Le jour des corneilles de l’auteur laurentien Jean-François Beauchemin adapté au cinéma

Par Mijanou Dubuc

Fable plus que roman, ce livre fut bien accueilli à sa sortie en 2004 au Québec, fonctionne bien en France et est réédité aux Éditions Les Allusifs à l’occasion de l’annonce d’une adaptation cinématographique – long métrage d’animation – une co-production franco-québécoise dont la sortie est prévue pour le printemps 2010.

Les Courge, Père et Fils, gourdes, imbéciles, retirés du village, vivant dans une cabane dans la forêt, se nourrissant des bois et de méchancetés, buvant la pluie et le sang des bêtes sont des étranges qui circulent «en forêt long de temps, silencieux de voix et bruiteurs de pas». C’est tout près du Mont Tondu, sous l’ombre du grand hêtre que la folie du Père Courge lui fait faire les «terribleries», lui fait exécuter les «inexplicabilités».
«Le Père Courge est un être méchant, débordant de vengeance de toutes ces pertes et de tous ces deuils qui ont jalonné sa vie». Le Fils Courge est ce petit bout d’être sans parole qui, «cherche à comprendre l’entendement», qui voudrait bien sentir un souffle d’amour de son père sur sa peau, «un être inintelligible», me dira Jean-François Beauchemin. Deux êtres complètement à l’opposé, vivant ensemble, coupés du monde civilisé, se blessant, se maudissant l’un et l’autre sans jamais regretter ou chercher le pardon. Au-delà de la fable, de la solitude, du silence, de la cruauté, de la mousse et des lycopodes, c’est l’hommage aux mots, au langage et à l’expression de soi qui fait de ce livre une œuvre de génie. Brigitte Bouchard, éditrice aux Allusifs, me répondit entre deux rencontres que Le jour des corneilles avait retenu son attention parce que «certes, [il] fonde l’humanité sur le langage en établissant la puissance civilisatrice de la métaphore et de l’abstraction, mais le plus beau est qu’il résonne d’un style sans pareil, fourmillant d’archaïsmes et de tournures originales, frappantes […] D’où l’éclatante réussite de ce roman : couler les vastes questions existentielles et les éternelles spéculations philosophiques dans la langue étonnamment enluminée d’un ermite pétulant et visionnaire.».

Inspiré par le visionnement du film Gladiator, Jean-François Beauchemin a consacré deux années à l’écriture de ce livre. Le style et la langue se sont développés dès le départ. «Les premières vingtaines de pages ont demandé un effort accru pour m’apprivoiser cette langue puis le reste de l’écriture est allée de soi, l’histoire et l’écriture surgissant de l’inconscient». Une langue primaire, souvent qualifiée d’archaïque, déconstruite et reconstruite, que le Fils Courge saura s’approprier pour exercer l’entendement. «Heureux, heureux, les parleurs!

Nul doute que de cette œuvre hors des sentiers battus, naîtra une autre œuvre unique, cette adaptation cinématographique réalisée par Serge Elissalde, dont le scénario est maintenant complété. Ayant donné carte blanche aux artisans du film, Jean-François Beau­chemin ne cesse de s’émerveiller devant la matérialisation visuelle de ce livre qui fut un point tournant dans sa carrière d’écrivain. «C’est avec Le jour des corneilles que je me suis réellement fait connaître. J’étais enfin pris au sérieux». Trente-cinq personnes travaillent sur la conception du long métrage disposant d’un budget de 9 millions d’Euros. Les voix seront françaises et québécoises dans des dialogues plus proches de la réalité que de l’écriture du livre pour des raisons de compréhension et d’instantanéité. Néanmoins, l’atmosphère saura traduire l’illettrisme du Fils Courge et le mutisme volontaire du Père Courge, d’autant plus que les illustrations que j’ai pu visionner en avant-première, sont d’une grande qualité avec cette évocation minutieuse de l’œuvre… à couper la parole.

Jean-François Beauchemin en bref… La fabrication de l’aube vendu à 15 000 exemplaires, en cours de réimpression et tout juste couronné Prix des Libraires, 2007; Turkana boy, paru la même année que Le jour des Corneilles, en cours de traduction anglaise; un recueil de poésie, Voici nos pas sur la Terre, publié en 2006 aux Éditions du Noroît sont tous des réalisations des trois dernières années de l’auteur laurentien Jean-François Beauchemin. En préparation, un recueil de prose – «parce que je suis un poète qui se déguise en romancier» me lance-t-il – intitulé Quand les pierres se mirent à rêver aux Éditions du Noroît. «Une réflexion sur la solitude». Un thème récurrent dans l’œuvre de cet auteur dont le rapport aux mots ne cesse d’évoluer.

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