La honte, encore? Mais non!…

Par Eric-Olivier Dallard

«La solidarité masculine ne naît pas de blagues grasses, dans un vestiaire de hockey. La véritable virilité est ailleurs que dans une virée au bar de danseuses, en troupeau, entre mecs. Elle pourrait se loger, par exemple, dans la capacité à s’engager, ou encore à traiter véritablement d’égal à égale.»

J’écrivais ces lignes l’an dernier, commentant l’adaptation annoncée du film Horloge biologique aux USA (chronique Altitude, La honte (Courrier du cœur)). «Beaucoup ont dit combien ce film était un juste portrait des mâles trentenaires – ma (dé)génération! –; de “dignes” (…) représentants de celle-ci se sont exclamés, répandus en éloges dithyrambiques… Je n’y ai pas compris grand chose, à ce déferlement grandiloquent.»

La série Les Invincibles suscitait aussi les interrogations d’Accès: «Un autre truc que traduit aussi notre télé à propos de nous, et qu’avait préfiguré Arcand et son Déclin de l’empire américain dans cette scène de l’arrivée des femmes, rejoignant les hommes, au chalet (deux armées bien distinctes, s’avançant l’une vers l’autre d’un pas militaire): la scission finale des sexes, qui s’inscrit d’ailleurs dans la tendance lourde à tout prendre à la légère, à ne plus faire d’effort pour aller à la rencontre de l’Autre (ou bien à n’y aller qu’en bande, rassurante, de son sexe, de son espèce)» (Les Invincibles? Les Imbéciles!, dans Altitude).

Le parallèle d’Horloge et de ces séries télé avec Les 3 p’tits cochons, de Patrick Huard, qui vient de commencer en lion au box-office québécois, est inévitable… et pourtant si le thème est apparenté (le désir incessant des mecs pour les aventures sexuelles, la course effrénée au plaisir charnel, les tromperies «salutaires» (?)… bref: le cul) le film de Huard est plus nuancé (autant que faire se peut avec ce genre de comédie); dans ce film, pour moi «le cul» est une métaphore d’un truc plus grand, qui touche beaucoup de gens, hommes et femmes: l’écartèlement entre deux vies, celle vécue, rangée, normale; et la vie possible. Le désir d’un ailleurs, d’autre chose. D’une nouveauté. De redessiner le destin; oui peut-être simplement le désir de relancer les dés. Ne pas savoir où l’on va, mais y aller. Et si possible, y aller accompagné différemment.

L’insatisfaction sexuelle avec la conjointe «de faits» n’est que l’excuse à courir la conjointe «de fesses». Le mouvement vers autre part a un autre fondement que l’insatisfaction… J’oserais dire qu’il est plus près des étoiles que du lit.

L’ami JC Bataille, écrivain et nouveau chroniqueur d’Accès, avait attiré mon attention au début de l’été sur la nouvelle galette de Daran, Le Petit peuple du bitume. Sur cet album, cette chanson, Mort ou vif: «Je suis chaque jour exactement à mi-chemin entre l’idée de t’épouser, de te faire huit enfants pour toujours dans la ferme du bonheur / Et partir à l’instant acheter des cigarettes et me soûler à mort et dormir dans la rue… / Je suis exactement à mi-chemin entre acheter une Xantia HDI avec un petit sapin qui pue accroché au retro / Ou monter sur ma bécane au corps de femme et faire fumer la gomme et partir pour un tour chez l’enfer…»

Une fois encore, c’est la Douce qui donne la solution à cette inextricable équation: Mais qu’est-ce qui t’empêche donc de tout vivre?! Qu’est-ce qui t’empêche de me «faire huit enfants dans la ferme du bonheur» ET de «monter sur ta bécane au corps de femme»???

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