Le doigt sur le beau beau

Par Benoit Simard
Le doigt sur le beau beau
Benoît Simard

Tous les jours, nous faisons face à des situations challengeantes. 2020 semble nous bombarder d’épreuves et événements à haut potentiel traumatique, d’une manière particulièrement récurrente. Pandémie, émeutes, gestes horribles et inexplicables : ça devient compliqué de parler de sports et de sujets légers. Alors que l’on croit qu’il ne peut pas arriver autre chose, on dirait que le destin s’arrange pour nous passer deux trois sapins à la fois, et ça commence à piquer pas mal.

Voici un petit scripte illustrant le recul et la résilience nécessaire à l’atteinte d’une certaine zénitude de déconfinement. Tu peux enfin ressortir te sécher les dents à vélo avec quelques amis. Dans le bonheur et l’extase, tu fais une première crevaison. Pas de problème : la chambre à air de rechange est sortie du sac, on remplace le tout, passe une cartouche de CO2, repart sur la trace. On retouche au bonheur et «re-flat» deux minutes plus tard. Tout va bien: on a prévu le pire, sort un ensemble de rustines, donne 120 coups de mini-pompe, réparation à l’ancienne et on roule.

Quand vient le temp du troisième gonflage, que les maringouins ont flairé la bonne affaire et que le sac à solution est rendu léger, c’est à ce moment que l’on espère une inspiration de sagesse, et une solution miracle. Y’a quand même des choses pires qu’une crevaison en vélo, tout est relatif. Et boy. Y’a-t-il des énoncés plus plates et creux que celui là : «Tout est relatif»? Pourtant, quand on s’y attarde, entre prendre une marche sur le bord de la 329 à cause d’une crevaison de trop entre Lachute et Morin Heights, et devoir aller à l’hôpital sans pouvoir avoir de visite, mon choix est facile.

Autre formule toute faite ennuyante, mais pourtant sensée : «La vérité sort de la bouche des enfants». Tous ont entendu cette maxime à maintes reprises. Prend-t-on le temps d’assimiler la sagesse de ces courtes phrases, parfois prononcées en réflexe, plutôt qu’en vraie réflexion? Je me la suis d’ailleurs bien fait placer dans les dents par mon benjamin cette semaine.

Reconnaissant la silhouette du fameux Mario Bros sur sa tablette, je m’assieds à ses côtés, et réalise qu’il regarde un «YouTubeur» qui commente une partie de jeux vidéos pré-enregistrée. Découragé devant la futilité du geste, je lui fis part de mes doutes quant à cette activité, à laquelle il s’adonne plusieurs minutes par jour. C’est là qu’il m’a répondu du tac au tac : – «… tu sais, c’est comme quand toi tu écoutes des animateurs qui analysent une course de vélo à la télé…». OUCH. La fameuse vérité enfantine, ça te re-balance un «tout est relatif» dans la tronche!

Comme boire du rince bouche n’enlève pas les caries, on ne règle pas les problèmes à grandes gorgées de Lysol de façon magique. On gagne à lever le pied, être empathique, et à se questionner sur le fond des choses plutôt que sur leur surface. La tolérance et l’aptitude de pouvoir se mettre dans les chaussures des autres m’apparaît comme la voie pour solutionner la majorité des problèmes qui se présentent à nous.

Ça règlera pas ton problème de crevaison, mais peut être que ça va t’empêcher de rouler sur la jante, et de briser le reste du vélo.

Et parce que lire la fiche de valeur nutritive c’est bien, mais que de com-prendre les ingrédients c’est mieux, nourrissez-vous bien, sortez jouer dehors en saluant les touristes. L’été passera probablement – encore une
fois – trop vite.

Partager cet article
S’abonner
Notifier de
guest
0 Commentaires
Inline Feedbacks
View all comments