Le français en déclin

Par Ève Ménard et Simon Cordeau
Le français en déclin

La sauvegarde du français au Québec est au cœur de l’actualité ces dernières semaines. Un sondage révélateur des préoccupations actuelles, une enquête mettant en lumière le déclin du français, et les propos choquants d’une députée fédérale, entre autres, ont suffi à raviver le débat dans l’espace public et politique. Nous vous proposons un dossier qui traite globalement que localement de l’enjeu. Mais avant d’entrer dans le vif du sujet, nos journalistes réfléchissent à leur rapport à la langue française.

Ève Ménard – Plus jeune, le français allait de soi. Je le parlais, je le lisais et j’apprenais l’accord des participes passés. Ça ne représentait pas grand chose de plus que les mots que j’utilisais pour m’exprimer. L’anglais, il allait moins de soi, alors on me poussait davantage à l’apprendre.

Ma mère m’encourageait souvent à lire et à écouter la télévision en anglais. À un certain point, j’ai délaissé la culture francophone pour n’écouter que de la musique anglophone et des séries américaines. Mais en parallèle, j’ai aussi découvert le théâtre québécois pendant mes sorties au secondaire. Mes parents m’ont initié à La Petite Vie très jeune. Mes moments télévisés favoris? Thérèse au Wacdo et le lancer de Madge dans le sapin. Les deux cultures se sont entrelacées pendant mon enfance et s’entrelacent toujours aujourd’hui. Mais le français, ce n’est plus que les mots que j’utilise pour m’exprimer, c’est devenu mon identité.

Aujourd’hui, ça me frustre tellement lorsque je dois commander ma pizza en anglais dans un restaurant de Laval. Ou quand des candidats d’Occupation Double utilisent un franglais qui fait saigner mes oreilles. C’est facile de dire que les jeunes n’en ont rien à faire du français. Et c’est vrai pour certains. C’est vrai aussi que les statistiques déçoivent. C’est vrai que c’est inquiétant. Mais j’essaie de garder espoir. De mon expérience, je réalise qu’avec le temps, on apprend à aimer notre langue, à la découvrir et la redécouvrir. Je pense que ça évolue, comme ç’a évolué pour moi.

Il ne s’agit pas de délaisser l’un, pour embrasser l’autre. Je pense qu’il faut juste comprendre, plus rapidement dans notre enfance, que le français, ça ne va pas de soi. Il faut nous encourager à l’apprendre et à consommer la culture de chez nous.

Simon Cordeau – J’ai toujours été sceptique à propos de la mort prophétisée du français au Québec. On nous la promet depuis le rapport de Lord Durham, sinon depuis la Conquête. Et pourtant, à l’école, j’ai appris tant la langue de Nelligan que celle de Tremblay.

Mais j’ai aussi vécu à Vancouver. Et même si tous les Canadiens, petits, apprennent le français à l’école, c’est un défi d’en trouver un qui, devenu grand, pourra tenir une conversation avec vous. Malgré la loi sur les langues officielles, des parents franco-colombiens doivent se battre en cour pour que leurs enfants puissent aller dans des écoles françaises, et financées! Et vous auriez dû voir la panique dans les yeux de ce douanier canadien, à la gare de Vancouver, lorsque je lui ai sorti… ma langue maternelle!

Il fut un temps où le français était la lingua franca de l’Occident. C’était la langue de la diplomatie et de la science. Comme le latin autrefois. Comme l’anglais aujourd’hui. Même la devise de la monarchie britannique est toujours Dieu et mon droit, et non pas God and my right.

Par contre, si vous recevez un convive (chose rare ces temps-ci) qui ne parle qu’anglais, ou croisez un touriste qui cherche sa direction, lui répondre dans sa langue n’est pas un acte de soumission. C’est plutôt un acte de politesse, voire d’efficience. C’est l’occasion de pratiquer votre anglais!

Et pourtant, lui retournera chez eux, sans avoir pratiqué son français.

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