L’avenir de l’îlot GrigNon ne fait toujours pas l’unanimité

Par Eric-Olivier Dallard

Sainte-Adèle

L’îlot Grignon soulève encore les passions à Sainte-Adèle. Certains sont prêts à déchirer leur chemise sur la place publique pour revendiquer un espace vert aménagé à sa juste valeur tandis que d’autres s’empressent de vouloir colmater au plus vite cette brèche sise au cœur du centre-ville.

En 2006, l’ex-maire Pierre Grignon saluait l’initiative d’un blogue sur le sujet. À propos de l’avenir du secteur, il écrivait: «un vieux projet éternellement remis sur la table, que dis-je, sur l’autel des consultations, des grands déchirements et des études en série sur la revitalisation du centre-ville de Sainte-Adèle. Comme si le «cœur de Sainte-Adèle» avait déjà vibré à cet endroit qui s’appelle «le parc Claude-Henri-Grignon»!

Qu’il vibre ou non, l’îlot Grignon résonne toujours dans le cœur des Adélois. À preuve, pas une, mais deux pétitions signées pour conserver le site au lieu de le vendre au plus offrant. La première, lancée en 2002, avait réussi à récolter 2159 signatures. Près du quart de la population s’était donc opposée à tout projet visant à sacrifier en tout ou en partie cet espace vert.

Récemment, un groupe formé d’une vingtaine d’Adélois a fait parvenir au Groupe Maurice, principal promoteur d’un projet de construction de 150 à 165 logements pour personnes retraitées et pré-retraitées et une trentaine d’unités de condos adjacents, une lettre dans laquelle ils sous-entendent que leur projet va à l’encontre des règles les plus élémentaires d’urbanisme. Ceux-ci les invitent à consulter le Programme particulier d’urbanisme (PPU) adopté par la Ville le 29 août 2005. Le document préconise des constructions de faible gabarit et suggère la préservation d’une «superficie importante à des fins publiques pour l’aménagement d’un parc d’envergure» dans l’Îlot Grignon. On préconise l’interdiction des immeubles de plus de deux étages ainsi que tout développement résidentiel.

Un projet en pré-développement
«Tout le monde sait que ce ne sera pas un projet facile, concède la vice-présidente au développement du Groupe Maurice, Marie-Michèle Delbalso. C’est un site délicat, où il y a eu pas mal d’opposition par le passé. Mais le concept global a été bien reçu.» Le promoteur a tenu en effet à présenter son projet aux citoyens et commerces avoisinants. La Ville a alors proposé une liste de résidents à être contactés. Cette séance en privé en a d’ailleurs heurté plus d’un. D’aucuns auraient préféré que l’ensemble de la population soit invitée à y participer. «Dommage, ajoute Mme Delbalso. On aurait pu tenir d’autres rencontres du genre.»

Pour l’heure, les pourparlers se poursuivent avec Sainte-Adèle. D’ores et déjà, le promoteur promet de se fier au maximum au PPU de 2005, y compris dans l’aménagement d’espaces verts, qui devraient avoisiner les 25 % du site. Reste à savoir si les terrains de tennis sont compris à même cette mesure. «Notre culture d’entreprise vise à faire du bon voisinage, poursuit Mme Delbalso. On aime mieux être bien accueillis qu’être en confrontation. La communauté tient à un site avec espaces verts et c’est ce qu’on essaie de considérer. L’architecture du projet a changé, on essaie d’abaisser la construction pour l’étaler davantage et travailler avec les pentes existantes. Mais il faut en même temps respecter le maximum d’espaces verts.» Rappelons qu’au départ, on parlait d’un projet de près de 5 étages. L’image d’Outremont, inauguré en décembre 2008, en fait 8 pour 179 unités. Le quartier Mont-St-Hilaire, lancé en novembre dernier, en a 5 avec ses 230 appartements.

Le Groupe Maurice espère pouvoir entamer la construction du projet en 2010. Entre-temps, la Ville devra tenir une assemblée de consultation afin de modifier son PPU et fournir des études de sol pour déterminer s’il faut procéder ou non à une décontamination du secteur. Impossible de savoir pour l’instant qui de la Ville ou du promoteur devra en assumer le coût.

L’ex-conseiller André Dubé, à l’origine de la première pétition contre la vente de l’îlot Grignon est amer. «Une des promesses électorales était de ne pas toucher au parc, dit-il. Ce terrain-là vaut au moins 5 M$ mais la Ville parle déjà de louer des heures au promoteur pour la future piscine.»

Le Programme particulier d’urbanisme prévoit justement des subventions pour des projets de revitalisation. Un programme malléable, nous dit la conseillère en aménagement du territoire Sophie Rioux-Hébert, du ministère des Affaires municipales et des régions de Saint-Jérôme, qui peut très bien être adapté au centre-ville. Les municipalités y sont à même d’acquérir ou de céder des immeubles afin de revitaliser une portion de leur territoire. Un programme qu’on croirait fait sur mesure pour que Sainte-Adèle se dote d’un îlot urbain qui réunisse tant les jeunes familles que les plus âgés. «If you can make it there, you’ll make it anywhere», chantait Sinatra. Et s’il parlait de Central Park à New York?

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