Karel Mayrand : avoir un impact

Par Simon Cordeau
Karel Mayrand : avoir un impact

En 50 ans, le Cégep de Saint-Jérôme a formé plus de 35 000 diplômés. Parmi eux, Karel Mayrand a accepté d’être l’un des ambassadeurs de l’institution. Discussion avec le militant écologiste et philanthrope.

Karel Mayrand entre au Cégep de Saint-Jérôme en septembre 1989. C’est l’année de la chute du mur de Berlin et de la tuerie de l’École polytechnique, se souvient-il.

« Dans mes deux ou trois premiers mois au cégep, il y a beaucoup de décisions de ma vie qui ont été prises. J’ai rencontré une fille qui est devenue ma conjointe. Je suis encore avec elle. Je me suis formé un noyau d’amis dès la première année. Ce groupe-là, on se tient encore ensemble. On est allés faire du camping cet été, au parc du Mont-Tremblant. C’est un groupe d’une douzaine d’amis, mais si tu ajoutes les conjoints et conjointes, les enfants, les amis qui se sont greffés depuis : on était 55! C’est quelque chose de très précieux. »

En nous partageant ses souvenirs, M. Mayrand nous rappelle à quel point le cégep est un passage charnière, déterminant, mais court. « On passe vite au cégep. Deux ans et c’est fini. »

50e du Cégep de Saint-Jérôme
Karel Mayrand, ancien président de la Fondation David Suzuki pour le Québec et maintenant PDG
de la Fondation du Grand Montréal, est un diplômé du Cégep de Saint-Jérôme. Crédit : Fondation David Suzuki

Journalisme ou politique?

« Ça faisait longtemps que j’étais prêt. J’étais quelqu’un de destiné aux sciences humaines, et je n’en avais pas fait avant le cégep. C’était la première fois, intellectuellement, que je pouvais me mettre au défi », confie M. Mayrand. « Quand je suis arrivé, je voulais être journaliste, mais le journal étudiant, La Fenêtre, était fermé. Il y avait eu une chicane au conseil étudiant. Comme il n’y avait plus de conseil, il n’y avait plus d’argent qui pouvait sortir. Donc je me suis retrouvé en politique étudiante », raconte-il.

Avec d’autres, il fonde un journal concurrent, L’Annexe, publié aux six à huit semaines. « On avait un local au sous-sol du cégep. On était sept ou huit étudiants, c’est devenu notre place. J’ai fait la radio étudiante aussi, une émission que personne n’écoutait, mais j’adorais ça. »

Les efforts de M. Mayrand portent fruit. La Fenêtre est rouverte et fusionne avec L’Annexe.

« Quand j’ai quitté après deux ans, j’avais même obtenu un budget de quasiment 5 000 $ pour avoir des ordinateurs neufs, pour professionnaliser le journal. »

Cependant, l’engagement politique marque le jeune étudiant et change sa trajectoire de carrière.

Changer le monde

En terminant le cégep, M. Mayrand s’intéresse d’abord à la course à l’armement nucléaire et à la situation dans les pays d’Europe de l’est. Mais avec la dissolution de l’Union soviétique, en 1991, ces sujets perdent l’avant-plan, alors que les enjeux environnementaux prennent de l’importance.

« J’ai pris un cours sur le droit de l’environnement, et il y a vraiment un moment, dans ce cours, où j’ai su : c’est ça que je vais faire dans la vie. Je suis allé en relations internationales et en environnement. »

Après l’université, il travaille d’abord comme consultant international pour des enjeux de développement durable. En 2004, il devient père de jumeaux et décide de changer de carrière. « J’ai commencé à vraiment avoir peur des changements climatiques, pour mes enfants. Je me suis dit que je ne lutterais pas à coups de rapports de consultant. Donc je suis devenu militant écologiste. » M. Mayrand sera directeur général de la Fondation David Suzuki pour le Québec et l’Atlantique de 2008 à 2020.

Aujourd’hui il est président-directeur général de la Fondation du Grand Montréal, un fonds philanthropique de près de 400 millions de dollars d’actifs qui redonne à la communauté. « Je suis passé de l’échelle mondiale à l’échelle canadienne, et maintenant au Grand Montréal », illustre-t-il.

Toujours, M. Mayrand cherche la meilleure façon d’influencer positivement le monde et sa communauté.

« C’est sûr que j’ai toujours été quelqu’un de très politisé. C’était évident que j’allais travailler pour changer le monde, sûr et certain. De quelle façon? Je ne le savais pas. Mais j’avais besoin d’avoir un impact. »

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