Le mur de la souveraine

Par Alain Messier

 

Le sculpteur Alfred Laliberté(1878-1951) nous a laissé un recueil de pensées et de réflexions sous la forme d’aphorismes, de maximes, et de considérations sur tous les sujets de la nature humaine

L’une d’entre elles qui fut écrite à l’automne 1930, a particulièrement retenu mon attention: «Incompréhensible la folie d’un groupe qui organise une démonstration au Monument National. 

Il y a pourtant des hommes sérieux dans ce groupe. Ils vont parler de l’indépendance du Canada en parlant du statut de Westminster. Comment le Canada pourrait-il devenir indépendant? Se figurent-ils que les Anglais cèderaient un pays qui leur est tout acquis. Comment ensuite le pays pourrait-il se défendre contre toute convoitise étrangère?»

Et bien n’en déplaise à notre sculpteur, oui le Canada s’est séparé de l’Angleterre par voie du Statut de Westminster le 11 décembre 1931, 64 ans après la naissance de la Confédération, les Anglais ont cédé et la convoitise étrangère n‘a pas cannibalisé le Canada nouveau…

Ainsi le Canada eut, dans un premier temps,la prétention de se séparer de l‘Angleterre,de ne plus être son Dominion, puis effectivement se sépara de l’Angleterre acquérant son indépendance. 

Mais que le Québec ose prétendre vouloir se séparer du Canada, représente aux yeux de ces mêmes Canadiens affranchis de la tutelle britannique, un blasphème, une hérésie, voire du nazisme. 

L’hypocrisie du discours sur le beau et grand pays, le bien-être et l’entente cordiale, dissimule une fois franchi le miroir, les vrais raisons de cette opposition que sont: argent, pouvoir, égocentrisme. 

Si le Canada s’est séparé de l’Angleterre les raisons en étaient historiques, sociologiques, identitaires, économiques et géographiques. Elles sont les mêmes pour le Québec.

Mais le Canada est-il vraiment un pays indépendant?

Récemment le curieux personnage qu’est le ministre des Affaires étrangères John Baird, a pris l’initiative de faire décrocher de l’entrée publique de son ministère deux tableaux du peintre mondialement reconnu Alfred Pellan. Ces superbes peintures, tant dans leurs compositions, que leurs splendides couleurs, représentaient magnifiquement l’Ouest et l’Est du pays nommé Canada. 

Rappelons qu’Alfred Pellan à son retour au pays après la deuxième guerre mondiale avait été celui qui a insufflé à l’Art au Québec et au Canada la modernité.

L’énergumène Baird expliqua avoir choisi pour souligner la venue du Prince Edward et de son épouse Kate Middleton, de remplacer les deux peintures d’Alfred Pellan par une photographie de la reine Élisabeth II. Nul doute que le couple princier a du être fortement impressionné… 

Ce mur a maintenant une nouvelle vocation et a pour qualificatif: le mur de la souveraine… 

J’aime beaucoup l’idée et le qualificatif symbolique «de rapatrier» les tableaux de Pellan au Québec. 

Ce que je retiens de ce passage dans le temps de l’idée d’indépendance est ce qu’aurait écrit le sculpteur Laliberté, s’il eut été de notre époque: «Incompréhensible la folie d’un groupe qui organise une démonstration. Il y a pourtant des gens sérieux dans ce groupe. Ils vont parler de l‘indépendance du Québec, mais comment un pays comme le Canada cèderait ce qui leur est tout acquis et comment ensuite le pays pourrait-il ainsi se défendre contre toute convoitise étrangère?»

 

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