Le pari (risqué) de raconter une légende

Par Stephane Desjardins

La Vie en rose

Difficile de faire un mauvais film avec l’histoire de la vie d’Édith Piaf. Car cette vie fut un véritable roman. Il faut toutefois préciser que les attentes, avec un tel sujet, sont forcément élevées. Et le résultat, quoique beau, laisse parfois perplexe.

Tout le monde connaît la Môme Piaf. Qu’elle fut probablement la plus grande et la plus célèbre chanteuse de France. Les plus âgés d’entre nous connaissent certainement de grands pans de la vie de Mme Piaf. En France, son histoire est un classique, connue de tous. Mais c’est moins le cas ici.

C’est ce qui cloche avec ce film taillé sur mesure pour le public français. On montre sa vie comme s’il s’agissait d’un spectacle (ne le fut-elle pas?): sans explications. On offre la matière et, surtout, les émotions souvent sans contexte. Comme si le public savait instinctivement de quoi il s’agit.

Je ne dis pas que La Vie en rose, d’Olivier Dahan, est un mauvais film. Bien au contraire. Mais le public français n’aura pas à tenter de décoder plusieurs passages du film comme nous, les cousins, devons le faire.

Cela dit, l’œuvre de Dahan a le mérite de mettre en images, somptueuses d’ailleurs, cette vie ébouriffée que fut celle d’Édith Piaf. Le film glorifie évidemment la chanteuse. Il fallait s’y attendre. Mais, en plus, il a le mérite de montrer qu’elle est issue d’une époque qui scellait la fin du Moyen-âge. Car Mme Piaf sortait tout droit d’une France qui venait d’embrasser l’industrialisation.Sa montée en gloire coïncidera avec la modernité: l’apparition du disque, avec Aristide Bruant, de la radio, puis de la télé, puis, enfin, du star système.

Je ne décrirai pas ici les grandes étapes de la vie de Mme Piaf (allez voir le film, c’est plus intéressant). Le fait qu’elle a connu une enfance de misère, qu’elle vient d’un père contorsionniste de cirque vétéran de la première guerre mondiale, qu’elle fut élevée dans des maisons closes, qu’elle fut alcoolique et toxicomane, qu’elle a connu de nombreux mariages et divorces, vient pimenter une existence marquée par les échecs à répétition, puis la gloire.
Édith Piaf avait tout un talent pour le chant. Elle avait aussi le désespoir de réussir qui vient des petites gens qui ont connu la misère. Elle était aussi une personne très dure. Ses contradictions éclatent à l’écran et permettent d’apprécier la personne au-delà du personnage.

Le réalisateur a su éviter de faire de Piaf un monstre sacré, plus grand que nature. Il s’est évidemment attardé à ses faiblesses. Mais il l’a montrée là où elle a grandi et persévéré : dans les tripots et quartiers mal famés, dans les coulisses, à la maison alors qu’elle est malade, parmi ses proches.

Le film insiste peut-être trop sur son épopée américaine. Et j’aurais aimé qu’on mentionne, ne serait-ce que par un mot ou une image, la présence de Claude Léveillée, dont il fut le pianiste pendant plusieurs années. Léveillée lui composa même quelques tubes. Mais je divague, car la chanteuse fut entourée toute sa vie de gens talentueux et connus.

Impossible aussi de ne pas admirer le travail de Manon Cotillard, qui interprète avec brio la tornade Piaf. La chanteuse était reconnue pour ses sautes d’humeur et ses excès à la limite de la maladie mentale. Cotillard les rend bien. Parfois à la limite de la caricature, mais on y croit quand même. S’attaquer à Piaf, c’était tout un risque.

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