Le parc Dufresne réglé pour 5 M$

Par Nathalie Deraspe

Après des années de déchirements, de tergiversations et d’impairs, le parc régional Dufresne délaisse le monde virtuel pour devenir plus qu’un enchevêtrement de pistes établies sur des terres privées.

Il en aura coulé de l’eau sous les ponts avant que le parc régional Dufresne ne devienne réalité! Pour la petite histoire, rappelons que durant les années ’30, des trains bondés de touristes affluaient de partout pour venir profiter de la région. En 1956, un abri est construit au pied du Mont Césaire. Quinze ans plus tard, la Fédération des clubs de montagnes du Québec y érige son premier refuge. Constatant la popularité grandissante du lieu, le gouvernement offre en 1972 2,8 M$ pour la création d’un parc, mais les élus de l’époque préfèrent remiser le dossier. Durant des décennies, le développement du réseau de ski de fond et l’entretien des pistes sera laissé à des intérêts particuliers.
À l’époque, l’Hôtel Far Hills accueille son lot de visiteurs et c’est à coup de milliers que les villégiateurs sont venus sillonner les pistes de la Maple Leaf et de la Gillespie, en gardant bien en tête leur émule, Herman «Jack Rabbitt» Smith Johannsen, un norvégien qui a chaussé ses premiers ski à deux ans et qui s’est lassé d’en faire 105 ans plus tard.

En 1981, une autre tentative est menée, sans résultat. Au fil des années, la croissance domiciliaire prend de l’ampleur et gagne peu à peu les Laurentides. Les promoteurs s’arrachent les terrains et vise des développements toujours un peu plus audacieux. Le Mont Plante est vendu dans cette foulée. Les adeptes du plein air sentent la soupe chaude et continuent de faire pression pour obtenir gain de cause. La militance s’organise.

Deux pour un

Pendant que Val-Morin continue de profiter de la manne de touristes habitués de père en fils à fréquenter les lieux, le village de Val-David veut attirer une part de la clientèle dans sa localité. S’ensuivent des guerres intestinales entre les deux villages, véritables batailles de clochers d’antan.

Malgré le fait que les deux municipalités s’échangent divers services, les discussions finissent par se tarir. Enfin, Val-David et Val-Morin parviennent à un terrain d’entente et décide conjointement de consolider le réseau de pistes de ski de fond afin de le soustraire aux promoteurs. Cette querelle a son coût. D’autres offres alléchantes passent inaperçues et les fervents du parc assistent impuissants à la spéculation.

Malgré tout, l’appétit des municipalités est grand, ce qui fait dire à l’avocat du promoteur exproprié: «32 millions de pieds carrés, c’est un bien gros parc pour de si petites municipalités.»

Qu’à cela ne tienne, malgré un registre signé par 592 personnes à Val-David le 7 novembre 2003, (minimum requis est de 330), ce qui donne habituellement lieu à un abandon des procédures, les municipalités décident d’aller de l’avant et de sonder l’opinion publique par le biais d’un référendum pour savoir si oui ou non il y aurait lieu d’agrandir le parc Dufresne.

Les tenants du NON affirment que selon la SÉPAC, très peu de parcs régionaux réussissent à faire leurs frais et que seulement 12% des touristes visitent la région pour le parc Dufresne. Les tenants du OUI, craignent l’envahissement de leur territoire. «Le promoteur voulait faire un Brossard à Val-David!», a lancé le maire Pierre Lapointe. Au bout d’une ronde de négociation sans précédent, les parties sont arrivées à une entente et le promoteur des Boisés Champêtres s’est vu retirer une bonne partie des terres qu’il avait acquise, y compris celle de 1996. Malgré plusieurs tentatives, son projet de développement intégré aura rejeté du revers de la main par un peu plus de la moitié des populations de Val-David et de Val-Morin. Reste à savoir si le parc Dufresne deviendra le Disneyland du Nord, avec des retombées de 3,2 M$ par an pour quelque 300 000 visiteurs, comme l’estimait l’étude du Groupe conseil Enviram en 2003.

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