L’ADQ nous refait la leçon

Par Nathalie Deraspe

Ces temps-ci, le dossier de l’éducation prend des allures de match de ping-pong. Lundi, les adéquistes de la région ont saisi la balle au bond, en poussant un peu plus loin le projet d’abolir les commissions scolaires et de mettre au rebut la réforme.

Il faut dire que les soldats de Mario Dumont ne sont pas à bout de munitions et ce, même si la visite lundi du député de Mirabel et porte-parole de l’opposition en matière d’éducation, François Desrochers, coïncidait jour pour jour avec la sortie publique d’un de ses collègues enseignant, André Tremblay.

Cumulant 30 ans d’expérience, ce chef de bureau de direction du comté de Kamou­raska-Témiscouata a paru si choqué par les «commentaires gratuits et les balivernes» lancés par son chef à Saint-Jérôme à l’endroit de la profession, qu’il a annoncé publiquement sa démission dans les pages d’un quotidien montréalais.

Ce claquage de porte a vite été balayé du revers de la main par le député de Mirabel, qui a préféré s’attarder à la sortie des «belle-mères» péquistes et à leur chef Pauline Marois, qui vient de proposer de faire une plus grande place à l’anglais dans les classes. «J’en ai entendu des bonnes mais celle-là, c’est la meilleure de toutes. On lance des ballons au PQ, de dire Desrochers. Nous sommes le seul parti qui se soit rallié à la Fédération autonome de l’enseignement (FAE). Je faisais partie des 4 000 marcheurs contre la réforme, je suis co-signataire d’un manifeste à paraître signé par 25 000 personnes et je suis fier de l’avoir fait.»

Virage nécessaire

Même si le député de Mirabel salue plusieurs des mesures annoncées par la ministre Courchesne pour renforcer le français à l’école, celui-ci lui reproche de parler de la réforme «du bout de lèvres». «Il faut garder le meilleur des deux. La pédagogie par compétences et le développement de projet n’est pas une mauvaise chose en soi, mais il faut combler les lacunes dans l’enseignement magistral», allègue François Desrochers. Au niveau de la violence, un directeur d’école a peu de moyens. Des formations aux parents d’élèves au comportement agressif aideraient selon lui à diminuer les tensions et le taxage à l’école. En tout, il en coûterait de 1,5 à 2 M $ pour redresser la situation, des CPE aux universités, affirme le député de Mirabel.

En «dégraissant la machine» (bref, en abolissant les commissions scolaires), on pourrait investir davantage afin de «prioriser l’enfant». «Les 22 M $ annoncés par la ministre, c’est moins que le coût des élections scolaires et le salaire des commissaires».

Quant au fameux bulletin chiffré, les adéquistes en espèrent un pour le mois d’août. «Il reste quatre mois avant la fin de l’année et je n’ai toujours pas reçu de bulletin pour mon fils de 8 ans», a souligné son collègue de Prévost, Martin Camirand, initiateur de la rencontre. Dans un document datant du 1er février, le président de la Fédération des commissions scolaires du Québec, André Caron, admettait que des ajustements sont souhaitables et qu’une remise en question est normale et bénéfique mais affirmait du même coup que sa fédération s’oppose à un moratoire «qui laisserait en plan des élèves en cheminement depuis dix ans». Il faut éviter les pièges et les chamboulements de structures et mettre fin à la politicaillerie sur un sujet aussi important que l’avenir de la jeunesse, a-t-il dit en substance.

La présidente de la Fédération des comités de parents du Québec (FCPQ), ****Lise Ouellet****, souligne pour sa part qu’avant de prévoir une augmentation des pouvoirs au niveau de l’école, comme l’espèrent l’ADQ et la Fédération québécoise des directions d’établissements d’enseignement (FQDE), il faudrait évaluer les résultats constatés dans la mise en oeuvre des changements mis de l’avant à la fin des années 1990. Dans la région, les maires n’osent pas trop se prononcer quant à l’abolition des commissions scolaires. «C’est sûr qu’on pourrait s’occuper de la maintenance des écoles, mais pour le reste, faudrait voir», a lancé timidement le maire de Prévost, Claude Charbonneau.

Au sein des enseignants, beaucoup laissent entendre que ce ne soit pas tant la réforme mais bien les moyens d’y parvenir qui fassent défaut.

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