Le doigt pointé

Le doigt pointé

Le monde de Mimi

par Mimi Legault

mimilego@cgocable.ca

Suite au décès de la petite fille martyr de sept ans, une chose m’a frappée comme un dix roues. On cherchait le ou les coupables, peu importe qui, il en fallait un. Ce questionnement, je le rencontre chaque jour. Je devrais dire cette accusation. Si les choses ne vont pas bien pour l’humain, c’est la faute de la météo, du temps qui passe trop vite, du policier placé au mauvais endroit. Si un fumeur décède d’un cancer des poumons, c’est la faute aux producteurs de tabac. Si un autre meurt d’une cirrhose du foie, ce sera celle de la SAQ. Faute au gouvernement Legault ou à Justin. C’est tellement facile de pointer l’index sur son voisin (quand ce n’est pas le majeur), de faire des erreurs et de les imputer à autrui.

Pas ma faute

Un jour, dans ma classe, suite à une tentative de règlement entre deux enfants, je me suis fâchée devant mes élèves. Je leur ai dit à peu près ceci : « C’est vraiment miraculeux les amis. À chaque fois que je cherche à qui est la faute, je tombe toujours sur l’innocent : c’est pas moi, c’est lui ». Ils me regardaient tous avec un air dubitatif. À savoir s’ils devaient en rire ou me prendre au sérieux. J’ai poursuivi mon discours en leur donnant des exemples. « Moi, m’a dit Carl, j’ai rien à voir dans cette bataille, je faisais juste tenir  solidement Jason pour que mon frère fesse sur lui ».

Ah bon… Ou cet autre élève qui avait lancé une boule de neige en plein dans l’œil d’une fille. « Ce n’est pas de ma faute, je visais le pompon de sa tuque. » Mais s’il n’y avait que les enfants. À l’école, un garçon de sixième année avait giflé une fille de neuf ans. Paf! Sur les deux joues, donc paf paf! On avertit les parents qu’il sera gardé en retenue pour lui écrire une lettre d’excuse. Réponse instantanée de la mère : pas question, c’est la faute de la petite, elle lui avait fait une grimace durant la récré! Histoire vécue. Voyez ce que je veux dire ? Dans une avalanche, chaque flocon plaide non coupable.

J’en ris

Ce sont les adultes qui me font le plus rigoler avec leur ego gonflé à l’hélium. Reconnaître un tort est un supplice pour bon nombre de gens. Chaque fois que l’occasion se produit, je remarque en même temps chez eux un manque profond d’estime d’eux-mêmes. Et pourtant, admettre leur erreur ne changera en rien le goût de leurs céréales. Au contraire, j’appelle ça de la maturité. Mettez-le dans votre portfolio, vous aurez de l’avancement.

Dans la vraie vie, chacun se méfie de l’autre. J’admets qu’il est parfois difficile de faire confiance à l’être humain. Même le non-voyant préfère se faire guider par un chien…

L’autre jour, le petit Dany, bientôt cinq ans subit une remontrance de sa mère. Rien de bien grave. Frustré, le voilà qui jette son camion par terre et le piétine en hurlant. La mère se met à rire (alors que je bouille intérieurement) : « Que veux-tu, me dit-elle, il est orgueilleux comme son père ». Me semblait aussi… ai-je pensé.

Dans un courrier du cœur, une maman se plaignait que son fils de quatre ans la tapait et lui tirait les cheveux chaque fois qu’elle le grondait. Le papa trouvait ça drôle. J’aurais aimé lui répondre d’attendre encore un an lorsqu’il ira à la maternelle. Ce sera la faute de l’enseignante qui ne l’aimera pas.

Adam a dit que c’était la faute à Ève. Cette dernière s’est tournée vers le serpent : il l’avait trop tentée. Insulté, ce dernier a sifflé que c’était la faute de Dieu, il n’avait qu’à ne pas planter un pommier au paradis terrestre! Voyez ? C’est comme ça depuis la nuit des temps!

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