Les Laurentides discutent Accommodements raisonnables»

Par Yves Guezou

C’était au tour de la région des Laurentides de donner, ce lundi soir, son avis sur les accommodements raisonnables. Face aux divers problèmes créés par les signes et les comportements religieux ostentatoires, la commission était attendue de pied ferme par les citoyens de Val Morin, Saint-Jérôme, Saint Adolphe D’Howard ou Val David.

Avant l’arrivée des commissaires, accompagnés de Madeleine Poulain, «juge arbitre» du temps des interventions, Bob Marley chantait en fond sonore «Everything is gonna be allright» (Tout va bien se passer) puis «Buffalo soldiers» chanson évoquant la condition des noirs enrôlés dans l’armée nordiste américaine lors de la guerre de sécession; sorte d’adjuration raisonnable à l’événement. Plus de 170 personnes s’é­taient déplacées vers l’Hôtel de Région de St Jérôme afin d’interpeller les deux commissaires, pour la première fois réunis depuis l’intervention chirurgicale au bras gauche de M. Taylor. «Il me manquait mon bras droit, plaisantait M. Bouchard en guise d’introduction. Puis revenant au débat: cette commission tient à mettre en avant la chance que nous avons de vivre en démocratie. Une démocratie à la québécoise, obtenue de longue lutte et qui constitue aujourd’hui un droit qu’il nous faut chérir et utiliser avec sagesse et respect.» Pour sa part, Charles Taylor désirait mettre en exergue le difficile équilibre qui consiste à inclure des particularités à même d’exclure certains autres aménagements: «Les accommodements raisonnables, au sens juridique, ne sont que le sommet de l’iceberg. Des contraintes excessives, des cas d’exception ou des ajustements de notre société présentent autant de raisons d’instaurer, ou non, ces accommodements.»

Qu’ils soient pro ou anti, la problématique particulière aux laurentiens s’axait sur le plan des religions et des différences qu’elles comportent.

VOX POP

Une partie des intervenants s’était déplacée afin de mettre en évidence l’avantage du multi culturalisme, tel Serge Forget de Saint-Jérôme «Je suis propriétaire de logements. Mes locataires sont souvent marocains, cubains ou maliens; ils ont beaucoup de choses à partager avec nous. Ce sont les extrémistes qu’il faut écarter.»

Hady Tezba récoltait, lui aussi sa salve d’applaudissements «J’ai été prisonnier politique en Afrique, je vis ici depuis 25 ans et je suis fier d’être afro-québécois! La religion se pratique en privé, chez soi. Sur la place publi­que, vivons en québécois!»

Mme Lafrenière de Lachute atermoyait «Ce n’est pas une discussion de cuisine. Il faut savoir qui l’on est et d’où l’on vient sans pour autant que cela empêche amitiés et amours multiculturels.»

John Sewell, anglophone au départ et bilingue aujourd’hui exposait logiquement «Pour commencer à se comprendre, il faudrait déjà parler la même langue.»

Daisy Romero, d’origine vénézuélienne, habitante de Morin Heights observait «La culture s’acquiert tranquillement, cela vient avec l’apprentissage de la langue. Il ne faut pas avoir peur de l’étranger.»

Et cette jeune fille de 24 ans propriétaire d’immeuble «En tant que mexicaine, j’ai malheureusement fait partie d’un ghetto de Los Angeles. Je ne voudrais pas voir ça reproduit ici. Je vais bientôt devenir membre d’un ordre professionnel, je suis francophone et parfaitement intégrée, même si je mets de la sauce forte dans mon pâté chinois (rires). Merci de m’avoir accueillie.»

Autre jeune intervenant de cette soirée, M. Jonathan Drouin «Ce ne sont pas les musulmans qui nous empêchent d’aller à l’église, c’est à nous de nous prendre en main et d’y retourner!»

D’autres intervenants invoquaient une nouvelle identité «Passer de canadien français catholique à québécois laïque n’est pas facile et acceptable pour tout le monde» ou les aberrations du système alors que «des médecins et autres professionnels de la santé dans leur pays ne sont pas autorisés à pratiquer ici alors que les besoins sont si criants!»

Les «anti»

M. Jean-Pierre Bouvrette ar­guait du fait que «les demandes de passe-droits des religions n’ont pas leur place ici. Le Québec est une province laïque où chaque religion devrait se pratiquer dans son lieu de culte respectif et non sur la place publique.»

Lise Casavant se questionnait sur le choix des musulmans et des juifs hassidim à venir s’installer au Québec «Qu’est-ce qu’ils trouvent ici et n’est-ce pas au détriment des québécois?»

Jean Servais de Blainville se plaignait de trop de laïcité dans les écoles «Il faudrait arrêter le laïcisme intégral, beaucoup de parents veulent déconfessionnaliser l’éducation et permettre aux enfants de faire leurs propres choix confessionnels.»

Loyola Leroux , tout en démontrant le sien, interpellait le public quant au sens de l’humour des musulmans «Ne peuvent-ils pas rire des caricatures d’Allah, sont-ils obligés d’édicter une fatwa à chaque fois que l’on égratigne le Coran?» Et de se poser la question «quelles sont les causes ethnologiques ou anthropologiques de ne pas manger de porc et de faire porter le voile aux femmes?»

Line Chaloux qui travaille dans le domaine de l’immigration se targuait «Nous possédons un esprit libre et une identité, les immigrants devraient y adhérer pour vivre en paix et en sécurité. Il ne faut accorder aucun privilège à une autre communauté, ce serait perdre cette force et cette identité!»

Roger Cuerrier de Val Morin dénonçait l’implantation sauvage de synagogues «Les juifs installent leurs synagogues dans des chalets privés et quand un de ceux-ci jouxte un terrain de football, ils nous demandent d’éteindre les lumières du stade quand on joue le samedi soir pour qu’ils puissent pratiquer leur religion!»

Rosaire Chaloux mettait l’accent sur le respect envers les Québécois «Les gens qui viennent s’installer ici devraient avoir le respect de la nation québécoise. Nous sommes ici chez nous et vous êtes les bienvenus chez nous» Il fut un peu plus tard appuyé par Mme Ginette Paquin de St Jérôme «Les immigrants doivent s’adapter aux us et coutumes du Québec et pas le contraire!»

Devant cette levée de boucliers face à la mise en danger de la laïcité, aux nouvelles religions et aux immigrants, M.Gérard Bouchard s’est voulu rassurant, arguant du fait que «les musulmans composent 1.5% de la population et les juifs hassidim ne sont que 12 000 à 15 000 au Québec, vos inquiétudes ne sont-elles pas disproportionnées?» M. Mario Fauteux de St Jérôme n’attendait que ça «1.5% de la population occupe 100% de la place publique en ce moment!» Il s’est rassit dans un tonnerre d’applaudissements.

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