La motoneige privilégiée au détriment d’une aire protégée

Par Nathalie Deraspe

Accès a mis la main sur un document d’information produit par la MRC des Pays-d’en-Haut qui démontre qu’à choisir, les élus préfèrent créer un sentier permanent de véhicules hors route plutôt que de laisser le ministère du Développement durable, de l’environnement et des parcs (MDDEP) établir une aire protégée dans la région, qui pourrait toucher notamment le territoire de la municipalité de Sainte-Adèle.

La proposition, qui engloberait des terres publiques des MRC des Pays-d’en-Haut, de la Rivière-du-Nord et de la Matawinie, a été lancée par l’Université de Montréal, après que le MDDEP eut manifesté son intérêt à augmenter le nombre d’aires protégées de la province. Trois projets sont présentement sous évaluation mais selon le document obtenu, cette première proposition obtiendrait l’aval du MDDEP, qui attend vraisemblablement février pour en faire l’annonce officielle.
Établis à Saint-Hippolyte depuis 1962, les biologistes de l’UdM ont souligné que ce secteur fait partie des dernières terres publiques de sud des Laurentides, d’où l’intérêt de les protéger en vertu de la Loi sur la conservation du patrimoine naturel en tant que réserve aquatique et de biodiversité.

Aux yeux de la MRC des Pays-d’en-Haut, le projet vient nuire au développement de son Parc régional comme aux visées de la Table de concertation des véhicules hors route (TCVHR), qui doit élaborer sous peu un tracé permanent pour la Trans-Québec 33, en vue d’accommoder les motoneigistes et les conducteurs de véhicules tout-terrain.

Pour le ministère, «toute activité ayant cours sur le territoire ou une portion de territoire d’une aire protégée ne doit pas altérer le caractère biologique essentiel de l’aire protégée». À moins d’une autorisation ministérielle, les travaux d’aménagement du sol, «y compris tout remblai, enfouissement, terrassement, enlèvement ou déplacement de matériaux de surface ou de couvert végétal à quelque fin que ce soit (…) comme l’aménagement de sentiers» sont interdits.
«Les biologistes ne s’opposeraient pas nécessairement au tracé dessiné l’an dernier, estime le gérant de la station de Saint-Hippolyte. D’ailleurs, notre directeur va tenter d’obtenir une rencontre avec le préfet Charles Garnier pour discuter de la question», a déclaré Éric Valiquette.
Étrangement, le document obtenu stipule que les chercheurs, qui ont fêté le 40e anniversaire de la station de biologie de Saint-Hippolyte l’été dernier, auraient plutôt prétendu qu’un tel sentier serait «incompatible avec leurs activités de recherche».

La MRC prend position

En septembre dernier, le Conseil des maires tranchait du côté des motoneigistes, en adoptant une résolution par laquelle il invitait le Ministère des Ressources naturelles et de la Faune à prendre en considération «la problématique de la permanence de ce sentier (…) avant de renouveler le bail de l’Université de Montréal». Ce parti-pris est d’autant plus étonnant que les premières séances d’information vis-à-vis des groupes concernés ont eu lieu cette semaine.
«Au début de l’automne, le ministère nous a demandé quelques recommandations, explique Louis Pilon, conseiller stratégique du développement pour le Conseil régional des élus (CRÉ). Mais comme on ne connaissait pas la teneur du projet, on a demandé à tour des séances d’informations qui puissent nous éclairer sur le sujet.»

Une semaine avant ces séances ciblées, c’était au tour de la Société du Parc régional des Pays-d’en-Haut (SOPRÉ) d’intervenir en recommandant unanimement que «le MDDEP tienne compte de la problématique (…) avant de procéder à la création d’une aire protégée dans le territoire d’intérêt C-32».

Selon Adeline Bazoge, de Nature-Québec, les sentiers de motoneiges sont exclus de prime abord des aires protégées, quoiqu’ils soient tolérés à certains endroits: «C’est au moment de l’élaboration du Plan de gestion que tout ça est défini.»

Au MDDEP, on nous confirme qu’en général, le ministère identifie avec les intervenants du milieux un plan de conservation en fonction des enjeux environnementaux de l’aire projetée. Mais le territoire d’intérêt obtient avant tout un statut provisoire de quatre ans. «Pour la station de biologie, une aire protégée c’est une belle promesse pour assurer sa pérennité et ça permet aux chercheurs de travailler dans un cadre privilégié. Pour le reste, confie un fonctionnaire qui n’a pas voulu être identifié, ce n’est pas tant la motoneige que les quads qui abîment la végétation et qui menacent ce genre d’endroit.»
Huit étapes à franchir

Louis Pilon n’a pas caché sa surprise quand nous lui avons fait part des rumeurs à l’effet qu’une décision soit déjà tombée. «Le processus ne fait que commencer, affirme le conseiller. Les ateliers d’information et le dépôt des propositions a eu lieu en 2005, et le MDDEP n’a pas encore fait l’analyse socio-économique de chaque projet.» Une analyse faite à l’interne, a-t-il insisté, et qui devra éventuellement conduire à des consultations publiques chapeautées par le Bureau d’audiences publiques en environnement (BAPE).
«Je pense que les gens de la MRC ont été surpris de notre proposition, confie le gérant de la station de biologie de l’Université de Montréal et qu’ils ont réagi rapidement», conclut Éric Valiquette.

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