Le Slow-food à l’assaut du Fast-life!

Par Yves Guezou

C’est en forme de réponse à Josée Pilotte, pour son éloge au Slow-food dans son «Espace griffé» de la semaine passée, que je remplace ma chronique gastronomique dédiée à une belle et bonne table laurentienne par un texte qui me trottait sous la plume depuis quelques temps et que j’ai finalisé pour le servir aussi frais que possible après «Où sont passés les rebelles?» de notre éditrice préférée (au même titre que Mary-Josée Gladu bien évidemment…)

La tendance vers le slow-food se développe sans grand secret. Le terme apparaît de plus en plus dans les milieux de la gastronomie, dans les médias, sur nos écrans. Laissant croire à un retour en arrière, à cette époque où on prenait le temps de bien manger, de préparer la bouffe, de faire mijoter, où l’on prenait le temps de vivre tout simplement. Le slow-food pourrait avoir des conséquences de fond beaucoup plus importantes qu’il n’y paraît aujourd’hui. Nous assistons peut-être à l’inversion d’un mode de vie, comme il s’en produit toutes les quelques décennies, quand on a fait le tour d’une mode, et qu’on passe à son contraire. Le slow-food c’est peut-être bien la mort du fast-life!

Aujourd’hui, il faut être proactif, aller toujours plus haut, toujours plus loin, relever tous les défis possibles. Être stressé est une qualité, se dire workoholic est bien vu en société, n’importe quelle offre d’emploi vous demandera d’être capable de gérer le stress, de travailler sous pression et de mener de multiples tâches en même temps. Quelqu’un, un beau matin a trouvé judicieux d’aller vite que les autres dans tous les domaines et tout le troupeau à suivi Panurge vers la falaise. Et sans savoir pourquoi qui plus est! Car la course incessante de notre existence n’est certainement pas une course au bonheur, il n’en est question nulle part. Je vais plus vite que les autres, je gagne plus d’argent, je marche sur les autres pour réussir et tout cela pour gagner quoi? Mon premier ACV à cinquante ans? Un burnout au-dessus de ma tête comme compagnon de vie? Passer des semaines de fou au travail au détriment de ma vie de famille? C’est juste une fuite en avant sans réel but, un plan de carrière pour vie privée. Privée de vie! On finit, comme un rédacteur en chef que je ne nommerai pas par passer sa vie entre deux portes, entre deux rendez-vous, entre deux clopes, entre deux sonneries de cell (je prends cet exemple vraiment au hasard car je n’ai jamais vu cet homme disponible pour quoi que ce soit, professionnellement s’entend, je ne parle pas de sa vie privée, plus de cinq minutes, et encore une fois je ne nomme personne…) et manquer tout ce qui se passe entre deux… Quelqu’un a dit (et c’est peut-être bien moi) «À force de courir après sa vie on finit par passer à côté…»

En préparant ma chronique hebdomadaire, j’ai la chance de visiter des restaurants de toutes tailles, de toutes appétences et succulences, avec des points communs ou des originalités mais j’ai surtout la chance de rencontrer des gens passionnés et passionnants. De ces rencontres, la perception qui me frappe par sa dissonance, c’est que nos chefs, nos propriétaires de restaurants mettent l’accent sur le temps. Le temps qu’ils veulent offrir à leur invités, le temps qu’ils mettent à préparer leurs plats et leurs assiettes. La restauration c’est peut-être une course en cuisine mais ça ne doit pas se voir en salle! La restauration c’est du commerce et comme tout négoce il faut faire de l’argent avec! Mais la tendance se maintient et s’accroît: on ne double plus les services dans une soirée, les clients passent trois ou quatre heures à table, on supprime des tables en salle pour que les convives se sentent dans leur bulle. Une soirée au restau c’est s’offrir le temps de prendre le temps, je l’ai souvent écrit de diverses manières ces dernières semaines parce que je me le suis souvent fait dire. C’est par cette petite porte que la tendance va s’inverser, que le slow-food va amener le slow-life!

Prenons donc leçon auprès de ceux qui ont compris où se trouve la vraie qualité de vie. Allons tout simplement passer quelques heures à se laisser aller au confort d’une bonne table, se faire chouchouter les papilles, apprendre lentement, doucement de nouvelles saveurs, de nouvelles sensations.

Apprenons à faire de cet art de prendre le temps un art de vivre. La vie à grande vitesse? Obsolète! Le fast-life vit ses derniers instants et c’est à coups de fourchette qu’on aura sa peau.

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