L’âge de pierre de l’écologie

Par Eric-Olivier Dallard

«À la pêche aux moules, moules, moules, nous n’irons plus maman…»

«Je dis simplement la merveille

la modestie du ciel vivant

le petit pesant d’or d’une abeille

l’éclat du sel qui est tout blanc

toi différente mais pareille

Je dis simplement la merveille

de tous les jours te retrouver.»

Claude Roy, Et encore la même chose,

dans Poésies, Gallimard, 1970

Vous vous rappelez, y’a quoi? 10 ans à peine?, le portefeuille de l’Environnement était négligeable, le poste de «ministre de l’Environnement» réservé à un «junior prometteur» ou un «ancien sur le déclin» des gouvernements québécois et fédéral… bref, à ceux à qui il fallait bien – quand même ! – donner un ministère, mais sans plus, comme on félicite un aspirant, du bout de lèvres.

Le parcours en une décennie! Scrutés à la loupe, les discours et les actions de ce ministère peuvent aujourd’hui, à eux seuls, entraîner la chute d’un gouvernement. D’acteurs mineurs à joueurs majeurs, les ministres de l’Environnement ont leur place aux côtés des Finances et de la Santé. Les audiences du Bape (Bureau d’audiences publiques sur l’environnement) deviennent une grand’messe… Des dossiers comme Rabas­ka, le Mont Orford (ou plus près de nous le parc des Falaises) sont les sujets d’actualité qui déchaînent les passions…

Le parcours en une décennie! Imaginez un siècle…

Nous débattions au journal, au début de l’été, Josée et moi, de ces nouvelles lois (surtout états-uniennes) encadrant certaines pratiques gastronomiques et hôtelières: les interdictions du foie gras, de l’ébouillantage du homard vivant… Et puis cette nouvelle: à New York, l’on songe à faire rayer les moules des menus. Oui, les moules. «Jusqu’où ira-t-on?»

Je crois que nous irons où nous le devons. Et je n’en serai pas surpris.

Oui, un jour l’on interdira de faire des moules un plat. Un jour. Et le lendemain plus personne n’en sera surpris.

Parce que tout est lié. Et plus intimement que nous ne le croyions. Nous commençons à peine à le réaliser en ce concerne l’environnement.

Nous en avons seulement l’intuition.

Einstein, dont l’intuition justement, sonne juste (rappelez-vous : «Le XXIe siècle sera éthique ou ne sera pas») faisait remarquer: «Si les abeilles devaient disparaître de la surface de la terre, l’humanité ne survivrait pas plus de 4 ans.» Z’avez remarqué qu’on a beaucoup parlé cet été de la raréfaction de l’insecte? L’on a raison de s’alarmer. Et l’on a même raison de s’inquiéter des états d’âmes des moules. Oui. Parce que tout est lié, je le répète (rassurez-vous, y’a rien d’ésotérico-végétalien, ni non plus de Raoul Duguay ? «toutte est dans toutte» ? dans cette «intuition»)

Oui, le parcours des environnementalistes et autres «campagnards» anti-fourrure… en une décennie! «Ce siècle avait un an», disait le poète. Nous n’en sommes, je le répète et l’espère, qu’au tout début: imaginez, le nouveau happening des golden-boys de Wall Street c’est… la «Bourse du carbone» (si votre entreprise ne grille pas l’ensemble de ses «crédits de pollution», elle peut les revendre pour permettre à une autre de polluer à sa place!) Le cynisme que cela suppose, édifié en système, est atterrant.

Les «extrémistes» de l’écologie d’aujourd’hui seront reconnus, demain, comme des visionnaires. C’est ainsi que les présentera l’Histoire.

Ils savent déjà, eux, «le petit pesant d’or d’une abeille».

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