La loi de la gravité

Par Jean-Claude Tremblay
La loi de la gravité
jctremblayinc@gmail.com

Oui, même s’il a quitté son corps en 1727, ce cher Newton est encore (et toujours) d’actualité : « Lorsqu’un corps est en chute libre, il se dirige vers le sol ou, plus précisément, vers le centre de la Terre ». Je ne sais pas si c’est la direction que le bon peuple veut faire prendre à son gouvernement, mais en tout cas, si la tendance se maintient, il va finir par lui faire traverser le noyau pour se retrouver en Chine avant l’hiver !

 

Je sais que c’est dans l’ordre des choses, et que la lune de miel avec l’équipe du PM et celle de la santé publique devait s’estomper, mais je me questionne : c’est quoi ce rapport que l’on a avec nos héros ? Je veux dire, pourquoi sommes-nous aussi rapides à élever des individus au stade de dieux, qu’à les lyncher à vitesse grand V dès que nous sommes un tant soit peu offusqués ? On est passés de « Monsieur Horacio notre héros » à « l’incompétent d’Arruda », en l’espace de quelques claquements de doigts. Et que dire de « Legault », cet ignoble personnage qui veut profiter de nous en nous enlevant tous nos droits ? Non mais sérieusement… avez-vous vu les commentaires d’internautes lors des dernières conférences de presse ?

Ce qui était un rendez-vous de gens responsables qui rassuraient et agissaient avec diligence, est devenu un cirque et un point de rassemblement pour ceux qui s’ennuyaient de leur sport national : le chialage. On oublie vite qui a tenu le fort quand le monde tremblait de peur, accroché à son gargantuesque téléviseur. On oublie vite que l’on a apprécié entendre les mots « expérience » et « leadership », au lieu des traditionnelles « politicaillerie » et « bureaucratie. »

C’est comme nos équipes sportives : si elles gagnent quatre parties de suite, on leur fera une ovation, vous verrez apparaître les fanions et la coupe sera en préparation. Si elles en perdent trois d’affilée… ce sera l’Armageddon, sans nuance ni condition. On est dur avec nos héros. On aime les créer (trop) rapidement, et on ne déteste pas les briser, en ce pays où l’extrémisme sentimental est loi, où le masochiste semble vouloir perpétuellement côtoyer l’idéaliste.

La loi de la discorde

Non… je n’ai jamais été fort sur les chèques en blanc, ni sur l’octroi de pouvoirs spéciaux, trop larges, et sans date (raisonnable) de péremption. Par contre ce qui me sidère, c’est l’incompréhension de ce projet de loi 61, et la désinformation qui s’est propagée pas
mal plus rapidement qu’un virus à son apogée. Il y a de vraies inquiétudes, mais elles sont discréditées par certains propos, souvent inexacts, fréquemment gonflés à l’hélium. Je crois qu’endosser le projet de loi dans sa forme initiale aurait été une grave erreur,
mais la démagogie de certains est venue encore une fois jeter le bébé avec l’eau du bain.

Il faut arrêter de prêter (systématiquement) de mauvaises intentions aux gens, ou faire la promotion de scénarios apocalyptiques. Moi non plus, je ne veux pas qu’on me vaccine une micropuce et que Windows démarre en même temps que je me lève chaque matin – mais avant de prendre une pancarte et crier : « so, so, so, solidarité », sans trop savoir pourquoi je devrais être offensé, je vais m’imposer la vaillance intellectuelle de me renseigner, et la sagesse d’au moins essayer de nuancer.

Les enjeux sont réels. Environnement, collusion, abus, partisanerie, et j’en passe. Jacques Duchesneau a d’ailleurs soulevé d’excellents arguments, mais il a raisonnablement aussi amené des solutions concrètes. L’opposition à Québec devrait prendre des notes – je me serais attendu à mieux de l’ensemble des parlementaires, qui ont préféré dénoncer et suspendre les travaux, au lieu de rester, s’entendre, et nous représenter – c’est pour ça qu’ils sont payés.

Le questionnement et la critique constructive sont essentiels, mais la tergiversation opportuniste au nom d’une hyperdémocratie futile est directement responsable du merdier dans lequel nous sommes embourbés : un système bureaucratique responsable des pitoyables conditions de vie de nos aînés, et du décrochage de nos jeunes désintéressés. C’est de ça qu’il faudrait être révolté. Les lumières de notre maison sociétale sont équipées d’interrupteurs, alors que nous aurions tous à gagner d’y installer des gradateurs.

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