Leçons du passé : ce que la grippe espagnole nous a appris

Par Marie-Catherine Goudreau
Leçons du passé : ce que la grippe espagnole nous a appris
Richard Lagrange, historien et professeur collégial à la retraite. (Photo : Courtoisie)

Nous avons demandé à Richard Lagrange, historien et professeur collégial à la retraite, de nous expliquer ce que les grandes pandémies de l’histoire, telle que la grippe espagnole, nous ont appris.

 

M. Lagrange nous raconte qu’il y a 102 ans, la grippe espagnole faisait des ravages dans les Laurentides, comme partout
dans le monde :
«Tandis que le monde sortait tragiquement de la Première Guerre mondiale qui emporta environ
19 millions de morts, ce virus foudroyant fera entre 50 et 100 millions de victimes, soit trois à cinq fois plus que la Grande Guerre elle-même, rapporte-t-il. Pas de vaccin. Pas d’antibiotique. Pas de médicament antiviral. La médecine de l’époque était désarmée face à un ennemi insaisissable. »
Alors qu’on se trouvait au début du XXe siècle, les instances de santé publique n’étaient pas aussi développées qu’à l’heure actuelle : « L’organisation sanitaire était rudimentaire pour faire face aux différents types de maladies.  Avec la collaboration du médecin du lieu, les municipalités adoptaient diverses mesures plus ou moins efficaces. […] À cette époque, le gouvernement du Québec n’intervenait que très timidement dans la santé publique. Il y consacrait moins de 10% de ses dépenses. Pour le reste, on s’en remettait aux institutions de charité dirigées par les communautés religieuses. Certes, depuis 1886, le Conseil provincial d’hygiène jouait un rôle d’information, mais il avait peu de moyens à sa disposition, ajoute le professeur. Certaines mesures prises par les autorités pour enrayer la grippe espagnole ressemblent beaucoup à celles que la direction de la santé publique du Québec recommande pour lutter contre la COVID-19 : évitez les foules et les rassemblements, n’allez pas dans les parcs, les lieux d’amusement et les théâtres, lavez-vous les mains, restez calmes et prenez des marches à l’extérieur de la maison. […] Ces mesures de santé publique et la mutation génétique du virus semblent avoir mis fin à l’épidémie. »

Vagues de contamination

En outre, le professeur nous explique également qu’il faut s’attendre à d’autres vagues de contamination, comme il a été le cas en 1918 : « La diffusion de l’influenza espagnole s’est effectuée en trois vagues consécutives. La première, au printemps 1918, et la deuxième à l’automne de la même année. Enfin la troisième, à l’hiver 1920. C’est la raison pour laquelle, d’expérience, les scientifiques craignent le retour de la COVID-19 en plusieurs vagues, poursuit M. Lagrange. Contrairement à la COVID-19 dont la majorité des victimes sont des personnes âgées de plus de 70 ans, la grippe espagnole ne faisait pas de distinction d’âge, mais elle fauchait davantage les jeunes adultes âgés de 20
à 40 ans. »

Mouvements de population

Alors que la grippe espagnole a été propagée dû aux mouvements des troupes américaines à la fin de la Première Guerre mondiale, la cause est semblable pour la COVID-19 : « Quand les troupes se déplaçaient, le virus voyageait avec elles. De même, ils s’entendent pour dire que la vitesse de la propagation de la COVID-19 est due aux mouvements des millions de voyageurs et de touristes. Un autre facteur expliquant la propagation rapide du virus, ce sont les camps militaires surpeuplés, à l’instar des CHSLD de nos jours qui ont été de véritables incubateurs pour la maladie », souligne Richard Lagrange.

Santé publique : une amélioration

Enfin, il nous précise que le système de santé actuelle s’est toutefois amélioré au Québec depuis la Révolution tranquille : « [Depuis les années 1960], le Québec s’est offert un système de santé publique représentant plus de 65% des dépenses de programmes du gouvernement québécois. Ce qui a probablement aidé à diminuer les conséquences dévastatrices de la pandémie », affirme-t-il. Cependant, il estime que d’autres pandémies apparaîtront, mais nous sommes mieux équipés pour y faire face : « La recherche médicale et l’amélioration de l’hygiène publique, en collaboration avec des institutions internationales telle que l’Organisation mondiale de la santé (OMS) créée en 1948, placent les collectivités en meilleure position pour endiguer les prochaines épidémies », explique Richard Lafrange. 

 

Qui est Richard Lagrange

Richard Lagrange a été professeur d’histoire pendant 26 ans. Il est l’auteur, entre autres, d’Une Bibliographie des Laurentides, et est un des chercheurs principaux pour la rédaction du livre sur l’Histoire des Laurentides de Serge Laurin. De plus, il est le fondateur de la Société du patrimoine de la vallée de la Rouge et directeur du projet d’un Écomusée de la vallée de la Rouge dans les Hautes-Laurentides.

 

Quelles sont les grandes pandémies qui ont frappé le Québec ?

1918 : La grippe espagnole, la première grande pandémie de l’histoire, apparait sur le territoire, à Saint-Jean-sur-Richelieu d’abord. 14 000 personnes mourront de cette maladie au Québec.

1957 : La grippe asiatique parvient dans la province en raison d’un paquebot dans lequel on trouvait 64 personnes contaminées. Le virus se propage rapidement, mais ne cause pas beaucoup de décès chez les Québécois.

1980 : Le sida a causé le décès d’environ 32 millions de personnes, touchant plus gravement les pays en voie de développement.

Source : GOULET, Denis. « Les grandes épidémies qui ont frappé le Québec », Québec Science (avril 2020).

Partager cet article

Laisser un commentaire

avatar
  S’abonner  
Notifier de