Les faux-semblants

Par Josée Pilotte
Les faux-semblants

Le monde ne réalise pas comment c’est difficile de trouver un bon sujet d’édito chaque semaine. Pourtant ce n’est pas faute de manquer d’imagination, je vous jure. Mais soyons francs, cette semaine, j’ai beau regarder l’actualité sous tous ses angles, rien ne m’allume, au contraire ça m’afflige plus que jamais.

Parler de l’Irak qui est au bord de la guerre civile? De la situation en Syrie qui n’est pas plus rose ou celle de l’Ukraine qui n’est pas réglée?

Hum, pas certaine…

Parler de la commission Charbonneau qui prend encore toute la place ou du budget d’austérité du gouvernement Couillard qui annonce un régime minceur pour les prochaines années? De la nomination du nouveau chef du Bloc Québécois, Mario Beaulieu qui ne fait pas l’unanimité au sein même de son parti? Et pour en rajouter une couche, je pourrais peut-être parler de la lutte qui s’annonce entre le gouvernement et les syndicats au sujet des régimes de retraite de la fonction publique…

Êtes-vous là, ou bien vous êtes en train de sombrer dans une déprime profonde? Une chance qu’il fait beau, han?! Alors voyez, ce n’est pas toujours jojo d’essayer de faire un édito percutant par les temps qui courent.

– Thomas (mon rédacteur), t’as pas un sujet de chronique pour moi, je suis en panne?

– (…)

-Oh boy, tu ne m’es pas d’un grand secours, toi-là!

– Bon. Raconte-moi ton week-end alors, ça va peut-être m’aider.

– Vendredi soir je suis allé voir un show burlesque à Sainte-Adèle.

– T’as aimé?

– Oui, j’ai passé un bon moment, je me suis même costumé pour l’occasion.

– Tu rigoles?

– Pantoute. Et pour tout te dire, j’ai réalisé que ce genre de spectacle est essentiel à bien des égards.

– Ah oui?! Raconte, ça m’intéresse…

– D’abord, il a le mérite de nous changer les idées dans une période où on en a bien besoin… À voir l’actualité, tu comprendras. Et ensuite, c’est un spectacle qui remet à l’avant plan la sensualité, ce à quoi on est moins habitué.

– Hum… que veux-tu dire?

– Bien, on est rendu tellement habitué à tout voir, que ce soit dans la sexualité ou dans l’actualité: il n’y a plus aucun tabou, aucune gêne, aucun interdit. On nous montre les pires atrocités à la télé, l’hypersexualité est quasiment rendue la norme… de voir un spectacle où on aguiche tous nos sens, avec un certain raffinement, beaucoup de sensualité et avec humour, c’est rafraichîssant!

– Eh bien, et bien, toute une soirée…

– Et toi? Qu’as-tu fait?

– Moi?!

Eh bien dans un registre moins sensuel mais tout aussi agréable, je suis allée voir le film La Petite Reine au cinéma Pine. Et franchement j’ai été séduite par le jeu admirable de Laurence Leboeuf et de Patrice Robitaille. Le film est basé sur l’histoire de Geneviève Jeanson, la championne cycliste québécoise déchue, tu te souviens? Je ne suis pas d’accord avec le fait qu’elle ait triché, mais je peux comprendre pourquoi elle a triché, quand on voit tout ce système de pression, de performance de l’élite sportive, des gros enjeux financiers, des gros commanditaires, du regard de ton entourage que tu ne veux pas décevoir car il fonde de grands espoirs sur toi. C’est une histoire sur l’emprise psychologique d’une personne sur une autre, sur la devise que «la fin justifie les moyens», tu vois le genre? Un peu comme ta burlesque-girl l’avait sur toi vendredi soir. (rire)

– C’est ça, rigole tant que tu veux, mais c’est pas avec ta fin de semaine et puis la mienne, que tu vas te trouver un sujet de chronique…

– Mais détrompe-toi mon cher Thomas, bien au contraire…

– Qu’est-ce tu veux dire Josée?

– Toi avec ton show burlesque et moi mon cinéma, je trouve que ça résume assez bien notre société et qu’il y a un lien à tout ça!

– Ah, oui et lequel?

– Les faux-semblants sur toute la ligne et sous toutes ses formes, tout comme le mensonge. Et le pire c’est qu’on l’achète et qu’on le cautionne.

Toi ton show burlesque, on le vit à tous les jours à la commission Charbonneau: on nous «tease» depuis un an, en tournant autour du pot, en nous promettant le grand dévoilement, pour au final, rester sur notre faim. Le gouvernement Couillard qui nous promettait en campagne les «vraies affaires» et qui nous sert aujourd’hui un régime minceur pour les quatre prochaines années…

Et des histoires de héros sportifs, aux performances surhumaines, qui au final ont des limites et des failles, parce que ce ne sont que des humains. Mais on veut «tellllement» y croire, qu’on ne peut qu’être déçu, tu comprends? La vie est un faux-semblant à bien des égards, tu ne trouves pas?

– Oui! Bon ben tu n’as plus besoin de moi: tu l’as ta chronique Josée!

– Ben oui, toi! Fermez le rideau, le show est fini!

– Non, non Josée, tu te trompes: «The Show must go on»!

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