La laine sur le dos

Par Mimi Legault
La laine sur le dos

Dernièrement, l’humoriste Mathieu Pepper a vécu une forme d’harcèlement durant son show. Notons que le jeune homme s’assume pleinement en tant que p’tit gros selon sa propre expression. Lors de sa dernière représentation, une femme dans la salle en état d’ivresse lui a crié à plusieurs reprises des remarques sur le fait qu’il était gros. Comme il l’a écrit sur Facebook : une fois, deux fois, trois fois, là je me tanne de juste entendre quelqu’un me traiter de gros comme si c’était normal et acceptable. Mathieu a réagi et n’a pas fait semblant de ne pas l’entendre. Je voulais que chaque personne dans la salle ressente ce froid, que cette femme m’insultait gratuitement.

Vous l’ai-je déjà raconté? Si oui sautez ce paragraphe. Sinon, il risque de changer votre façon de voir la vie. J’avais 10 ans. À l’école, je faisais partie de l’équipe d’élite de ballon-chasseur. Nous allions jouer d’école en école durant les fins de semaine. L’hiver c’était le ballon-balai. Je prenais  mon rôle très au sérieux. Le jour de la finale était arrivé et nos parents étaient venus nous encourager pour cette dernière joute de la saison. J’ignore ce qui est arrivé mais j’ai tellement mal joué (voulant trop bien faire sans doute) que j’aurais dû être nommée la joueuse la plus utile pour l’autre équipe. Alors à la fin de la partie, Line la capitaine s’était emparée du micro pour dire: Mimi Legault t’es juste une poche. Je vous le jure, on aurait pu entendre voler une mouche dans le gymnase…

Inconsolable, vous dites? Le mot est faible. J’ai pleuré trois jours, trois nuits. À bout d’arguments, ma mère démissionna pour tenter de me consoler. Lorsque mon père revint du bureau, elle me confia à ses bons soins. Je le revois encore dans le boudoir, s’asseoir tranquillement en me prenant les mains. Et en me disant ces mots : sais-tu c’est quoi ton problème, Mimi? C’est que les paroles de Line, bien tu les as crues. Cela a duré deux minutes mais cette leçon de vie, je ne l’ai jamais oubliée. Jamais.

Je suis toutefois demeurée chatouilleuse sur toutes formes d’intimidation ou propos de dérision quelle que soit la personne. Prenez l’affaire de Jérémy Gabriel et de Mike Ward. Moi aussi je suis pour la liberté d’expression. Permettez-moi seulement de regarder la chose sous un autre angle. Ce qui m’a frappée dans cette histoire, c’est le nombre de personnes qui se sont tapées sur les cuisses en entendant Ward se moquer du physique du jeune homme.

Jérémy n’a jamais commandé sa face sur Amazon.ca que je sache! Comme Michel Beaudry a déjà écrit : il y en a qui ont divorcé avec leur cerveau et ce ne sont pas eux qui ont eu la garde de leurs neurones…

Tenez, je vous propose une scène. Une dame en haut d’un grand escalier tournant à deux paliers. Elle est la reine de la soirée. La mi-cinquantaine, bourrée de collagène et d’implants. Elle est superbe. En bonne hôte, elle reçoit des invités de marque qui l’attendent respectueusement en bas dans sa somptueuse demeure. L’orchestre cesse de jouer. Le moment est solennel. La voilà qui se présente toute digne devant cette assemblée quelque peu snobinarde. Elle entame sa descente. Mais à la première marche, l’un de ses talons hauts se brise et elle tombe carrément sur son popotin. On entend à peine un ou deux gloussements. Elle poursuit sa dégringolade au grand plaisir de l’assistance. Encore quelques fous rires étouffés. Elle est en train d’exécuter la chute la plus grandiose de sa vie. Puis elle ricoche contre le mur du second palier et continue de débouler. En bas, on s’amuse follement. Elle atteint la dernière marche. La presque majorité hurle de rire. Elle atterrit sur le parquet ciré, s’immobilise.  Elle est morte.

Eh bien quand quelqu’un pourra me dire à quelle marche précisément cette histoire a cessé d’être drôle, on saura ce qu’est le véritable humour.

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