Les 3 p’tits cochons

Par Stephane Desjardins

À voir!

S’il y a bien un thème qui est exploité à satiété par le cinéma, c’est l’infidélité conjugale. Une majorité de cinéastes se sont toutefois cogné le nez sur ce sujet accaparant de l’âme humaine: leurs films ne passant pas la rampe du cliché, du moralisme ou, tout simplement, d’une bonne histoire à raconter. Les scénaristes Pierre Lamothe et Claude Lalonde, ainsi que le (désormais) cinéaste Patrick Huard, se sont donc attaqués de front à cette thématique difficile et ont accouché d’une œuvre qui constitue un vrai régal, tant pour le cinéphile averti que le commun des mortels.

En fait, les 3 p’tits cochons livre la marchandise au même titre qu’un des classiques du genre chez nos voisins du sud, When Harry Met Sally. Il s’agit d’un film intelligent mais pas intellectuel, dont le rythme ne ralentit presque jamais et qui donne la part belle aux réparties parfois sulfureuses, mais toujours hilarantes. Et qui ne tombe pas dans le prêchi-prêcha de circonstance. On passe presque deux bonnes heures à se bidonner. Mais sans tomber dans la facilité.

Pourtant, les 3 p’tits cochons tournent essentiellement autour d’une problématique centrale de la condition humaine: le cul. Cela dit, les artisans du film ont choisi d’éviter la voie scatologique. À la limite, ils auraient pu éliminer les rares scènes de baise. Un peu à la manière d’Arcand et son Déclin, tout se passe dans la conversation. Le sexe, même s’il occupe continuellement le devant de la scène, est lui-même accessoire. Il constitue en fait le ciment d’un autre discours.

Patrick Huard et ses acolytes s’attaquent en réalité à la vie de couple. Et, surtout, à l’usure inévitable de la vie conjugale. Leur prémisse est simple: quand le sexe va, tout va. Lorsque ça déraille côté gymnastique horizontale, c’est que des problèmes plus graves menacent votre vie de couple.

Prenez les trois personnages du film. Trois frères qui apprennent subitement l’accident cérébral de leur mère (France Castel). Leurs visites à l’hôpital auprès de la maman comateuse se transformeront en une sorte de séance thérapeutique entre hommes. Les trois frangins cherchent la justification de leur comportement auprès de leur mère, lorsqu’ils se retrouvent seuls avec elle. Mais lorsqu’ils sont tous les trois à son chevet, une drôle de relation s’installe.

Le plus jeune (Guillaume Lemay-Thivierge), dont le couple avec une policière (Julie Perreault) vacille, se livre à des ébats cyberpornographiques. Il admire les exploits de son frère (Claude Legault) sur le point de tromper sa femme. Ce dernier vit des heures pénibles: il tente de joindre les deux bouts, financièrement et psychologiquement. Les enfants, le commerce de sa femme qui tarde à lever de terre, le stress au boulot. Il fantasme donc sur une collègue de travail (Mahée Paiement) et finit par sauter la fatidique clôture.

Les deux sont sermonnés par le plus vieux du trio (Claude Legault), qui mène une vie exemplaire de businessman accompli: grosse cabane à l’Île-des-Sœurs, petite famille, fidélité conjugale à toute épreuve.
Évidemment, les infidélités des deux plus jeunes se transformeront en cauchemar… après qu’ils eurent vécu l’euphorie qu’une bonne partie de baise procure inévitablement à des gens dont le couple, usé, n’apporte que des difficultés psychologiques. Les deux gars se retrouveront chez le plus vieux, à méditer sur leur sort. Ils seront surpris de leurs découvertes. Et vous aussi.

Je l’ai dit précédemment: le rythme soutenu, les blagues à répétition et le propos juste et éclairé sur des modes de vie somme toute très ordinaires font des 3 p’tits cochons un spectacle captivant et hilarant. Alors qu’on sent un léger ralentissement, alors qu’on devine la fin proche, alors qu’on se demande où le cinéaste veut en venir, il nous offre un rebondissement qui révèle une autre facette de la personnalité des protagonistes.

Le film est un régal parce que son scénario est équilibré et bien tourné. Mais il s’apprécie aussi grâce à une direction d’acteurs juste: leur jeu est crédible et parfois fascinant. Même les filles, dont les personnages sont censés être secondaires, ajoutent un éclairage essentiel au destin de leurs compagnons.
Évidemment, celui-ci est prévisible. Qui a dit que les 3 p’tits cochons étaient du Bergman? Plus proche du divertissement que du chef-d’œuvre du septième art, le film de Huard s’apprécie néanmoins avec un réel bonheur. Un des meilleurs films de l’été.

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