L’enfant-gras

Par Jean-Claude Tremblay
L’enfant-gras

Les dernières semaines ont donné lieu à la traditionnelle remise de bulletin de première étape, une activité planifiée dans de nombreuses écoles autant publiques que privées. Ce dont on parle un peu moins, c’est que pour plusieurs familles, cette période vient avec son lot de stress, surtout si leurs enfants n’ont pas les notes escomptées, et pire, s’il y a un problème de comportement à discuter. Je ne sais pas si c’était dans l’air cette année, ou parce que j’y ai porté plus d’attention, mais nombreux ont été les témoignages de parents exaspérés. Je vous avoue candidement que je suis fatigué de toute cette pression que subie nos enfants, spécialement s’ils n’entrent pas dans le moule à gâteau préfabriqué.

 

L’obsession de diagnostiquer

«La directrice m’a demandé si j’avais déjà songé à la médication pour mon enfant, car il ne tenait pas en place lorsqu’il était en classe et que ça causait un réel problème, car il ne suivait pas la matière», de me confier avec émotion, la maman de Nicolas (nom fictif), huit ans, déjà étiqueté comme ayant un trouble d’attention, avant même d’avoir consulté un professionnel de la santé.

«T’es toujours dans la lune, réveilles toi sinon tu vas encore couler!», me raconte un autre parent bouleversé de ce qu’entend son garçon à longueur de journée, de quoi conditionner sa pensée pour le reste de sa destinée – j’en suis profondément troublé, et en enfance, j’ai l’impression de retomber.

«Assis toi mon p’tit-gars, parle pas, bouge pas, respire pas trop et tout va bien aller», c’est le message que le système semble dangereusement vouloir véhiculer depuis plusieurs années. On demande généralement à nos enfants de rester passifs, les fesses collées sur une chaise plus ou moins huit heures durant, en les remplissant de
« matière ». Dans mon cartable de valeurs, il n’est nulle part écrit que forcer l’apprentissage avec des méthodes universelles produit de meilleurs êtres humains plus tard, c’est plus plutôt le contraire; on risque de créer de l’insécurité qui jouera négativement sur le système affectif, et ultimement, ébranlera l’estime de soi.   Le Docteur en neurosciences et voisin laurentien Joël Monzée a écrit un livre fort intéressant intitulé «Et si on les laissait vivre?», dans lequel il met l’emphase sur l’importance de remettre les stratégies éducatives au cœur de nos priorités. Il y traite de soutien, de bienveillance et réfère à une notion à laquelle je crois fondamentalement : accompagner nos enfants dans leur autonomie affective. Et si on se mettait tous à lire ce livre et appliquer les principes?

Parents absents – enfants manqués?

«Les parents ne sont plus là! … ils sont sur leurs téléphones, ils sont en rencontre, ils sont au travail, ils sont ailleurs… mais ils ne sont certainement pas avec leurs enfants, c’est ça la grosse différence maintenant comparativement d’il y a quelques années», me racontait cette enseignante du primaire, comptant une vingtaine d’années d’ancienneté.

Elle apporte un autre son de cloche important : l’implication des parents qui semblent eux aussi, comme leurs enfants, de moins en moins engagés. Qu’à cela ne tienne, cette enseignante est un parfait exemple d’espoir, en optant pour un style d’enseignement adapté à l’enfant : malgré les 60 % de sa classe sur des plans d’interventions, le respect est roi et tout le monde apprend à son rythme. Son secret? «Je garde les choses simples, les règles communes sont claires et tout le monde peut s’exprimer librement. Ils choisissent leur place en classe, et peuvent se déplacer sans problème s’ils en ressentent le besoin – je les sens épanouis et même si les défis sont réels, je les accompagne vers l’autonomie». Merci à cette enseignante ainsi qu’à toutes les autres qui préconisent cette approche humaniste, porteuse d’espoir.

Au final, entre la frénésie de la vie moderne et nos obsessions de performances que nous transférons injustement à nos enfants, il faut vraiment relativiser. Je sais… c’est vertueux d’apprendre sa matière par cœur, puis de connaître l’hypoténuse et l’algèbre linéaire, mais sérieusement, ce ne sont pas leurs résultats scolaires qui feront d’eux de meilleurs êtres humains – à chacun son intérêt, à chacun ses forces, à chacun son rythme. Nos enfants ne sont ni des canards ni des oies, alors pour l’amour du ciel, cessons de les gaver et commençons à les écouter.

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