Les infirmières sous perfusion

Par Nathalie Deraspe

Saint-Jérôme

Le 20 septembre dernier, quand elles ont appris, à leur arrivée au travail, que les civières de l’urgence comptaient 80 patients pour une capacité de 39, les infirmières de l’Hôpital régional de Saint-Jérôme n’ont trouvé d’autre moyen pour manifester leur ras-le-bol que de débrayer. Retour sur une histoire sans fin.

En 2006, les heures supplémentaires au CSSS de Saint-Jérôme ont atteint un niveau extrême : 12 700 heures à l’urgence, 9 600 heures en psychiatrie, 5 800 heures aux soins intensifs, 4 300 heures à l’unité des naissances, et ainsi de suite. En faisant le décompte, les professionnelles en soins ont fait pas moins 63 500 heures supplémentaires. Difficile de songer à attirer de nouvelles recrues dans pareilles conditions.

Quatre ans plus tard, le même scénario se répète. «C’est un problème récurrent, dénonce Nancy Moss, présidente du Syndicat des professionnels en soins de Saint-Jérôme (SPSSJ). C’est vrai que c’est exceptionnel de voir 80 patients alors que la capacité est de 39, mais ce n’est pas rare d’en voir 60 à 65.»

Le hic, c’est que l’horaire du personnel, comme le budget de l’Hôpital régional de Saint-Jérôme, est basé sur 39 patients alors que la réalité est tout autre. «L’employeur retient des postes sous prétexte qu’ils sont à l’étude ou pire, en abolit», soutient Mme Moss.

Au moment du débrayage, il manquait deux infirmières à temps plein et une autre qui normalement, devait accepter de travailler jusqu’en soirée. Ce soir-là, il aura fallu l’intervention du Conseil des services essentiels pour qu’on ajoute du personnel et que l’équipe retourne au travail.

Des corridors qui débordent

La présidente du SPSSJ tient à préciser que cette sortie médiatique n’a rien à voir avec les négociations actuelles. «Pas une personne n’a parlé d’argent, s’indigne-t-elle. Toutes par contre, sont épuisées et craignent pour la sécurité des patients.»
À titre explicatif, Nancy Moss rappelle qu’un des corridors de débordement est ouvert de 330 à 340 jours par année. Au fil des mois, deux autres sites semblables sont également mis à contribution.

Autre problème. Le travail des infirmières auxiliaires doit être supervisé. Comme elles passent de précieuses minutes à chercher une collègue disponible dans ce réseau en alerte, celles-ci ont peur d’être poursuivies du fait que leurs patients ne reçoivent pas leurs médicaments à temps.
«Nos jeunes ne restent pas, déplore la présidente du SPSSJ. Elles se disent : je ne suis pas pour travailler comme ça pour les 35 prochaines années. Plusieurs quittent pour le privé pour obtenir de meilleures conditions.»

Mardi dernier, le syndicat et le Conseil des services essentiels ont tenu une rencontre qui a duré plus de 10 heures. Il a été convenu qu’un Comité de soins serait formé d’ici une dizaine de jours dans le but de trouver des solutions permanentes. Entre-temps, des firmes continuent d’évaluer les performances à l’urgence, au bloc opératoire et en psychiatrie. Une nouvelle étude concluait récemment que l’établissement devait récupérer 14 heures par quart de travail. «Les gens sont découragés. En bout de ligne c’est toujours le même résultat. On coupe! C’est beau sur papier, mais dans la réalité, c’est pas comme ça que ça fonctionne.

Blitz de négociations

La Fédération interprofessionnelle de la santé du Québec (FIQ) auquel est associé le SPSSJ a annoncé la reprise des pourparlers entre l’État et les professionnelles en soins. Un blitz de négociations de deux jours semaine est en cours. La FIQ soutient que ses membres veulent une convention négociée, mais pas à n’importe quel prix.

C’est la deuxième fois que les infirmières et infirmiers du CSSS de Saint-Jérôme descendent dans la rue cette année. La direction de l’Hôpital de Saint-Jérôme ne nous a pas retourné nos appels.

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