La naissance du Québec d’aujourd’hui

Par Simon Cordeau
La naissance du Québec d’aujourd’hui

La Révolution tranquille est sans conteste une période charnière de l’histoire du Québec. De la mort de Maurice Duplessis en 1959 à la loi 111 qui oblige les grévistes du milieu de l’éducation à retourner au travail en 1983, cette époque est longue, complexe et bouillonnante. Pour y voir plus clair, les historiens Martin Pâquet et Stéphane Savard ont écrit Brève histoire de la Révolution tranquille. Entrevue avec M. Pâquet.

Martin Pâquet est professeur au Département des sciences historiques de l’Université Laval et coauteur de Brève histoire de la Révolution tranquille. Crédit : Sophie Imbeault

On voit souvent la Révolution tranquille comme l’entrée du Québec dans la modernité, mais M. Pâquet tient à apporter une nuance. « Comme historiens, nous sommes un peu critiques de la notion de « modernité ». Parce qu’au niveau technique et scientifique, le Québec y participait déjà. La question, c’est plus celle de la présence du Québec au monde. »

M. Pâquet souligne que le Québec était déjà ouvert au monde avant la Révolution tranquille, mais ce rapport change à partir des années 1960. Le Québec n’est d’ailleurs pas unique. Partout en Occident, les sociétés sont transformées par la croissance économique soutenue après la Seconde Guerre mondiale, la création de l’État-providence, le recul de la religion et la sécularisation des institutions, le baby-boom qui amène la jeunesse et la contre-culture, l’émancipation de groupes sociaux comme les femmes, les gais et les lesbiennes, et des Noirs aux États-Unis, la décolonisation en Afrique et en Asie, et la montée des nationalismes.

L’État québécois, garant du bien commun

« C’est une période fascinante, parce qu’il y a beaucoup de phénomènes qui se produisent en même temps. La difficulté pour l’historien, c’est de donner un sens global à ces évènements. » Ce qui distingue la transformation du Québec, selon M. Pâquet, c’est d’abord comment l’État est perçu et présenté. « C’est axé sur l’État comme garant du bien commun. On a confiance en l’État pour assurer le rattrapage, qu’il soit économique, social, culturel ou autre », précise l’historien.

Sous Duplessis, par exemple, l’économie tourne surtout autour de l’extraction des matières premières, financée par des capitaux étrangers. Mais la création de l’État-providence favorise l’entrepreneuriat québécois et nationalise l’électricité sous Hydro-Québec, entre autres.

On pourrait aussi nommer la grande réforme du système d’éducation, la protection de la langue française, le mouvement des femmes, la mobilisation des groupes autochtones (durant le développement de la Baie James), voire le projet souverainiste. Tant pour les citoyens que pour les élites au pouvoir, l’épanouissement individuel et l’émancipation collective passe par un État plus fort. Encore aujourd’hui, les Québécois sont plus sensibles à l’importance d’un filet social que d’autres nations.

« Cette représentation assez hégémonique de l’État va demeurer pendant 23 ans. La plupart des acteurs publics et des individus vont se reconnaître dans cet État. » Ce consensus s’effritera puis prendra fin avec la récession des années 1980, l’augmentation de la dette publique et la montée du néolibéralisme.

L’accueil

Selon M. Pâquet, l’événement le plus représentatif de la Révolution tranquille est l’accueil des boat people. Après la chute de Saïgon en 1975, des centaines de milliers de personnes du Vietnam, mais aussi du Laos et du Cambodge, prennent la mer dans l’espoir de trouver refuge.

Au Québec, les responsables politiques assouplissent les règles pour accueillir ces réfugiés, et les citoyens se regroupent et s’organisent pour parrainer les nouveaux arrivants. « C’est un phénomène qui symbolise bien le rôle de l’État (en haut), mais aussi celui des citoyens (en bas), qui convergent pour assurer l’accueil, au nom des principes d’humanité », illustre M. Pâquet.

« La Guerre du Vietnam, c’est un conflit dont on voit tous les jours, pendant des années de temps, les épisodes à la télévision, qu’on soit au lac Saint-Jean, à Québec ou en Gaspésie. Donc quand la crise humanitaire éclate, ça va solliciter les Québécois. »

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