L’autosuffisance pour vivre et manger mieux

Par Marie-Catherine Goudreau
L’autosuffisance pour vivre et manger mieux

Lorsqu’on arrive au jardin de Simon Meloche-Goulet à Mont-Tremblant, il nous accueille chaleureusement, les pieds nus dans la terre, avec un enfant dans un bras et des champignons dans l’autre.

Dans sa vingtaine, Simon a descendu en vélo la côte ouest de l’Amérique du Nord jusqu’au Costa Rica. C’est un voyage qui l’a marqué et qui changé sa façon de voir son mode de vie. « Je suis passé des gros super-marchés américains, à des petites tiendas où l’on ne trouve pas plus que dix aliments. Pourtant, les personnes là-bas mangent super bien et sont capables de faire des plats extraordinaires avec cinq ingrédients seulement. »

Il a ensuite lu le livre « 100-Mile Diet » qui a changé sa vie. « Quand je suis revenu au Québec, je me suis mis à travailler sur une ferme dans les Laurentides et j’ai contacté les producteurs alentours. J’ai ouvert mon frigo et je me suis demandé « Est-ce qu’il y a ça ici? » et j’ai trié. » Selon lui, on peut très bien manger localement au Québec, et c’est plus facile qu’on le pense.

Remise en question

« C’est facile d’aller à l’épicerie et de ne pas se poser de questions. Mais il y a des coûts à ça, et je crois qu’on en est tous conscients, mais on ne veut pas le voir. » Se construire un réseau, acheter directement des producteurs : ces habitudes permettent de sauver des coûts, tout en étant bénéfiques pour les agriculteurs. « En achetant à l’épicerie, tu payes 15 personnes entre l’agriculteur et toi. L’agriculteur n’a pas eu un bon prix pour ses produits. S’il en a eu un, on va payer beaucoup », explique-t-il.

« Quand j’achète aux producteurs, ma bouffe a une histoire et une temporalité. » Par exemple, lorsque vient le temps des framboises, Simon commande une centaine de crêtes à un ami producteur, qui sont ensuite achetées par un groupe de personnes. « Je lui dit : « Quand c’est prêt et le prix que tu veux ! » Après ça, les gens viennent chez nous les chercher et tout le monde est content ! » En cherchant des produits, il se fait des amis, et c’est ce qu’il adore.

Plus forts en communauté

Il partage une terre avec 7 autres amis, qui ont des entreprises, comme SymbiOse Alimenterre et Jardin Cent Pépins, ou qui ont des jardins personnels. Simon utilise principalement ses légumes pour son restaurant La Cabane à Tuque.

« Quand j’achète aux producteurs, ma bouffe a une histoire et une temporalité. »

« C’est certain qu’au début, ça prend beaucoup de temps pour implanter, mais ensuite c’est quelque chose qui se fait tout seul. Et c’est du plaisir à partager ! » Il conserve ses aliments pour l’année de différentes méthodes : déshydratation, réfrigération, fermentation, etc.

Simon a aussi construit sa maison lui-même, avec de l’aide de plusieurs personnes. Tout le bois dans sa maison est celui qui était sur son terrain avant et les murs en chanvre permettent de garder la fraicheur durant l’été, et la chaleur durant l’hiver.

S’éloigner du métro-boulot-dodo

Pour subvenir à ses besoins, Simon a décidé de se lancer en restauration avec sa cabane à sucre végétarienne. « J’adore l’agriculture et être maraîcher. Mais c’est un vœu de pauvreté que tu fais », concède-t-il. Les légumes qu’il cultive sont donc transformés et mis en marché au restaurant et il peut se permettre de jardiner de manière « plus relaxe » le reste de l’année.

« Si je fais seulement un jardin pour gagner ma vie, ça m’amène à faire des choix plus capitalistes de légumes ou d’efforts, et ça dénature la raison pour laquelle je fais ça, qui est de me nourrir. »

La cabane à sucre se trouve dans la maison de Simon. Les deux dernières années ont été difficiles, car comme pour toutes les cabanes à sucre, les clients ne pouvaient pas venir manger sur place. « J’ai même aménagé un wigwam et installé des tables dans la forêt, mais même ça, ce n’était pas permis », explique-t-il. Selon lui, les alternatives ne sont pas écologiques et communautaires.

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