argent, point de salut. Que l’on s’incline, que l’on vénère!

Le seul spectacle, c’est celui de l’avidité, de la cupidité. (Sur)exposées. Comme des putes en vitrine. Amsterdam. On regarde. C’est écoeurant. On regarde encore un peu. Vaguement excité, on ne sait pas trop, on ne sait plus trop. On se dégoûte. «You don’t have to put on the red light».

Dire que c’est cette même foule, exactement, qui conspue, qui voue aux gémonies les rappeurs-pimps hideux aux doigts bagués de diamants obsènes, aux dents plaquées or. Les rappeurs-pimps qui glissent en ricanant des liasses de dollars dans le string des stripteaseuses en scandant en boucle Get Rich or Die Trying… C’est cette même foule, qui chante pourtant le même refrain ad nauseam. Édentés de l’âme, aux sentiments élimés. Permettez que je m’éclipse un moment. Je vais vomir.

Portrait du joueur

Je viens de terminer la lecture de l’Espace griffé de Jopi, juste après être passé sur notre texte de l’implantation du salon de jeu à Mont-Tremblant. Joli lien entre les deux sujets: le slogan contre le «jeu compulsif» de Loto-Québec trouverait bien sa place aussi dans les arenas, contre le «jeu agressif»: «Parce que le jeu doit rester un jeu.»

Pouvez-vous bien me dire enfin ce que l’Agence de la santé vient foutre dans un dossier de casino? Ah oui, j’oubliais!, le jeu pathologique est une maladie… comme la pédophilie, comme l’acoolisme, comme… Bordel! Évacuant toute responsabilité morale, que l’on excuse facilement le vice dans nos sociétés! C’est peut-être qu’elles ne vivent que par lui??

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